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On supprimera la vedette

Il y eut le mythe des intellectuels qui, en France, commença avec le « J’accuse! » de Zola, héroïque prise de parole, et pour une bonne cause, qui cautionna plus tard tous les engagements de ses successeurs. Sauf que les meilleurs écrivains français, Drieu ou Aragon, prirent le parti des pires systèmes d’aliénation, fasciste ou communiste, avec les meilleures raisons du monde et le plus grand style.

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© DR

Les déceptions s’enchaînèrent et, après celle des prêtres, leur aura rétrécit. Puis vinrent les années 80 de l’Occident. On passa des grandes conceptions politico-religieuses aux bonnes œuvres de Coluche. Ce n’était plus ni le prophète ni le prêtre ni même le poète qui ouvrait la bouche, mais le chroniqueur, le comédien, la chanteuse, le joueur de balle-au-pied, qui s’impliquaient dans de grandes causes sans qu’on sache vraiment s’il s’agissait pour eux de charité ou de réclame dans une société qui, toujours davantage, et à rebours des préceptes bibliques, combinait les deux.

On repensait au poème prophétique d’Armand Robin : « On supprimera le saint, annonçait-il, au nom du génie, puis on supprimera le génie. On supprimera le prophète au nom du poète, puis on supprimera le poète. On supprimera l’Esprit au nom de la Matière, puis on supprimera la matière ». Et dans les décombres virtuels du monde, on se disait qu’après le poète, il avait oublié la vedette, mais qu’on supprimerait la vedette.

Pourquoi les sentiments d’une Angèle ou d’une Camélia Jordana, qui ne sont ni Sarah Bernhardt ni Albert Camus, devraient résonner dans le débat public, cette télé-réalité permanente, voilà qui ne cesse de m’interroger.

Néanmoins, entre-temps, devoir supporter les laïus de tous ces benêts du spectacle à chaque petite frayeur collective finira par nous rendre impatients d’une apocalypse. Pourquoi les sentiments d’une Angèle ou d’une Camélia Jordana, qui ne sont ni Sarah Bernhardt ni Albert Camus, devraient résonner dans le débat public, cette télé-réalité permanente, voilà qui ne cesse de m’interroger. En quoi leur petite opinion mal informée de chanteuses en vogue devrait être répercutée en même temps que les ritournelles par lesquelles elles divertissent les masses, cela reste une aberration produite par les circonstances et qu’un jour l’Histoire jugera avec ébahissement.

Aujourd’hui, face à des épreuves de troisième ordre (le Covid19), tous les amuseurs rappliquent pour nous expliquer qu’il y aurait un « monde d’après », manière pour eux de se dilater à bon compte une aura. Vincent Lindon y va de sa vidéo poussive et scolaire de délégué de 1985, qui s’étonne que le prof principal ait annulé le voyage de classe. Quelle misère. Et ça agite son hochet du « monde d’après ». Il n’y a pas de monde d’après, comme il n’y a jamais eu de « monde d’avant ».

Il y a un monde de toujours qui implique ses guerres, ses épidémies, ses catastrophes, et face auquel nous avons quelque chose à répondre, grâce aux révélations divines, amoureuses et artistiques.

Il y a un monde de toujours qui implique ses guerres, ses épidémies, ses catastrophes, et face auquel nous avons quelque chose à répondre, grâce aux révélations divines, amoureuses et artistiques; un monde brutal face auquel nous pouvons opposer une autre, splendide, brutalité. Oh, pas seulement des masques et du gel, non, mais un sens, une beauté, une transcendance, et nos corps s’il le faut, parce que nous ne découvrons pas la mort avec un virus chinois, et que ceux qui le font étaient déjà crevés depuis longtemps.

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Anastasis

Il est temps de recommencer à vivre et il y a, encore, dans ces pages, de quoi alimenter le feu. Qu’il s’agisse de la fidélité à ce qui nous précède et nous dépasse qu’évoque notre ami Frédéric Rouvillois, ou des manières pertinentes dont fait preuve un Laake pour mettre en œuvre l’élégance de la touche française, ce qui est un autre genre, inconscient, de fidélité, l’esprit demeure. Et une bouteille de champagne nous attend dans le premier bar qui osera rouvrir.

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