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Pourquoi Didier Bourdon a remplacé Dieu

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Publié le

23 janvier 2020

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« Il y a dans toute œuvre d’art une tentation surmontée de suicide ». M. Butor / « Le peintre est boucher, certes, mais il est dans cette boucherie comme dans une église, avec la viande pour Crucifié » G. Deleuze / « L’univers artistique est plus ou moins réservé à ceux qui en ont un peu marre ». M. Houellebecq

 

 

 

 

Essai sur l’art contemporain

 

Qu’est-ce que l’art contemporain ? Les expositions ressemblent à des bazars, à des boutiques de mode, où l’on trouve le plus souvent des restes de repas (j’ai rendu mes coquillettes, les retrouveras-tu ?) De la trace partout, du presque rien, dans ce bordel de simulacre et d’équivalence : des empreintes, des miettes, des giclées, de la brûlure et de la lacération, bref de l’organique. C’est sexuel mais on ne touche pas.

Depuis 1789, notre roi est le hasard. Nous sommes sans gloire. Tout devient aléatoire. Les nouveaux réalistes l’ont dit : la beauté, c’est le mauvais goût.

L’art contemporain expose que nous sommes des hommes comme les autres. En effet, nous vivons la même chose : on mange, on s’habille, on baise, on fait ses courses. Pourquoi se retrouver interdit devant le « que faut-il comprendre » ? Il ne s’agit que de se laisser entraîner par le ludique en oubliant les évidences inconsolables. Acceptons la farce et le second degré. Le beau laisse la place à la singularité, « le beau bizarre. » On a mis de côté l’harmonie grecque, la géométrie de la Renaissance, le juste des Lumières. La foi ne guide plus les foules. Depuis 1789, notre roi est le hasard. Nous sommes sans gloire. Tout devient aléatoire. Les nouveaux réalistes l’ont dit : la beauté, c’est le mauvais goût. Aujourd’hui, elle n’intéresse d’ailleurs plus personne. Les proportions idéales, une exécution irréprochable sont vues comme des choses d’un autre âge. On préfère le familier : la fange et le grotesque.

 

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On sollicitera l’approche sensorielle et perceptive (probablement lu dans un dépliant) pour vous prouver qu’il n’y a rien à voir. S’il n’y a rien à voir, en revanche il y a souvent beaucoup à lire. L’art demande de la culture et de la disponibilité. Souvent, il ne propose rien de plus qu’un moment de vie. Comment démêler le vrai du faux, demandera-t-on ? Pour faire la différence, il faudra puiser dans les mythes de l’histoire (de l’art) occidentale pour mieux la réinterpréter en s’imprégnant également de l’air du temps.

L’apologie de l’éphémère a été faite par les punks de dadas. On a désacralisé l’œuvre pour rapprocher l’art de la vie et célébrer la banalité. Duchamp fait office de grand gourou du banal.

On a décidé de faire débuter l’art contemporain en 1970, juste après 1968. En révolutionnant les pratiques, transgressant les règles et reconsidérant la réalité. On commença avec le happening où l’événement fugace remplaça l’œuvre pérenne. L’apologie de l’éphémère a été faite par les punks de dadas. On a désacralisé l’œuvre pour rapprocher l’art de la vie et célébrer la banalité. Duchamp fait office de grand gourou du banal. Il est le premier en exposant simplement un objet préfabriqué à dire que ce n’est pas le faire qui compte mais le penser. On désacralise avec humour la vénération, en se cherchant de nouveaux dieux.

On reconsidère la race, le genre, l’apparence et l’identité en annonçant l’hybride et le corps mutant. On sème le trouble dans l’artificiel et le vivant en cherchant des sensations fortes. Repoussons les limites du supportable, chions sur toutes les bornes.

L’humain ne pouvant se contenter de soi, l’artiste doit-il réinventer le vivant et imaginer celui du tur-fu ? La science semble offrir des perspectives illimitées. On reconsidère la race, le genre, l’apparence et l’identité en annonçant l’hybride et le corps mutant. On sème le trouble dans l’artificiel et le vivant en cherchant des sensations fortes. Repoussons les limites du supportable, chions sur toutes les bornes. Encore. La perception doit changer, on doit pouvoir facilement atteindre une autre dimension, souvent en changeant d’échelle. Il s’agit de rompre avec les règles de la perspective en réinventant un nouvel espace qui sondera l’impalpable et fera disparaître les repères (lol). Un monde sans vide ni plein qui fera de nous des éternels déséquilibrés. On doit pouvoir se détacher facilement de la réalité – toujours être ailleurs. (Je est encore un autre)

 

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On a eu le body-art dans les années 60 et sa dimension sacrificielle faisant la part belle aux damnés de la terre. On veut encore éprouver sa résistance à la douleur et faire de son corps un exorcisme kitsch. Du sang, du sperme, et des excréments. La chair meurtrie peut-elle nous rapprocher du divin ? Tout le monde peut devenir Saint Sébastien pour un quart d’heure : de l’orgie des actionnistes viennois au boudin-hostie de Michel Journiac. On exulte le primitivisme, le refoulé et les pulsions violentes. Même exaltation libertaire dans les années 70, sur fond de construction de Beaubourg, régression sexuelle et choc pétrolier.

Malheureusement cet art est souvent teinté d’un discours de militant anti-consumériste, tellement bas de gamme qu’il fait honte à la cause. Le street-art est une hypocrisie quant à l’illusion d’une certaine liberté.

Aujourd’hui entre écologie, politique et science, les inspirations semblent de plus en plus terre à terre. Une paroi rocheuse nous sauvera-t-elle du numérique ? Nous donnera-t-elle envie de planter une tente Quechua et de faire une rando ? Malheureusement cet art est souvent teinté d’un discours de militant anti-consumériste, tellement bas de gamme qu’il fait honte à la cause. Le street-art est une hypocrisie quant à l’illusion d’une certaine liberté. On parle même d’art féministe, qui dépasse souvent peu les problématiques de chatte, d’intrusion, et sent la fillette un peu attouchée par son oncle : on montre tristement à quel point l’identité féminine se résume au corps et à son incarnation. Ce qui relève souvent d’un simple exhibitionnisme.

 

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L’art contemporain semble souvent ne plus avoir d’autres visées que documentaires. L’œuvre n’a pas à ressembler à quelque chose, elle n’a pas à signifier. Elle est là, sans pourquoi. La forme, la couleur, la matière sont des sujets à part entière. Les petites logiques deviennent les grandes. L’art contemporain fait l’éloge du détail. Tout – paradoxalement – invite à contemplation et à l’expérience spirituelle. Dans un monde sans dieu, il reste l’art abstrait. Les années 2000 ont ouvert la voie au sampling, à une pure hybridation culturelle, à l’effondrement des hiérarchies. Le savant se mêle à la variété grâce au numérique et à la marchandisation. C’est la confusion. Le chaos culturel. L’artiste est celui qui relie les mondes pour produire des atmosphères.

L’histoire de l’art est devenue l’histoire des noms. Tout ce qu’il nous reste est la dérision et un Dieu absent.

L’art est aujourd’hui une question de traduction – passage d’un registre d’une forme à une autre. Étant confronté à un stock de savoirs et d’informations visuelles ; le travail est celui de la post-production, du remix. L’esthétique est d’effet spécial, d’hyperactivité culturelle. La postmodernité a mis fin au concept d’originalité. Tout est transitif. L’art nous permet pourtant d’avoir un contact charnel avec l’intelligence. Tout ce qui vaut dans la vie est essentiellement bref. L’artiste ne gardera que ce qui peut le servir. Travailler pour « ce qui n’a pas de prix » (feat. Annie Le Brun) contre les vainqueurs et la fusion de l’art avec le luxe. Tout est convertible en son contraire et les critères de jugement s’enfoncent de plus en plus dans le flou (les gens ont toujours eu plus d’oreilles que d’œil) jusqu’au coup médiatique (la banane scotchée de Cattelan). L’histoire de l’art est devenue l’histoire des noms. Tout ce qu’il nous reste est la dérision et un Dieu absent.

 

 

Stéphanie-Lucie Mathern

 

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