Fusées voltairiennes, mazarinades, libelles, pamphlets, graffitis : la France a toujours été riche d’une littérature satirique et politique. Notre époque ne déroge pas à cette tradition. « Patriotes, faites des enfants » lisait-on, il y a peu, en lettres noires, sur le bitume du boulevard Saint-Michel. Et, sur un mur de la Sorbonne : « Jojo n’a pas de sexe ». Si la liberté de la presse officielle est bâillonnée par la bien-pensance, le peuple prend souvent sa revanche – et c’est plus drôle et efficace qu’un long article – par une créativité verbale. L’esprit français allient humour, ironie et politique. « Joie est mon caractère c’est la faute à Voltaire ». De ces feux d’artifice, les réseaux sociaux, les affiches, les tweets et les tags prennent la relève, pour le meilleur et pour le pire.
Le graffiti de Charline sur Z., ce n’est pas « l’esprit français ». Aucun média n’a explicité l’insanité vulgaire des lettres feutrées de rouge. L’esprit voltairien est intelligent, vif et percutant même s’il est injuste. Et l’ironie est une arme difficile à manier. L’humour de Charline, lui, est non pas caricatural mais brut car il s’inscrit dans une idéologie. Ce qui signifie qu’il est loin d’être inoffensif. La reductio ad Hitlerum rappelle la réduction ad homophobiam. Se souvient-on que le 20 février 2019, Marlène Schiappa comparait dans un entretien à Valeurs Actuelles, la Manif pour tous et « les terroristes islamiques » ? L’ancienne Secrétaire d’État à l’Égalité, voyait entre les deux une convergence idéologique dans un discours « homophobe et inégalitaire ».
Le graffiti de Charline est une provocation dangereuse, parfaitement assumée
Ses propos avaient suscité un tollé, suivi, aussitôt, d’un rétropédalage officiel de l’intéressée. Sauf que le coup avait porté : semer le doute dans les esprits s’accusant, in petto, d’être homophobes ou islamistes sans le savoir ! Même technique, avec Charline : celle de la provocation énorme et du dérapage contrôlé. L’important est de créer l’accusation orwelienne du « crime pensée » d’autant plus provocatrice qu’elle est impensable, indicible, taboue étant donné les origines de l’accusé.
Ne crions pas, trop vite à l’insignifiance bête et grotesque des propos de la scripteuse comme ont eu tendance à le faire ce soir, Dimitri Pavlenko et Mathieu Bock-Côté sur le plateau de « Face à l’info ». Le graffiti de Charline est une provocation dangereuse, parfaitement assumée. Le but ? Focaliser l’attention des internautes sur une seule idée, susciter l’indignation, jouer sur les passions occultée, ostraciser le coupable pour empêcher quiconque de penser « à l’obscur objet du délit » en saturant, comme on dit, l’espace médiatique. Ajoutez un propos sur les prénoms, mal venu peut-être, en tout cas tronqué, et le buzz est lancé.
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Répétez dans les médias que Z est « accusé par certains politiques » d’attiser la haine dans un pays qui n’en a pas besoin, et la rumeur devient certitude. La reductio ad Hitlerum fonctionne à plein régime et interdira de poser, par principe, les vraies questions que soulève Z en attendant le retour des « heures les plus sombres » de notre histoire. Pour l’heure comme aurait dit Francis Bacon : « Calomniez ! Calomniez ! Il en restera toujours quelque chose ! ».
Quant à l’accusation, à l’encontre de Z., de « diviser à l’heure où il faut rassembler », on rappellera que le « rassemblement des Français » a été le leitmotiv de deux maniaques de la bergerie, dans leur campagne présidentielle : Hollande et Macron. Or, ce mantra n’est plus tenable à l’heure où nous sommes. La France est fracturée, éclatée. Il ne s’agit donc pas de rassembler mais de rétablir les lois de la République. Sur la fresque de Rude, La Marseillaise, Marianne, la bouche ouverte, ne se tait jamais.





