Il faut vraiment être un affreux boomer pour résumer Sean Connery à James Bond. Certes, il fut le premier à incarner à l’écran le plus célèbre des espions anglais avec James Bond 007 contre Dr No en 1962, et qu’il soit un Écossais fervent indépendantiste qui disait : « Je ne suis pas un Anglais, je n’ai jamais été anglais, et je ne veux jamais en être » nous donnerait presque envie de lever des fonds français pour ériger une statut de l’acteur, en kilt, en plein Trafalgar Square, mais non, Sean Connery n’est pas James Bond. Il l’a été sept fois. Il lui a forgé son image de mâle viril et séducteur en lui offrant ses sourcils en accent circonflexe, son torse brushingué et sa voix d’un grave majestueux. « L’interprétation la plus machiste et violente à l’égard des femmes », twittait un étron EELV… Du temps de Claudine Auger (première James Bond Girl française dans Opération Tonnerre, 1965) et d’Ursula Andress, on appelait ça tout simplement : « un gentleman viril ». Sean Connery n’est pas James Bond même si certains verront un signe dans le fait qu’il disparaisse l’année où le nouvel opus de 007 ne cesse d’être repoussé au point, peut-être, de finir par disparaitre des salles obscures pour les plateformes de streaming. James Bond, c’est Pierce Brosnan. Question de génération et filmographie. Je n’étais pas né quand Sean Connery endossa pour une dernière fois le costume de l’agent anglais avec Jamais plus jamais (1983), et Brosnan n’a jamais rien fait d’autre. Alors que Sean Connery…
L’ÉCOSSE, LE FOOTBALL ET LE THÉÂTRE
Fils d’un camionneur et d’une femme de ménage, Thomas « Sean » Connery est né le 25 août 1930 à Edimbourg. Il quitte l’école à quinze ans, s’engage dans la marine britannique et débarque sur la terre ferme trois ans plus tard avec ses fameux tatouages : « Dad and Mum » (« papa et maman ») et « Scotland forever » (« Écosse pour toujours »). Il enchaine divers métiers comme maçon, livreur, maître-nageur et même vernisseur de cercueils. En parallèle, il cultive ses deux passions : le théâtre et le football. Doté un talent certain, Sean Connery sévit sur les pelouses écossaises en jouant pour les clubs de Bonnyrigg Rose et East Fife (champion de D2 écossaise en 1948). Il a même droit à quelques lignes dans le quotidien local, The Dalkeith Advertiser rapportant une frappe des trente mètres qui termine sa course dans les filets de Broxburn Athletic. Lors d’un match contre une formation locale de Manchester, le jeune Connery tape aussi dans l’œil de Matt Busby, alors manager de Manchester United qui lui propose un contrat de 25 livres par semaine. Il refuse. « Je voulais vraiment accepter parce que j’aimais le football », racontera plus tard l’acteur, « mais j’ai réalisé qu’un footballeur de haut niveau ne pouvait être à la hauteur que jusqu’ à l’âge de 30 ans, et j’avais déjà 23 ans. J’ai décidé de devenir acteur et cela s’est avéré être l’un de mes coups les plus intelligents. ».
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LE CHARISME SEXUEL REQUIS
Une évidence aujourd’hui, qui l’était beaucoup moins à ce moment-là. Figurant dans la comédie musicale South Pacific en 1951, Sean Connery doit ensuite se contenter de petites apparitions à la télévision et au théâtre. Il doit attendre 1955 pour enfin gagner quelques minutes au cinéma dans Geordie de Frank Launder et Au bord du volcan de Terence Young, qu’il retrouvera dans Bons Baisers de Russie, son deuxième James Bond en 1963. Il décroche son premier rôle à la BBC en 1957 avec le téléfilm Requiem for Heavyweigh, l’histoire d’Harlan « Mountain » McClintock, un boxeur autrefois prometteur brutalement vaincu par un jeune champion. En 1961, Sean Connery participe à un concours organisé par le London Express pour dénicher l’acteur qui incarnera James Bond, l’agent créé par l’écrivain et ancien espion Ian Flemming. Plus de six cents candidats participent dont David Niven (qui se consolera quelques années plus tard en interprétant 007 dans la parodie Casino Royale en 1967), James Mason et Gary Grant. Au grand dam de Flemming lui-même qui dira qu’il « recherche le capitaine de frégate Bond, pas un cascadeur qui a trop grandi », Connery remportera le rôle et madame Flemming rassurera son mari en lui chuchotant qu’« il a le charisme sexuel requis », ce petit quelque chose que Coffin & co ne saisiront jamais. James Bond 007 contre Dr No sort le 6 octobre 1962 en Angleterre et révèle au monde qu’un chardon peut-être bien plus élégant qu’une rose.
CONNERY APRÈS BOND
Sean Connery rempilera six autres fois. Il renoncera une première fois à Bond en 1967 après On ne vit que deux fois, puis en 1971 après Les Diamants sont éternels en laissant sa place à Roger Moore, qu’il reviendra concurrencer une dernière fois en 1983 avec l’opus non-officiel Jamais plus jamais. « J’ai voulu me retirer après l’avoir joué cinq fois, et je n’ai tourné Les Diamants sont éternels que parce qu’il pouvait me rapporter 1 million de dollars pour le Fonds écossais pour l’éducation. », expliquera t-il. S’il affirma qu’« il est presque impossible de tenter d’effacer l’image de Bond », sa filmographie et l’empreinte qu’il laisse dans chacun de ses films prouveront le contraire. En 1965, l’Écossais porte presque à lui tout seul La Colline des hommes perdus de Sidney Lumet qui raconte la mutinerie de soldats britanniques internés dans un camp militaire disciplinaire en Libye.
Sean Connery illumine tout, même les nanars comme Lancelot, le premier chevalier
En 1972, il retrouve Lumet pour The Offense, où il offrira une sublime interprétation d’un enquêteur fatigué à la poursuite d’un violeur de fillettes. Le film d’une noirceur glaçante, sera interdit dans de nombreux pays dont la France qui ne le diffusera qu’en 2007. Trois ans après, Connery tournera son chef d’œuvre : L’Homme qui voulut être roi. De la nouvelle de Kipling, John Huston propose une tragi-comédie furieusement épique narrant les aventures de deux aventuriers à la conquête du Kafiristan, petit pays proche de l’Afghanistan. Sean Connery et Michael Caine offrent l’un des plus beaux duos du septième art. Un an après, l’Écossais s’essaiera à un tout autre tandem, et non des moindres dans La Rose et la flèche de Richard Lester avec la toujours magnifique Audrey Hepburn. Lui en Robin des bois vieillissant revenu des Croisades, elle, en Lady Marianne devenue religieuse, le duo offre une tendre partition à la fois drôle et mélancolique.
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L’HOMME DE L’OCCIDENT
Aussi à l’aise en Guillaume de Baskerville dans Au Nom de La Rose (1986) de Jean-Jacques Annaud ou en capitaine Marko Ramius dans À la poursuite d’Octobre Rouge (1990) de John McTiernan, Sean Connery, c’est aussi des seconds rôles magnifiques. Qui n’a pas pleuré devant la mise à mort de Jim Malone alors que résonne la Vesti La Giubba dans Les Incorruptibles (son unique Oscar) ? Et imagine-t-on Highlander (1986) sans Juan Sanchez Villa ? Non, bien-sûr que non. Et si La Dernière Croisade (1989) est bien le meilleur opus des Indiana Jones, c’est parce qu’Henry Jones ne pouvait être que lui. Sean Connery illumine tout, même les nanars comme Lancelot, le premier chevalier (1995) et le film testo-bourrin comme Rock (1996). « Plus que tout, j’aimerais devenir un vieil homme avec une belle tête. », racontait-il. Depuis sa retraite en 2003 avec La Ligue des Gentlemans Extraordinaires, on espérait tous secrètement qu’il revienne. Parce qu’il méritait de quitter la scène autrement, mais surtout parce que les géants vivants, les belles gueules pour qui on se déplace, même confiné, se faisaient de plus en plus rares. Avec la disparition de Sean Connery, c’est tout une part de notre imaginaire qui s’en va. Un imaginaire chevaleresque, viril, élégant et galant. L’homme de l’Occident.





