Skip to content

Droite : désaccords communs

Par

Publié le

18 décembre 2018

Partage

Politique-Peter_Paul_Rubens_115

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1545126566851{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

La droite aspire à un objectif contradictoire : l’unité et le renouvellement. Or, c’est d’abord en assumant un conflit intellectuel policé que la droite pourra bâtir une unité électorale sur de bons principes, en faveur d’une proposition intellectuelle politique aboutie.

 

Avec le double échec des partis de droite, LR et RN, aux dernières élections, l’improbable échec de François Fillon, la coûteuse maladresse de Jean-Frédéric Poisson malgré des débuts prometteurs, l’accès de faiblesse de Marine Le Pen lors du débat du second tour, les électeurs de droite ont assisté, incrédules, à l’effondrement successif de tous leurs champions.

 

Lire aussi : La politique est un jeu d’enfants

 

Ces déconvenues ont accentué chez ces électeurs de droite plusieurs passions qu’il serait imprudent de sous-estimer : un douloureux désenchantement ou au contraire une volonté courageuse d’engagement et de renouvellement ; et chez beaucoup d’indécis, un profond désir d’unité. L’abattement, l’attentisme, la colère ou le refus du politique au profit du social en sont les fruits immédiats.

 

Avant l’unité, assumer la désunion

 

Dans leur Appel d’Angers, lancé en avril 2018, de nombreux élus et chefs de file de « la droite hors les murs » ont répondu aux peuples de droite, en les invitant à se remobiliser « autour de l’essentiel » pour « agir concrètement dans l’unité », en vue des prochaines échéances électorales. Dans le même temps, intellectuels, anciens élus et membre de la société civile veulent préparer les prochaines élections en formant « les cadres de demain » et rejoindre dès aujourd’hui des cercles de pensées, des groupes de réflexion, des publications nouvelles. On assiste alors à un curieux paradoxe : à mesure que ces groupes se forment, les disparités et les oppositions s’accentuent. Ces nombreuses initiatives de refondation sont en effet traversées par des clivages profonds, et irréconciliables, devant lesquels l’idée d’un « sens commun » ne tient pas au-delà de la pétition de principe.

Sans conflit, il n’y qu’unanimisme illusoire, autorité dévoyée, soumission désespérée et débordements de violences.

On parle volontiers d’union des droites. Mais sur quel programme ? Sur quelles priorités fonder une ligne directrice et rassembleuse ? Avec quels outils ? Faut-il par exemple compter sur les cadres et le Parti des Républicains, sur le Rassemblement national ou sur le Parti Chrétien-Démocrate ? Certains penchent pour la fondation d’une nouvelle plateforme. Mais selon quels fondements intellectuels ? Ici encore, un choix doit être fait et c’est la tâche à laquelle se sont attelés de nombreux groupes de réflexions. Ceux-ci sont conscients du triple enjeu d’une refondation politique : accomplir un formidable travail de réflexion, puis de promotion et enfin de mobilisation. En s’inspirant, avec intelligence, des exemples étrangers1.

 

Le conflit, pas la guerre

 

On ne bâtit pas une union sur des vœux pieux. On ne bâtit pas une unité politique sans faire l’économie du conflit. Car, pour reprendre l’observation d’un sociologue du début du XXe siècle2, le conflit n’est pas l’inverse de l’unité, il en est au contraire le préalable. Le conflit est l’expression des besoins, des désirs et des contradictions intrinsèques à toute société. Le conflit, civilisé, est un crible qui permet de séparer l’honnête du malhonnête, l’essentiel du superflu, l’urgence du temps long. C’est aussi un révélateur et un catalyseur des forces, des individualités, des dynamiques.

 

Lire aussi : D’une diabolisation, l’autre

 

Sans conflit, il n’y qu’unanimisme illusoire, autorité dévoyée, soumission désespérée et débordements de violences. La droite n’est aujourd’hui d’accord que sur des désaccords, quand elle n’est pas ouvertement en guerre violente contre elle-même. Elle doit accepter de mener un conflit sain, de bon aloi, un véritable travail de dialectique, de confrontation et de dialogue, si elle veut parvenir à faire émerger les forces réelles que recèlent les peuples de droites, et si elle veut véritablement répondre aux aspirations de renouvellement qui habitent les Français.

 

Que voulons-nous ?

 

Les alternatives politiques sont déjà là, portées par des groupes engagés, convaincus, qui espèrent chacun rallier la majorité des démobilisés, des orphelins politiques et des indécis. Faut-il par exemple consolider la droite conservatrice LR en écartant les centristes, en décapitant les caciques et en ralliant l’électorat populaire dans une synthèse délicate libéral-identitaire3 ? Ou au contraire, dissiper une fois pour toutes « l’illusion du bloc bourgeois »4, et défendre un modèle « social-identitaire », à même de rassembler les classes moyennes et populaires « de souche », en ralliant les classes populaires et moyennes « issues de la diversité » intégrées et patriotes, désireuse d’être distinguées des fauteurs de trouble et des franges indifférentes aux valeurs de leur pays d’accueil ?

Avant leurs droits, les hommes ont des devoirs, le premier étant de distinguer le faste du néfaste, le juste de l’injuste, le bon du mauvais.

Ici, nous achoppons sur un nouveau problème : l’illusion nominale5. Qu’entend-t-on au juste par « identitaire » ? Une « double ration de frites6 », ou une « foi vivante des morts7 », forte de son passé et sûre de son avenir ? S’agit-il d’un syntagme flou, sinon dangereux ? Faut-il abandonner cette notion au profit d’un « conservatisme social », capable de réunir les Français autour d’une défense de la qualité de vie, de la défense éclairée de la nature, de l’équité économique, du bien commun et d’une vision organique de la société capable d’intégrer les bouleversements religieux, philosophiques et identitaires des 70 dernières années ?

 

Lire aussi : Marine Le Pen : « Chez les gilets jaunes, il y a une conscience de peuple »

 

Rebâtir la civilisation, mais pas n’importe laquelle

 

Comme le rappelle l’intellectuel américain Mark Lilla8, l’un des conflits politiques de notre modernité achoppe à nouveau, malgré l’illusion du triomphe progressiste et néolibéral, sur une alternative entre deux modèles de société contradictoire. La société contractualiste, où les individus sont libres et autonomes, et n’obéissent à aucune autre tradition que de regarder vers l’avenir. Cette « société liquide » (Bauman) donne aussi bien la Révolution française que le « trouple » postmoderne. À l’inverse, la société organique défend l’idée que la plastique humaine obéit à des lois que l’on n’enfreint pas sans dommage, et que la nature humaine s’épanouit à travers des modèles hiérarchisables selon leurs vertus et leurs vices (modèles familiaux, corps intermédiaires, nations). Avant leurs droits, les hommes ont des devoirs, le premier étant de distinguer le faste du néfaste, le juste de l’injuste, le bon du mauvais. Cette conception de la société donne aussi bien la République islamique iranienne que la démocratie chrétienne européenne.

 

Lire aussi : Mark Lilla : De la démocratie en France et aux Amériques

 

Mark Lilla, en tant qu’« adversaire » éclairé de la droite9, recommande aux conservateurs « issus » de la Manif Pour Tous de bâtir un programme qui allierait tradition, solidarité et écologie (et progrès économique ?), afin d’écarter toute dérive populiste ou obscurantiste en France. C’est une aspiration largement partagée. Mais, pour paraphraser Lénine, comment y faire ?

 

 

  1. Sur ce sujet, on consultera avec profit le rapport d’Eudoxe Denis pour l’Institut de l’Entreprise : Royaume-Uni, l’autre modèle ? La Big Society de David Cameron et ses enseignements pour la France, 2014
  2. Georg Simmel, Le Conflit, 1908
  3. Nous entendons « libérale », ici, dans un sens d’émancipation de « l’économie réelle » de la tutelle de l’État, de baisse des prélèvements obligatoires, sans pour autant renoncer au modèle social d’un État providence repensé de fond en comble.
  4.  L’illusion du bloc bourgeois : alliances sociales et avenir du modèle français, Bruno Amable et Stefano Palombarini, 2018
  5. Dans Après la vertu, le philosophe Alasdair MacIntyre parle « d’émotivisme », s’agissant de l’illusion nominale 
  6. Nous faisons ici référence à la sortie bravache de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy à propos du hallal dans les cantines scolaires. 
  7. Jaroslav Pelikan : « Le traditionalisme, c’est la foi morte des vivants ; la tradition, la foi vivante des morts » (1971)
  8. Voir Two Roads for the New French Right, NYRB, novembre 2018 ; et The Shipwrecked Mind (2016), en cours de traduction aux éditions DDB.
  9. Mark Lilla est un démocrate, critique aussi bien de « la gauche identitaire » que la pensée réactionnaire.

 [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest