En 1979, il accepte de rejoindre le casting prestigieux d’une série en six épisodes, baptisée « Pour tout l’or du Transvaal ». L’histoire semble anodine : celle d’un jeune Français qui se retrouve malgré lui au cœur du conflit entre Boers et Anglais. Mais derrière ce téléfilm se cache un véritable coup marketing mis en place par le régime d’apartheid, qui cherche alors à redorer son image internationale ternie après le massacre de Soweto. Au nez et à la barbe du comédien.
Mais derrière ce téléfilm se cache un véritable coup marketing mis en place par le régime d’apartheid, qui cherche alors à redorer son image internationale ternie après le massacre de Soweto. Au nez et à la barbe du comédien
À Pretoria, capitale de la République sud-africaine, nation mise au ban pour avoir institutionnalisé un régime de ségrégation raciale, il est un homme redouté de tous. Piet Meyer est un pur produit de l’Afrikanerdom. Il est né en 1909 alors que son pays n’était qu’un Dominion de l’empire britannique, au sein d’une famille de Boers qui ne digère pas la défaite contre les Anglais, un conflit qui a mis fin à l’indépendance des républiques du Transvaal et de l’État d’Orange Libre. Plume de talent, il est rapidement repéré et recruté par les milieux nationalistes afrikaners pour prendre en charge leur communication. Bourreau de travail, il intègre le puissant mouvement de l’Ossewa Brandwag en 1932, et confessera volontiers son admiration pour l’Allemagne, seul pays qui aidera les Afrikaners à tenter de se débarrasser des Anglais durant la Seconde guerre mondiale. Professeur d’université et journaliste, il va prendre de plus en plus d’ascendant au fur et à mesure des décennies qui se succèdent, jusqu’à obtenir le poste de Président du Broederbond en 1960. Une société secrète qui promeut les intérêts de la communauté afrikaner, élitiste, et qui donnera à l’Afrique-du-Sud tous ses présidents jusqu’à la fin de l’apartheid en 1994. C’est à Piet Meyer que ses compatriotes doivent l’apparition de la télévision dans leurs foyers. Jusqu’ici, le régime voyait d’un mauvais œil cette modernité occidentale avant que Meyer n’arriver à le convaincre des possibilités de propagande offertes par ce moyen de communication. La South-African Broacasting Television (SABC) devient dès lors incontournable, et Piet Meyer chef d’orchestre d’une partition de musique impeccablement jouée.
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Piet Meyer et Jan Nicolaas Swanepoel, le directeur général de la SABC, rencontrent les dirigeants de Thomson CSF afin de négocier l’achat de matériels électroniques de pointe, dans le but de développer leur réseau télévisuel. Ils contournent ainsi l’embargo décrété sur son pays par l’Organisation des nations unies horrifiée par le massacre de Soweto survenu trois ans plus tôt, symbole de la lutte anti-apartheid. Dans les bagages de Meyer, se trouve un projet secret qui doit servir à redorer le blason de son pays et revigorer le nationalisme afrikaner qui connaît des divisions. La réalisation d’un western austral qui aura pour héros un Français, Jacques Cervin, qui reçoit en héritage de la part d’un mystérieux mourant, la carte d’une mine d’or en Afrique-du-Sud. Médecin rayé des cadres de l’armée, il se retrouve alors au cœur du conflit anglo-boer auquel il va participer bien malgré lui. Une aventure, marquée par de fréquents rebondissements que l’on va suivre durant six épisodes et qui va être coproduite en partenariat avec la chaîne française Antenne 2, la RTBF belge et Karat Films pour l’Allemagne de l’Ouest. C’est Yves Rénier qui est choisi pour incarner l’acteur principal du téléfilm.
À l’Élysée on feint de découvrir le problème, alors que dans la réalité des faits, on est parfaitement au courant de cette production. C’est en 1973 que Piet Meyer a fait la connaissance d’Arthur Conte, le PDG de l’ORTF et dans la foulée de Pierre Messmer, Premier ministre du Président Pompidou. Entre Messmer et Meyer, l’entente qui est avant tout politique. Le Français est un anti-communiste et un partisan du rapprochement avec Pretoria. C’est sous son impulsion que va se développer la coopération militaire entre les deux États. Oubliées donc les incursions de l’Afrique-du-Sud lors de la guerre d’Algérie où Pretoria avait pris contact avec les mouvements Pied-noirs et l’OAS afin de les convaincre de proclamer leur propre indépendance.
Entre Messmer et Meyer, l’entente qui est avant tout politique. Le Français est un anti-communiste et un partisan du rapprochement avec Pretoria
Le casting sera impressionnant (avec une participation de Bertrand Dimey et son accent méridional), le budget conséquent, le tout sur une bande originale de Lucky Blondo et tourné dans des décors naturels qui font sensation dans l’hexagone. Y compris dans la presse qui lui consacre des articles. Les Français redécouvrent alors tout le talent d’Yves Rénier et l’Histoire de l’Afrique-du-Sud que l’on a rendu très manichéenne. D’un côté, les Boers opprimés enfermés dans des camps de concentration, de l’autre, les bourreaux anglais, oppresseurs d’un peuple qui ne demandait que sa liberté, mais rien sur les conditions de vie des Africains noirs à cette époque. Derrière la caméra, un maître du genre, Claude Boissol, qui a déjà à son actif un autre téléfilm réalisé en Afrique-du-Sud qui a connu un certain succès. Yves Rénier sera assez heureux de planter ce héros, voyant dans ce téléfilm, l’opportunité de se séparer du personnage du « Commissaire Moulin » qui lui colle déjà à la peau. Avec « Tout l’or du Transvaal », Piet Meyer réussit un très bon coup publicitaire en faveur du régime de Pretoria et qui rencontrera le succès en dépit des polémiques logiques qui vont accompagner sa sortie sur le petit écran, en novembre 1979.
Devenu l’homme d’un passé révolu, Piet Meyer décédera en 1984, toujours influent. En découvrant que derrière son personnage, il avait joué le faire-valoir d’une politique de ségrégation raciale et avec la complicité de la France giscardienne, Yves Rénier n’en gardera pourtant jamais rancune. D’ailleurs, sur son compte Twitter, il affichait volontiers des extraits de cette série oubliée des Français.





