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La Guerre des Etoiles, une saga assassinée ?

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Publié le

17 janvier 2020

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L’industrie cinématographique américaine est en train de connaître une sorte de mutation terminale à l’heure où la plupart des productions (désormais qualifiées par les communicants de simples contenus) sont captées par des plateformes de streaming désormais toutes puissantes.

Après l’ère des producteurs, puis celle des réalisateurs, voici donc venue l’ère des plateformes : quand les algorithmes régulent un divertissement de masse épuisant jusqu’au dernier atome chaque univers de fiction exploitable. Menant cette uniformisation progressive de l’imaginaire, les moguls de Disney ont déjà fait du vide en rachetant coup sur coup Lucas Film, Marvel et la Fox, faisant ainsi main mise sur 80 % des licences à succès.

Les héros de Marvel semblent avoir le superpouvoir de générer à l’infini des films ripolinés et identiques, avec toujours le même succès, comme si les spectateurs étaient frappés d’amnésie avant chaque visionnage. Apprivoiser l’univers singulier de Georges Lucas tenait d’une autre paire de manches, avec des implications économiques et artistiques majeures.

L’ultime opus de la saga vient de déferler sur nos écrans : le monument brûle-t-il ? Marc Obregon envisage cette question avec l’impartialité d’un Jedi.

 

 

 

 

NON. LES MYTHOLOGIES SONT ÉTERNELLES

 

Lorsqu’en 77 Georges Lucas convainc la Fox de financer un petit space opera régressif, l’heure n’est plus aux cabotinages galactiques des serials dont il s’inspire. Kubrick vient de signer avec son 2001 un véritable manifeste de science-fiction métaphysique et adulte, et le Nouvel Hollywood semble plutôt tourné vers des problématiques sérieuses. Il faut dire qu’entre l’affaire Manson et la guerre du Vietnam, l’époque n’est plus à l’insouciance. Pourtant Lucas s’obstine et parvient à grapiller quelques millions à la Fox pour finalement réussir à mettre en boîte ce film auquel personne ne croyait et qui ressemble à une sorte de démarquage chevaleresque de Flash Gordon.

Lucas a tout compris aux leçons de J.R.R. Tolkien et de Mircea Eliade : bâtir un mythe consiste avant tout à en susciter les zones d’ombre. À ce titre, la première trilogie Star Wars est devenue un véritable réservoir à fantasmes : le moindre de ses seconds rôles, le moindre détail d’arrière-plan scintille tel un objet de culte pour les fans (le chasseur de prime Boba Fett, a fini comme une icône).

Énorme coup de bluff, Lucas insiste même pour insérer son film dans une vaste continuité, le sous-titrant « épisode 4 », suggérant ainsi qu’il n’expose que la partie émergée de tout un univers en puissance. Comme nous le savons maintenant, cette témérité a payé avec un énorme carton commercial et l’engouement pour un cinéma de divertissement décomplexé, privilégiant l’imaginaire pur à la mise en scène et au psychologisme. Lucas a tout compris aux leçons de J.R.R. Tolkien et de Mircea Eliade : bâtir un mythe consiste avant tout à en susciter les zones d’ombre. À ce titre, la première trilogie Star Wars est devenue un véritable réservoir à fantasmes : le moindre de ses seconds rôles, le moindre détail d’arrière-plan scintille tel un objet de culte pour les fans (le chasseur de prime Boba Fett, a fini comme une icône). Il y a donc fort à parier que l’univers de Star Wars n’a pas fini de s’étendre, tant, à l’instar des Terres du Milieu, il agrège naturellement le sens of wonder des époques qu’il traverse.

 

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OUI. DISNEY TUE LA MAGIE

 

Lorsque Disney rachète Lucasfilm, la firme opère un véritable travail de sape de ce qu’on appelle l’univers étendu de la franchise : en effet, sous l’égide plus ou moins lointaine de Lucas, des centaines de dessinateurs, de romanciers, de game designers travaillent à construire un univers galactique cohérent autour des six films de la saga, tissant des intrigues parallèles, bâtissant une genèse, ainsi que toute la géopolitique d’une pléthore de races qui ne seront que suggérées dans les films. Las, Disney n’a pas racheté Lucasfilm par philanthropie, et décide très vite de balayer d’un revers de main tout cet univers.

Le succès récent de la série The Mandalorian, un énième spin-off de Star Wars consacré à la lignée des chasseurs de primes, a permis à Disney de reprendre espoir après un Han Solo aux résultats décevants.

La firme lance une véritable bulle papale et le déclare « non canonique » (sic), estimant qu’il est trop complexe pour bâtir une nouvelle trilogie qui puisse séduire un public profane. Résultat, on ampute l’univers de tout ce qui avait été patiemment dessiné, et on commet de vulgaires remakes pour plaire aux fans les plus veules. Seul Ryan Reynolds avait tiré son épingle du jeu avant un Last Jedi débridé quoiqu’un peu trop post-moderne… Pour le reste, J.J. Abrahams semble davantage soluble dans l’ambiance Disney : un décalque soigneux sans aucune implication mythologique ni tentative de bâtir autre chose qu’un objet ultra référencé, usiné grossièrement avec des effets numériques vus partout ailleurs.

 

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OUI. LAISSEZ LEUR SPLENDEUR AUX MYTHES

 

Plus globalement, cet acharnement des majors à traire chaque mythologie jusqu’à la mort dit beaucoup de notre rapport à l’imaginaire dans un monde où tout est rendu possible par le numérique. Alors qu’Amazon prépare une série consacrée aux Terres du Milieu, galvanisée par le succès de Games of Thrones, on en vient à craindre que toutes les grandes sagas littéraires soient peu à peu digérées par le grand œsophage numérique.

Aujourd’hui, à force de préquelles et de spinoff, on finit par encombrer le mythe d’affèteries biographiques qui le rabaissent à la vulgarité du siècle.

Le succès récent de la série The Mandalorian, un énième spin-off de Star Wars consacré à la lignée des chasseurs de primes, a permis à Disney de reprendre espoir après un Han Solo aux résultats décevants. On peut craindre que la poule aux œufs d’or n’ait pas fini de livrer ses dernières flatulences, et que des showrunners sans scrupule continuent de raturer le moindre blanc sur la carte. Car enfin, c’est de la survie de nos mythes d’enfance qu’il s’agit ! Leur mystère tient aux zones d’ombre. Aujourd’hui, à force de préquelles et de spinoff, on finit par encombrer le mythe d’affèteries biographiques qui le rabaissent à la vulgarité du siècle. Une véritable attaque des clones, en somme.

 

 

Marc Obregon

 

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