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Maître Demarcq : « La chasse à courre est harcelée, insultée, agressée, diffamée »

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Publié le

1 avril 2021

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Guillaume Demarcq, avocat du maître d’équipage du Rallye la Passion, société de vénerie qui avait été embarquée malgré elle lors de l’affaire Pilarski, a bien voulu répondre à nos questions. Retour sur des mois d’acharnement médiatique.
chasseacourre

Élisa Pilarski est retrouvée morte dans la forêt de Retz le 16 novembre 2019. Au même endroit est organisée une chasse à courre par le Rallye la Passion. Y a-t-il un rapport entre les deux événements ?

Aucun. C’est aussi simple que ça, il n’y a aucun rapport si ce n’est que ce sont deux évènements qui ont eu lieu le même jour.

Quelles mauvaises répercussions sur le Rallye la Passion cette affaire a-t-elle provoquées ?

Le Rallye la Passion s’est retrouvé au cœur d’une affaire médiatique qu’il n’avait pas du tout pressentie, puisque ses chasseurs savaient bien qu’ils étaient totalement étrangers à ce décès. Ils ont d’ailleurs appris ce décès le soir, bien après la chasse. Ils entendent qu’une jeune femme a été retrouvée morte dans la forêt et ils n’ont jamais envisagé que leur participation puisse même être évoquée. Ils se sont retrouvés mêlés à une tempête médiatique absolument extraordinaire, et ont été dépassés par quelque chose auquel ils étaient totalement étrangers.

À plus grande échelle, quelle incidence cela a eu sur les sociétés de vénerie en France ?

Qu’on aime ou pas la chasse à courre, c’est quelque chose de légal. Et malgré cela, ceux qui la pratiquent sont importunés. Le terme est faible parce qu’ils sont très régulièrement harcelés, insultés, agressés, diffamés. Ce fait divers est dramatique, car l’on parle d’une jeune femme enceinte qui est décédée. Si le Rallye la Passion n’avait rien à voir avec ce décès, cela a mis un coup de projecteur absolument surréaliste et très orienté : les chasseurs à courre se font traiter d’assassins, même si c’était déjà le cas auparavant car ils tuent des animaux. On a complètement perdu la raison dans ce dossier-là. Tout cela était aussi alimenté par Christophe Ellul, il ne faut pas se le cacher. Il le médiatise dès le départ lorsqu’il est interrogé, en commençant par parler des chasseurs à courre. C’est alors que cette affaire se répand sur les réseaux sociaux et les chaînes d’infos en continu. Ellul remet des sous dans la machine dès que cela s’arrête un peu avec son avocat communiquant, maître Novion. Avant il y en avait un autre, qui s’était présenté sur BFM TV comme l’avocat du chien ! C’est quand même effroyable ! J’ai le souvenir d’un plateau télé avec l’avocat de Christophe Ellul. C’était lunaire. Je me disais que, soit il n’avait pas ouvert le dossier, soit il mentait et ça ne l’embêtait guère.

Selon moi Ellul a nettement décidé dès le départ de jouer avec une partie de l’opinion publique dont celle des complotistes à deux francs

Selon moi Ellul a nettement décidé dès le départ de jouer avec une partie de l’opinion publique dont celle des complotistes à deux francs. Ce cheminement intellectuel est hallucinant, alors que nous sommes déjà dans une période qui est particulière. Depuis deux ans, la chasse à courre est sujette à débat : vous êtes sur un terreau sociologique qui est compliqué car on sort de la crise des Gilets jaunes ; vous avez Nicolas Hulot, un des ministres préférés des Français, qui démissionne avec fracas en expliquant que les chasseurs ont eu sa peau ; vous avez Macron qui fête son anniversaire à Chambord avec des chasseurs, ce qui fait que dans l’esprit du public Macron est pro-chasse. On a tout pour le complot ! Et puis c’est le problème des réseaux sociaux. Il y a trente ans quand un type était bourré, on lui disait « rentre chez toi fait dodo », aujourd’hui son propos peut se répandre sur les réseaux, et plus il a « d’amis » plus c’est diffusé. Il y a même des gens qui vous expliquent que c’est Jean-Charles Metras qui a enlevé la muselière du chien. Tout sens commun a été perdu dans ce dossier.

Pendant plus de trois mois, j’entends Christophe Ellul qui fait le tour de tous les médias et plateaux de télé, jusqu’à ce qu’il nous mette en cause. Il y a alors une faille procédurale et je demande au juge d’instruction de pouvoir me défendre. J’ai donc désormais accès au dossier. En le lisant, je me suis dit qu’il n’y avait plus aucun doute à avoir : j’étais convaincu que la chasse à courre n’était absolument pour rien là-dedans. Après, cela a encore duré des mois et des mois car il y a eu une espèce de psychodrame sur les délais des expertises. C’était du délire parce que tous les journalistes nous appelaient pour connaître les dates, sauf que c’est le rythme normal d’un dossier qui traite d’homicide involontaire. Même si c’est terrible à dire pour la famille Pilarski, juridiquement c’est comme un accident de voiture. Médiatiquement, c’était un truc énorme tandis que pour la juge d’instruction de Soissons, c’est un dossier parmi quatre-vingts. Or elle travaille avec les moyens que possède la justice en France, et à Soissons en particulier.

Il n’y avait même pas la trace d’ADN des chiens de chasse à courre, cela veut dire que ces chiens ne sont même pas passés à proximité du cadavre

Lorsque l’expertise comportementaliste est tombée, ainsi que la taille des morsures, ça ne rentrait simplement pas mathématiquement ! Vous ne pouvez pas mettre un pied de 45 dans une chaussure de 34… On a même fait des moulages : ça coïncidait avec les dents de Curtis, mais pas avec les dents des chiens de chasse à courre. Là déjà il ne devrait plus y avoir de sujet ! Et puis après, cerise sur le gâteau, il y a eu l’ADN. Par nature je suis en général prudent avec un certain nombre de choses, et donc je me disais : « peut-être que l’on retrouvera des traces si nos chiens sont passés à proximité et ont reniflé un peu le cadavre. » Mais là il n’y avait même pas la trace d’ADN des chiens de chasse à courre, cela veut dire que ces chiens ne sont même pas passés à proximité du cadavre. On était sur une vision un peu parisienne des choses. On répète que c’était dans la même forêt. Oui certes, mais la forêt ne fait pas dix mètres sur quatre.

Et puis, il faut le dire, c’était une « bonne histoire » médiatique : Elisa était jeune, elle est enceinte. Cela faisait longtemps que je craignais un affrontement entre les chasseurs et AVA puisque on est sur un climat tendu. Il s’avère que ça s’est très mal terminé, même si c’est arrivé à quelqu’un qui était totalement étranger à ce combat-là. Il y a eu une lecture très idéologique des choses. À l’époque, l’opinion publique mélangeait tout : « regardez nos grands seigneurs, ils mangent nos femmes, nos enfants », c’était n’importe quoi. Si un journaliste écrit des conneries, c’est lu et relu par le directeur de la communication, le rédacteur en chef… Avec les réseaux, vous êtes à la fois journaliste, directeur de la publication, et rédacteur en chef à la fois ; vous pouvez mettre ce que vous voulez, et plus c’est commenté et « liké », plus le « post » a de la notoriété. Et quand vous êtes complotiste, quoi qu’on vous dise, vous pouvez dire « toi aussi tu fais partie du complot », « toi aussi tu es dans le système ».

Lire aussi : La vérité sur l’affaire Curtis

Avez-vous finalement porté plainte contre les accusations mensongères de Christophe Ellul concernant le Rallye la Passion ?

Pas encore car procéduralement l’instruction judiciaire n’est pas terminée. Mais nous allons le faire oui. Nous allons évidemment déposer plainte pour dénonciations calomnieuses puisqu’il est établi que Christophe Ellul savait très bien que la chasse à courre n’était pas coupable, mais l’a sciemment et à plusieurs reprises accusée pour détourner l’attention de sa propre responsabilité.

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