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Tu redeviendras un singe, mon fils

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Publié le

3 août 2019

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TheMonKey est un projet expérimental sans équivalent dans le monde. À mi-chemin entre une secte millénariste et une sagesse présocratique, TheMonKey propose d’inverser la courbe de l’évolution pour que « l’homme retrouve sa nature primitive ». Léopold H., neurobiologiste au CNRS, et fondateur de cet « incubateur animaliste », m’a reçu dans son laboratoire de Zurich.

 

Vous proposez à vos « clients » de retrouver « une conscience primitive » pour vivre dans un parc naturel. Pourquoi ?

 Nous avons tous le sentiment de l’absurdité de notre existence, face au deuil ou à l’échec. Mais la révélation de l’inanité de notre existence provoque le plus souvent le désespoir et le déni. Ne vous est-il jamais arrivé de regarder d’un œil lucide cette civilisation de singes urbanisés ? N’est-ce pas grotesque ? Notre existence est insensée, nos désirs déçus, notre bonté, faillible et notre raison, inaboutie. L’homme est un singe qui a trahi sa condition. Nous serions plus heureux à manger des poux sous un ciel étoilé. L’homme doit donc abandonner la voie empruntée par ses orgueilleux ancêtres et retrouver l’humilité de sa condition animale.

L’homme est un singe qui a trahi sa condition. Nous serions plus heureux à manger des poux sous un ciel étoilé.

La seule voie de la sagesse est de comprendre ceci : soit l’homme est un dieu, soit l’homme est un animal. L’effondrement écologique de notre monde, les guerres, nos innombrables vices, tout tend à prouver que l’homme est au mieux un demi-dieu impuissant et mauvais. C’est cet entre-deux absurde qui nous angoisse. Notre malheur, c’est la conscience et le libre arbitre, deux résultats d’un « bug » survenu dans l’histoire de l’évolution de notre espèce.

 

Lire aussi : Si Dieu est grand, alors tout est permis !

 

À quand remonte ce « bug » selon vous ?

 Le péché originel a eu lieu il y a 8 millions d’années, quand notre premier ancêtre a mangé un animal. Cette source énorme de protéines lui a permis de développer son cerveau. Puis il y a 500 000 ans, en découvrant et en apprivoisant le feu. Avec la cuisine, l’espèce humaine a surdéveloppé ses capacités cognitives. Tout est la faute de ce saut épigénétique permis par la station bipède, l’alimentation carnée et la cuisine.

La nature était parfaite pour l’homme – avant qu’il ne décide de devenir ce demi-dieu impuissant et destructeur.

Comme le pensent certains chercheurs, lorsque les premiers hommes ont commencé à penser, à avoir conscience d’eux-mêmes et du monde, mais surtout conscience de leur absurde tentative de saisir un monde insaisissable, cette aberration a failli les rendre fous. Ils se sont alors réfugiés dans la procédure et la routine… Et dans les passions ! L’homme a, un jour, défié les cieux et s’est mis debout. Résultat, la femme accouche dans la douleur. L’agonie de l’homme commence dès sa naissance, alors qu’il déchire les flancs de sa mère et s’il peut être heureux, ce n’est jamais sans dommage.

 

Lire aussi : Droite : désaccords communs

 

Mais l’intelligence humaine porte aussi de beaux fruits : la science et l’art, par exemple.

L’homme est assis entre deux infinis : l’infini de son désir et l’infini de son angoisse. Nous ne savons rien. La science empirico-mathématique est comparable à la tentative d’un puceron de cartographier les seins d’une déesse. La nature ne s’étudie pas, elle se contemple et se vit. La nature était parfaite pour l’homme – avant qu’il ne décide de devenir ce demi-dieu impuissant et destructeur.

L’homme doit redevenir un animal s’il veut retrouver le bonheur.

Que sert-il d’écouter Beethoven tandis que nous remplissons le monde de nos ordures et transformons en égouts les océans ? Toutes les facultés humaines sont des illusions, et elles ne sont rien comparées à la nature. Regarder bruisser une fourmilière à l’ombre d’une forêt de pin vaut mieux que tout ce que pourrait produire Netflix. L’homme doit redevenir un animal s’il veut retrouver le bonheur. Il n’est pas trop tard. Je vais d’ailleurs bientôt désapprendre le langage. Et je regarderai, impassible et innocent, s’entre-dévorer l’orgueilleuse espèce humaine.

[À ces mots, et avant que je puisse évoquer l’existence de Dieu, mon interlocuteur se met à danser en poussant des cris aigus]

 

 

Propos « recueillis » par Yrieix Denis

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