Le 9 mars dernier, des agriculteurs se réunissaient à Aurillac pour allumer des feux de détresse. Ce jeudi 25 mars, plus de 500 tracteurs se sont rassemblés à Clermont-Ferrand pour manifester. Quelles sont leurs revendications ?
Les revendications de la manifestation de jeudi à l’appel de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) étaient très floues. C’est pour cela que nous n’avons pas voulu y prendre part. D’un côté on nous disait « il faut du prix sur nos animaux d’élevages » et de l’autre la FNSEA revendiquait le fait qu’il ne fallait pas que la politique de récolte bouge… Quand nous avons une Politique agricole commune (PAC) qui doit complètement se réorienter, nous ne pouvons pas dire qu’il ne faut pas qu’elle bouge et qu’elle reste telle qu’elle est. Si cette PAC avait fonctionné, on ne serait pas en train de manifester.
Avec le nouveau plan de la PAC, il y aurait une diminution de moitié sur l’ABA, c’est-à-dire sur l’Aide au Bovin Allaitant. Pouvez-vous nous expliquer cette réforme et ce qu’elle implique pour les agriculteurs ?
Il y aurait en effet une diminution parce que le ministère a prévu de fusionner l’enveloppe Bovin Allaitant avec l’enveloppe Lait. Nous, la Coordination Rurale, y sommes opposés. Le nouveau mode de calcul des animaux pour l’aide nous convient très bien : cela passerait d’une aide sur une unité de gros bovins plutôt qu’à un animal en lui-même. Cela permettrait aussi un rééquilibrage de l’engraissement avec les animaux d’export.
Le citoyen n’a jamais consommé autant de viande française, mais ce n’est pas pour autant que nos revenus ont augmenté. Les prix ont certainement augmenté pour le consommateur, mais pas pour l’éleveur
Cependant nous ne sommes pas du tout d’accord avec le ministère sur la fusion de ces enveloppes. Aujourd’hui, il faut deux enveloppes bien distinctes avec une enveloppe viande qui soit forte, plus forte que sur le lait pour permettre à nous éleveurs de ne pas nous retrouver sans rien.
Le Premier ministre déclarait début mars aux agriculteurs que « l’État serait au rendez-vous et n’allait pas les abandonner ». Dans quel état d’esprit êtes-vous alors que tout semble aller dans le sens inverse ?
Je pense que l’État n’a pas bien compris la détresse dans laquelle se trouve le monde agricole et surtout l’élevage. Je rappelle quand même que nous avons eu un confinement. Le confinement a montré que les agriculteurs ont répondu présent. Les gens pendant le confinement n’ont manqué de rien, ils ont pu continuer à se nourrir. De notre côté, dans le monde de l’élevage, le citoyen n’a jamais consommé autant de viande française, mais ce n’est pas pour autant que nos revenus ont augmenté. Les prix ont certainement augmenté pour le consommateur, mais pas pour l’éleveur. Cela doit cesser. Si on veut une véritable souveraineté alimentaire, il faut que le ruissellement du prix se fasse clairement en direction de l’éleveur, ce que nous n’avons pas aujourd’hui avec les États généraux de l’Alimentation (EGA). Ces EGA étaient clairement annoncés comme un outil pour faire ruisseler la valeur ajoutée vers l’éleveur, mais nous ne l’avons toujours pas. Reste un gros enjeu, la PAC, qui demain doit être moteur pour nous redonner des prix rémunérateurs.
Pourquoi la loi EGALIM – loi pour l’équilibre des relations commerciales dans les secteurs de l’alimentation et de l’agriculture – pourtant pleine de promesses en 2018 est aujourd’hui un échec ?
C’est le propre du gouvernement actuel. Quand quelque chose ne va pas, il fait de grandes communications : vous avez le Ségur de la santé et vous avez la loi EGALIM pour le monde agricole. Enfin, on appelait ça les États généraux de l’Alimentation, qu’on aurait avant tout dû appeler les États généraux de l’agriculture, La réalité, c’est qu’on aura beau mettre toutes les lois que l’on veut en place, le premier point de distorsion pour nous l’agriculture française restera la PAC. La PAC nous projette sur un marché mondial qui toujours nous impose d’être plus compétitifs.
Lire aussi : Coordination rurale : « Le système actuel ne rémunère pas nos productions agricoles à leur juste prix »
Aujourd’hui en France, nous ne sommes pas forcément compétitifs mais nous avons une agriculture qui est l’une des plus vertueuses, d’où le problème de cette mise en concurrence. C’est pour cela qu’à la Coordination Rurale, nous pensons qu’avant tous les États généraux possibles et inimaginables, il faudrait mettre en place une « exception agriculturelle », c’est-à-dire que l’agriculture européenne de manière générale sorte des accords de l’OMC.
Selon vous, une décentralisation de la PAC vers les régions permettrait-elle d’améliorer les conditions de travail et les revenus des agriculteurs ?
Non. Là est bien le problème puisque nous avons déjà eu une première mouture dans la PAC actuelle où le second pilier est géré par les régions. Or aujourd’hui, on s’aperçoit que le fait de faire gérer un budget politique agricole par des régions amène des distorsions. Nous avons déjà aujourd’hui des distorsions entre États européens ; il ne faut pas rajouter un niveau de distorsion à l’intérieur d’un pays. Par exemple, à l’heure actuelle, il vaut mieux faire du bio chez Christian Estrosi dans le Sud parce que les enveloppes y sont clairement orientées vers le bio, que d’aller dans le Nord où les enveloppes sont orientées autrement. En conséquence, plutôt que d’avoir une inter-territorialité des aides du second pilier, c’est clairement une distorsion de concurrence au sein même de notre pays. Si les aides du second pilier sont augmentées vers les régions, il faudrait tout de même même un point d’ancrage national qui donne les bonnes lignes de conduite à tenir par nos régions.





