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Tropismes idéologiques de la BBC : entretien avec Robin Aitken

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Publié le

23 juillet 2021

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Bientôt centenaire, la BBC ou British Broadcasting Corporation (que les mauvais esprits surnomment la British Biased Corporation – « biased », c’est-à-dire de parti pris) a oublié sa mission de service public, trop occupée à rééduquer la population. Rencontre avec Robin Aitken, auteur d’un excellent livre sur les tropismes idéologiques de la BBC qui nous éclaire sur le contexte du lancement de la chaîne d’information GB News.
BBC news

Le titre de votre livre évoque le « noble mensonge » de la BBC. Pourquoi ?

La BBC se donne pour mission de nous orienter dans la bonne direction. Pour ce faire, elle est toute disposée à tordre la vérité. C’est le principe du noble mensonge développé par Platon dans La République. Les gens à la BBC pensent qu’ils sont des gens bien. Et les mensonges qu’ils colportent, ils les colportent avec les meilleures intentions. Exemple : l’élection de Donald Trump en 2016 requérait analyses et informations. Mais la BBC s’est attachée à présenter Trump comme l’incarnation du diable parce qu’ils pensaient qu’il était raciste, misogyne, etc. Ils l’ont fait pour notre bien. La BBC diffuse une vision du monde résolument à gauche, pro-féministe, pro-Black Lives Matter, pro-avortement, anti-contrôle de l’immigration : elle coche toutes les cases. Elle est convaincue d’être un organe d’information neutre ; elle ne l’est pas. J’y ai travaillé 25 ans, j’ai pu voir les choses de près.

Quel est le rôle des médias dans l’édification de la « bonne pensée » ?

Il est crucial. La BBC aura 100 ans l’an prochain. Il n’est pas exagéré de penser que le Royaume-Uni contemporain a été modelé par la BBC qui est un peu comme un potier avec son tour, les Britanniques étant l’argile. La BBC a forgé l’opinion publique.

Lire aussi : GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Quelles sont les principales étapes de la politisation de la BBC ?

Quand Margaret Thatcher est élue en 1979, la BBC la combat. Dans les années 80 et 90, le parti travailliste a peu d’influence. La BBC va remplir ce vide et devenir quasiment l’opposition officielle. En 1997, Tony Blair devient premier ministre. Pour la BBC, il est l’homme parfait. C’est une lune de miel. Blair a eu les faveurs de la BBC jusqu’à la guerre d’Irak. La BBC s’est alors retournée contre lui et son déclin a commencé. Quatre ans plus tard, il quittait Downing Street. Aucun homme politique n’a intérêt à se confronter à la BBC. C’est un jeu dangereux.

Selon vous, la BBC est clairement de parti pris. Pourtant, il existe au Royaume-Uni une autorité de régulation de l’audiovisuel, Ofcom, l’équivalent de notre CSA.

Ofcom partage les opinions de la BBC. La moitié des gens qui siègent à la Commission des Contenus (The Content Board) de l’Ofcom, sont issus de la BBC. En d’autres termes, la BBC corrige ses propres copies. Les gens de l’Ofcom viennent de l’audiovisuel, milieu majoritairement à gauche. Essayer de défendre un point de vue de droite devant l’Ofcom est voué à l’échec. La BBC est plus puissante que ceux qui la régulent et traite par le mépris toute critique.

Quel est le contexte dans lequel GB News émerge ?

Le déclencheur a été le débat sur le Brexit. Les pro-Brexit ont vu à quel point la BBC traitait le sujet de façon partisane, résolument pro-UE. Jusqu’au referendum, la chaîne était soumise à des règles de temps de parole. Mais une fois le vote passé, on a vu les journalistes de la BBC d’abord sous le choc, refusant de croire au résultat, puis décidés à inverser le cours des choses. Le public s’est aperçu que la BBC était déconnectée du pays. Ça n’a jamais été aussi clair que sur la question du Brexit. Voilà le contexte dans lequel apparaît GB News, misant sur le fait qu’une partie de la population ne se reconnaît plus dans la télévision de service public.

Voilà le contexte dans lequel apparaît GB News, misant sur le fait qu’une partie de la population ne se reconnaît plus dans la télévision de service public

Le Rapport Dyson [voir plus bas] sera-t-il le coup de grâce ?

L’affaire de l’interview de Diana a ébranlé la confiance du public. La BBC est accusée de grave défaut d’éthique journalistique. Mais j’ai tendance à croire qu’elle est increvable. C’est une multi-récidiviste ! On connaît le refrain : la BBC est mise en cause, le pays est en émoi, la BBC s’excuse platement, retour à la case départ. Peut-être y a-t-il une limite, peut-être nous en approchons-nous… L’an dernier, pour la première fois, les revenus de la redevance ont diminué. Ils sont de plus en plus nombreux à refuser de la payer. Dans le contexte médiatique actuel, la redevance ne se justifie plus. Pourquoi forcer les gens à payer pour la BBC s’ils ne la regardent pas ? La Charte Royale de la BBC est renouvelée tous les dix ans (prochaine échéance en 2027). Le gouvernement a annoncé qu’il allait examiner la situation à mi-parcours, soit en 2022. Sans doute demandera-t-il à la BBC d’envisager, à terme, un système de souscription.

Oliver Dowden, le secrétaire d’État à la culture a appelé la BBC à se recentrer sur « la fiabilité, l’impartialité et la diversité d’opinion ». La BBC est-elle réformable ?

Vous connaissez l’idée d’hégémonie culturelle d’Antonio Gramsci. Quand j’étais à la BBC, il y avait beaucoup de marxistes ou ex-marxistes. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’extrême droite. Peut-être un ou deux reporters d’un conservatisme classique. Le marxisme était le tout-venant de la pensée journalistique au sein de la BBC. J’y suis entré en 1978 en même temps que beaucoup de journalistes très politisés à gauche. Lorsque j’ai quitté la BBC en 2006, ils étaient aux postes de direction. Ils avaient fait le vide autour d’eux, il n’y avait plus aucune voix dissonante. Entendons-nous : j’ai aimé mes années à la BBC, c’était formidable mais je me faisais une règle de dire ce que je pensais.

Lire aussi : Oxford : Cecil Rhodes échappe aux cancellers

Il y a quinze ans, vous avez écrit un premier livre (Can we trust the BBC ?), dans lequel vous dénonciez déjà la politisation de la chaîne, sans grand résultat…

Déjà, lorsque j’étais à la BBC, j’avais écrit des notes internes. J’ai transmis aux gouverneurs un dossier documenté démontrant que le traitement de l’information était partial. On m’a félicité pour la clarté de mon exposé mais sur le fond du problème, pas un mot ! Et rien n’a changé. Je me suis heurté à l’apathie de cette grande maison. Je passais pour un dissident. Je me suis lassé, je suis parti et j’ai écrit ce premier livre. Ça n’a eu aucun effet ! J’ai alors renoncé au journalisme et fondé une œuvre caritative contre la faim à Oxford, que j’ai dirigée pendant dix ans. Puis je suis revenu au journalisme, j’ai écrit ce second livre sur la BBC et repris goût au combat ! Cette bataille culturelle est essentielle. Travailliste ou Conservateur, peu importe, ce sont nos valeurs qu’il faut défendre.

Le problème de la politisation de la télévision d’État concerne l’Occident tout entier. Comment l’expliquez-vous ?

Le journalisme souffre de conformisme. Être à gauche est l’option la plus sûre, c’est sans risque. La culture dominante dans des institutions comme la BBC est coercitive. Pas évident de dire haut et fort qu’on n’est pas d’accord. Moi, ça m’amusait. À quoi bon faire ce métier si c’est pour être béni-oui-oui ? Je suis un autodidacte. Je suis entré comme apprenti dans un petit journal local du Nord des Midlands, à Walsall. J’y ai appris le métier. Il y a peu de journalistes à la BBC qui ont commencé comme ça. Ils sortent tous d’universités prestigieuses. Ils n’ont pas un diplôme, ils en ont trois ! Plus un doctorat de journalisme ! Je viens de la classe moyenne. J’ai été éduqué dans une école catholique très stricte tenue par des moines. Je suis un catholique pratiquant. En allant travailler dans la presse locale, j’ai découvert cette ville ouvrière de Walsall. Cela m’a servi d’éducation, bien plus que de m’assoir dans l’amphithéâtre d’une université.

Le Prince William condamne l’incompétence de la chaîne. Son frère Harry va plus loin et établit un lien direct entre cette interview et le destin de sa mère : « Elle a payé de sa vie les ondes de choc de ces pratiques contraires à la déontologie »

L’expression fake news est à la mode. Est-ce une notion utile pour améliorer le journalisme ou est-ce une arme idéologique ?

Cette expression a été récupérée par la gauche pour qualifier toute opinion divergente. La BBC n’a jamais autant parlé de fake news qu’au moment de l’élection de Donald Trump. Subitement, il fallait traquer les fake news. C’était devenu le problème numéro un ! Par contre, on a jeté un voile pudique sur l’affaire Hunter Biden. La qualité de l’information ne se juge pas que sur l’exactitude des faits rapportés mais aussi sur le choix des sujets traités. La BBC est le plus fabuleux colporteur de fake news de notre pays. Elle tort les informations dans un but idéologique. Certains sujets sont tout bonnement ignorés. C’est vrai dans d’autres médias. J’envisage d’écrire un essai qui analyse cette dérive du journalisme.

The Noble Liar de Robin Aitken
Biteback Publishing, 368 p.

Dyson fait le ménage à la BBC

« Nous étions trois dans mon mariage, c’était beaucoup » : l’allusion de la princesse Diana à la liaison de son mari avec Camilla Parker Bowles, est prononcée le 20 novembre 1995 sur la BBC devant 23 millions de téléspectateurs. Les circonstances de cette interview ont fait l’objet d’une enquête publiée le 14 mai dernier. Le Rapport Dyson, 130 pages, accable la BBC, laquelle s’est excusée auprès de la famille royale. Le Prince William condamne l’incompétence de la chaîne. Son frère Harry va plus loin et établit un lien direct entre cette interview et le destin de sa mère : « Elle a payé de sa vie les ondes de choc de ces pratiques contraires à la déontologie ». La BBC responsable de la mort de Lady Di ? Il y va fort…

Les voies utilisées par l’intervieweur pour approcher la princesse n’étaient certes pas régulières. À l’automne 1995, Martin Bashir mitonne de faux relevés bancaires visant à établir que les secrétaires particuliers de Diana et de Charles sont soudoyés par la presse people pour éventer l’intimité du couple. Le Comte Spencer, frère de Diana, redoutant les racontars de ces prétendus espions de l’intérieur, incite la princesse à livrer sa vérité sur un média respectable : la BBC. La manœuvre de Martin Bashir fonctionne à merveille. Devant sa caméra, Lady Di raconte tout : l’adultère, les crises de boulimie, les auto-mutilations, l’hostilité de la famille royale. Scoop mondial !

Lire aussi : Tony Sewell : « Ce rapport a permis de mettre les discours à l’épreuve des faits »

À l’époque, les enquêteurs du Mail on Sunday révèlent les méthodes utilisées par le journaliste de la BBC. Mais la direction de la chaîne, ravie de son trophée, après un simulacre d’enquête interne, couvre son journaliste véreux et assure qu’il s’agit d’un mauvais procès ourdi par le tabloïd. Bashir poursuivra une carrière météorique y compris aux USA avant de revenir à la BBC comme rédacteur en chef des affaires religieuses…

Seulement, en octobre 2020, un documentaire déterre l’affaire de l’interview de Lady Di. Le Comte Spencer demande alors des comptes à la BBC qui, en novembre dernier, missionne Lord John Dyson, ex-juge à la Cour Suprême, pour enquêter sur l’épisode de 1995. La vénérable chaîne publique, prompte à chapitrer les tabloïds, se retrouve sur le banc des délinquants. Au pire moment, alors même qu’elle plaide le maintien de la redevance en vertu de son éthique journalistique qui la placerait au-dessus de la mêlée.

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