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Le collectif 4e Œil corporation revient sur les origines de son enquête sur le mystérieux Stéphane Bourgoin. Au-delà des refus, des attaques ou du silence total sur l’affaire, en creusant bien, les mensonges de Bourgoin semblent s’accumuler.
Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venus à travailler sur Stéphane Bourgoin ?
Même si une victime nous a aidés, nous ne sommes pas des proches de victimes ni des fans refoulés. Nous n’avons pas de casiers. Nous ne sommes pas des auteurs jaloux ni des émissaires de Sondra London, ce dont M. Bourgoin nous accuse, entre autres. Nous n’avions aucun intérêt particulier pour lui, si ce n’est que chacun d’entre nous, par son vécu, a été amené à s’intéresser aux affaires criminelles. Les livres les plus faciles à trouver étaient les siens. Par hasard, nous nous sommes retrouvés sur un groupe Facebook dédié aux faits divers. Nous avons réalisé que beaucoup doutaient de ses écrits. Nous avons commencé à mettre en commun nos trouvailles, mais les intentions de l’administrateur n’étaient pas nettes. Nous avons quitté ce groupe pour créer le collectif 4e OC en juillet 2019.
Quel est cet étrange cabinet Eternos qui fait supprimer vos vidéos ?
Il a été question de reprise interdite de contenu protégé par droits d’auteur. Ne pouvant nous attaquer sur le fond, M. Bourgoin le fait sur la forme. Eternos corporation est, de son propre aveu, une société de Legal advisors, soit des conseillers juridiques et non des avocats. Il leur est donc impossible de poursuivre qui que ce soit. La mise en demeure et les menaces subséquentes envoyées sont donc de simples intimidations. En outre, nous avons obtenu la preuve que cette entreprise n’est pas enregistrée à la Chambre des juristes d’Irlande. Leurs bureaux sont fictifs et les images de leur site sont des photomontages. Bref, du vent, à l’instar de leur live catastrophique et du montage qui en a été fait.
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Pour l’heure, on s’étonne du silence de la télévision.
Nous avions contacté Jean-Marc Morandini, car ce dernier semblait proche de M. Bourgoin. Il a été attentif, mais sans donner suite. Nous avons également contacté Guillaume Pley, mais il a été contrarié par notre anonymat. Chose assez cocasse, nous l’avions prévenu fin 2019 que la personne qu’il invitait pour son émission Le QG n’était peut-être pas si fable que ça. Hier (7 mai), l’animateur a joué l’étonné sur Twitter après les « révélations » de Paris Match. Le collectif 4e Œil corporation revient sur les origines de son enquête sur le mystérieux Stéphane Bourgoin. Au-delà des refus, des attaques ou du silence total sur l’affaire, en creusant bien, les mensonges de Bourgoin semblent s’accumuler.
Un mot sur ces aveux, justement, et sur l’intervention à RTL le 11 mai ?
Des aveux partiels. Il a cependant admis qu’Eileen n’avait jamais existé, qu’il n’avait jamais été formé au FBI et n’avait jamais interviewé 77 tueurs en série. Même si des éléments restent faux, nous étions satisfaits. Le matin de la publication, nous nous étions mis d’accord pour clôturer notre page, stopper nos recherches… Notre message d’adieu était rédigé. Juste avant de le poster, M. Bourgoin faisait volte-face, démentant une partie, tout en clamant avoir été victime d’un article à charge. Notre décision d’arrêter n’avait plus lieu d’être. Enfin, pour RTL, la tribune complaisante était courue d’avance car Jacques Pradel est son ami. Il a continué de nous accuser de harcèlement. Or, c’est bien lui qui a fait des tentatives d’intimidation envers notre webmaster via un cabinet de soi-disant juristes. Il revient sur les 77 serials killers après avoir dit le contraire à Paris Match. Tout sonne faux. Où sont les excuses aux victimes et à leurs familles, à ses lecteurs et à ses auditeurs de conférences ? Il n’était là que pour faire la promotion de ses livres et de sa future autobiographie. Quant à Jacques Pradel qui prétend que nous n’avons pas voulu intervenir, c’est totalement faux. Nous avons publié sur notre page un mail de demande de droit de réponse et nous n’avons jamais été contactés, ni avant, ni après.
La version Susan Bickrest est-elle plus plausible ?
Nous sommes intimement persuadés que Stéphane Bourgoin n’a jamais mis les pieds en Floride dans les années 70. Nous avons recueilli le témoignage d’une personne l’ayant fréquenté à l’époque. En 1974-1975, Bourgoin vivait chez sa mère, en France.
Où sont les excuses aux victimes et à leurs familles, à ses lecteurs et à ses auditeurs de conférences ? Il n’était là que pour faire la promotion de ses livres et de sa future autobiographie.
Pourquoi ment-il ? Qui est-il selon vous ?
Au-delà du pathos véhiculé dans la version Paris Match, nous pensons qu’il a menti pour se mettre en valeur. Le phénomène des serials killers était peu connu à l’époque. Il y a vu une opportunité. Il s’est créé une niche et a su devenir incontournable, tout en se remplissant les poches. Malheureusement pour lui, il a toujours tendance à en faire trop. Un mensonge en a entraîné un autre, jusqu’à ce jour. Il a sous-estimé le pouvoir d’internet. Qui est-il ? Un libraire fasciné par le morbide, ayant énormément lu sur les serials killers et qui, par hasard, a pu en rencontrer quelques-uns en tant que simple interviewer en 1991. Le statut d’écrivain est aussi sujet à caution, puisque la vaste majorité de ses livres sont des plagiats d’auteurs étrangers traduits pour l’occasion. Ses derniers ouvrages ne sont que des compilations des premiers.
Labellisé criminologue et profileur par certains médias, ne s’est-il pas bêtement engouffré dans des failles grossières, voyant que tout passait ?
Nous sommes les premiers à dire qu’il a été très malin de construire sa vie sur un meurtre. Lorsque quelqu’un vous raconte que sa compagne a été assassinée, qui oserait demander des preuves ? Une personne normalement constituée compatira. Quant aux failles, nous pensons qu’il a profité du fait qu’à l’époque ce genre d’informations n’était pas vérifiable. Quand internet s’est démocratisé, à ce moment-là, des vérifications auraient pu ou dû être faites. Mais voilà quelqu’un qui est présenté depuis 30 ans comme expert. Au bout d’un moment, cela devient une vérité. Enfin, certains médias l’ont mis sur un tel piédestal qu’aujourd’hui la chute est vertigineuse. M. Bourgoin a compté sur l’inefficacité des journalistes et sur quelques amitiés au sein de la presse pour profiter de ce business pendant plusieurs décennies.
Pensez-vous que ses travaux restent dignes d’intérêt ?
Nous pensons qu’il reste un précurseur dans ce domaine. Il est l’un des premiers à avoir rapporté l’existence des tueurs en série en France. Mais ses écrits étant en grande partie des plagiats ou des exagérations, il nous est impossible de les recommander. Nous vous conseillons plut tôt de lire les originaux que l ’on trouve facilement en France désormais.
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Certains ont-ils admis s’être royalement plantés après votre enquête ?
Nous avons pas mal de retours de ce type. Il était intéressant de voir des gens poser une question sur ses réseaux sociaux, se faire censurer et bannir, puis débarquer ensuite sur notre site nous faire part de leur désarroi. Cependant, nous ne nous sommes pas donné pour mission de convaincre les gens, mais seulement les pousser à réfléchir sur le sujet. Il y a évidemment des fans qui continuent de le suivre malgré tout. C’est leur choix. Nous le respectons. Même s’il est difficile à comprendre.
Avec cette affaire livrée à internet, n’avez-vous pas eu peur d’ouvrir une boîte de Pandore ?
C ’est effectivement in évitable. Sur internet, les gens en viendraient aux mains dans une discussion sur la saveur d’un yaourt. Nous ne censurons personne sur notre groupe Facebook. Les seules choses que nous refusons sont le harcèlement et les insultes envers M. Bourgoin, ainsi que les questions relatives à la religion et à la politique. Ce n ’est pas le sujet.
Quel avenir pour le collectif ?
Nous allons essayer de régler une dernière petite affaire en rapport avec M. Bourgoin. Enfin, le 4e OC s ’endormira pour un sommeil qui, nous l’espérons, sera définitif.
Propos recueillis par Alain Leroy
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