Jusque-là, il y avait quatre chaînes d’information en Grande-Bretagne : ITV (au centre gauche), BBC News (à gauche), Sky News (à gauche de la BBC), Channel 4 (à gauche de Sky News). Par-delà le zapping, on chantait grosso modo la même chanson. Comme chez nous, une forme de léthargie s’était installée. Une vision du monde guidée par un discours idéologique d’ordre pavlovien commençait à s’enkyster dans les esprits, de part et d’autre de l’écran.
Dimanche 13 juin, à 20 heures, c’était le lancement très attendu de GB News. Audience : 262 000 téléspectateurs contre 100 000 pour la « Beeb », 46 000 pour Sky. Et ce malgré des bavures techniques, couacs de lumière et de son. Neil Oliver, l’une des stars de la chaîne, au moment de se présenter, n’avait simplement pas de son. « Je suis déjà cancel ! » plaisanta-t-il quand son micro reprit du service dix minutes plus tard.
Cet Écossais à l’accent relevé est un écrivain et documentariste passionné d’histoire et d’archéologie. Il anime une émission le samedi soir. Celui que ses fans surnomment le Roi d’Écosse veut explorer la complexe question de l’identité britannique. « Je me sens écossais et britannique. Ce qui était naturel pour moi est devenu une posture politique depuis le référendum sur l’indépendance de l’Écosse. La Grande-Bretagne repose-t-elle encore sur un imaginaire collectif ? Des aspirations communes ? Ou n’est-ce qu’un espace géographique ? J’ai été attiré par la promesse de GB News de faire entendre d’autres voix. C’est un bol d’air frais ».
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La nouvelle chaîne va-t-elle apaiser ou enflammer le débat politique ? « L’oxygène attise le feu, n’est-ce pas ? Nous allons susciter un peu d’agitation. Honnêtement, je n’attends que ça. Il faut que la conversation reprenne. Laissons se frotter les unes aux autres les idées les plus arrêtées, cela arrondira les angles. C’est ainsi que se constituent les plages de galets soyeux qui forment nos beaux paysages, dit Neil Oliver. Les médias traditionnels – des vestiges médiatiques, selon moi – ne sont plus en prise avec le pays, ils font la sourde oreille sur des sujets qui passionnent des millions de citoyens ».
Politiquement, où se situe GB News ? Premier indice : le nom. Nous ne sommes pas chez les iconoclastes décoloniaux. « We are proud to be British », annonçait à l’antenne Andrew Neil, patron de la chaîne, le soir du lancement. Deuxième indice, le logo aux couleurs pop de l’Union Jack, à une époque où pavoiser ne se fait plus. La chaîne a embauché 120 journalistes et s’enorgueillit de son ancrage régional, à Cardiff, Manchester, Belfast, Hull… Elle tient à prendre le pouls de la nation.
La grille de programmes est une succession de conversations truffées d’interviews sur les sujets du moment, de témoignages, et de commentaires des invités en plateau. Les 18 heures de direct (plus 6 heures de rediffusion) sont menées par des présentateurs à forte personnalité, dont de belles prises à la concurrence, à commencer par Andrew Neil, le patron, intervieweur politique célébrissime, transfuge de la BBC. La dernière fois qu’apparut une nouvelle chaîne sur les écrans anglais, c’était il y a 32 ans ; Ruppert Murdoch lançait Sky News avec le même Andrew Neil à la manoeuvre.
GB News est-elle une chaîne de droite ? Si être à droite, c’est hérisser la gauche, la réponse est oui
GB News a trois financeurs : le groupe Discovery Channel, le hedge fund Legatum Capital et Sir Paul Marshall (ex-donateur du parti Libéral-Démocrate qu’il quitta pour investir dans une campagne pro-Brexit ; il est également derrière l’excellent magazine en ligne Unherd). « Le budget initial de la chaîne est de 70 millions d’euros », me dit Lucinda Duckett, au bureau de direction.
De sorte que les revenus de la pub sont essentiels. Or un mois avant la première minute de diffusion, de tolérants progressistes, pressés de faire taire des gens avec qui ils risquaient de ne pas être d’accord, lançaient une campagne de boycott. « Ripples » et « Stop Funding Hate », censeurs aux techniques éprouvées, joignaient leurs forces pour punir préventivement la nouvelle chaîne. Ils ont à ce jour convaincu huit marques (dont Nivea et Ikea) de retirer leurs budgets. Un annonceur sur cinq se désengage. C’est dire la fébrilité du climat politique. Et c’est en soi un plaidoyer pour GB News : on mesure l’urgence de résister aux petits flics de la pensée.
GB News est-elle une chaîne de droite ? Si être à droite, c’est hérisser la gauche, la réponse est oui. À preuve les efforts pour lui couper les vivres ou l’étique étoile qui lui est décernée dans les pages télé du Guardian. Pour donner une idée de la philosophie de GB News, un journaliste de la chaîne citait dix titres de livres qui correspondaient à l’état d’esprit de la maison, parmi lesquels une biographie d’Edmund Burke, une autre du pamphlétaire anglais William Cobbett, des essais de Roger Scruton, David Goodhart ou Peter Hitchens.
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Selon Neil Oliver, ce n’est pas une chaîne de droite : « J’écoute les interviews d’Andrew Neil depuis que je suis adolescent. La main sur le coeur, je serais incapable de vous dire pour qui il vote » – point de vue qui mérite d’être nuancé par le fait que le patron de GB News est aussi le patron de l’hebdomadaire conservateur The Spectator. Parmi les présentateurs vedettes, on trouve Gloria de Piero, ex-députée travailliste, « doctrinaire, résolument de gauche, selon le journaliste Robin Aitken qui a travaillé avec elle à la BBC. J’ajoute que Gloria est intelligente, compétente et authentiquement working class. Elle est travailliste à l’ancienne, moins woke, si vous voulez ».
Anti-woke, voilà qui définit au plus près la nouvelle chaîne résolue à faire la lumière sur les ravages de la cancel culture et à défendre la liberté d’expression. Andrew Doyle, l’inventeur du personnage fictif Titania McGrath (une militante féministe intersectionnelle, porte-voix des âneries progressistes, cf. L’Incorrect n° 23) anime « Free Speech Nation » le samedi de 16 à 18 heures. À signaler également une séquence « Woke Watch » tous les soirs à 20 h 30.
« Nous sommes soumis aux règles d’impartialité d’Ofcom », rappelle Lucinda Duckett. GB News veut présenter un point de vue équilibré sur les questions clivantes (confinement, changement climatique…) et n’esquiver aucun sujet épineux (immigration, théorie du genre, génuflexions des footballeurs…) l’idée étant de répondre à une soif grandissante pour la diversité de points de vue. Souhaitons-lui succès et longue vie.





