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Josiane Corneloup : « Comment pouvons-nous décider que quelqu’un va mourir parce que la maladie est incurable ? »

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Publié le

2 avril 2021

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Mercredi dernier, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi d’Olivier Falorni (PRG) autorisant l’euthanasie – pudiquement nommée « fin de vie libre et choisie » ou encore « d’aide médicalisée à mourir » par son auteur. Le texte sera débattu en séance publique à partir du 8 avril. Membre de la commission, la députée de Saône-et-Loire Josiane Corneloup (LR) nous livre son avis sur le texte. Entretien.

Comment avez-vous réagi au vote par la Commission des affaires sociales de cette proposition de loi autorisant l’euthanasie ? 

D’après ce texte, l’euthanasie pourrait être appliquée sur demande du patient si le terme de « maladie incurable » peut être utilisé. Je dois vous dire que je suis très partagée et d’ailleurs je n’ai pas voté en commission. C’est un sujet éminemment important et compliqué qui relève de l’intime. Chacun peut avoir une position complètement différente en fonction de ce qu’il est lui-même. Cette fin de vie est évidemment difficile car tout le monde souhaite pouvoir mourir paisiblement. Je n’utilise pas le terme « dignement » car pour moi tout le monde est digne donc ce n’est pas le problème. Le problème, c’est que « l’aide à mourir dans la dignité » reste de l’euthanasie. Il faut mettre les vrais mots. 

Lire aussi : Euthanasie : les raisons de s’y opposer

Comment pouvons-nous décider demain que quelqu’un va mourir parce que la maladie est incurable ? Pour étayer mon propos, je suis allée moi-même dans des services de soins palliatifs, dans des services de cancérologie où les jours des patients sont réellement comptés. Là-bas, aucun des patients ne vous parle de la mort. Au contraire, ils vous parlent de leurs projets d’avenir, parce qu’ils sont extrêmement bien entourés dans ces services de soins palliatifs et parce que la douleur y est maîtrisée. Ce qui est important dans les derniers moments de la vie, c’est surtout d’être apaisé et entendu car c’est aussi un moment où des choses très importantes sont dites, où des réconciliations de famille se font, où des bilans sont dressés.

Quel rapport avec la loi Claeys-Leonetti ?

La loi Claeys-Leonetti a permis de grandes avancées : pas d’acharnement thérapeutique et sédation profonde notamment. Aujourd’hui, j’entends ceux qui ont connu des proches mourir dans la douleur et qui disent que c’est épouvantable. Mais me semble-t-il, nous pouvons mourir sans douleur. Le problème, ce sont certainement les soins palliatifs qui sont déployés de façon très inégale sur le territoire national. Il y a de gros efforts à faire car cela me semble important que chacun puisse prétendre à un véritable accompagnement lors de ces soins. Aujourd’hui, nous disposons de très peu d’éléments et je trouve dommage de voter une nouvelle loi alors que nous ne savons même pas combien de personnes meurent à leur domicile. Combien de personnes meurent à l’hôpital ? Sont-elles mortes dans la souffrance ? Ont-elles été accompagnées par les services de soins palliatifs ? Ont-elles exprimé à leur famille une fin de vie qui leur convient ? Nous n’avons aucune donnée. Aucune.

Mais aujourd’hui me semble-t-il, nous pouvons mourir sans douleur. Le problème, ce sont certainement les soins palliatifs qui sont déployés de façon très inégale sur le territoire national

La loi Claeys-Leonetti a quand même à l’époque, été votée difficilement. Cela a nécessité des heures de débat car c’était déjà une avancée extrêmement importante. Nous devrions mieux l’expliquer. Si vous demandez dans la rue, les gens ne connaissent pas cette possibilité de faire appel à un concile de médecins avec la famille et des personnes de confiance. J’aimerais savoir combien de fois nous avons proposé aux patients et à leur famille de pouvoir bénéficier de cette sédation profonde, si vraiment il n’y avait pas d’autres solutions. Ce sont des données qui nous échappent et je trouve qu’avant de voter une loi d’une telle importance, cela mériterait d’avoir des éléments plus sérieux. C’est la raison pour laquelle, en commission, je n’ai pas pris part au vote.

Donc l’euthanasie pourrait être accordée sur leur seul jugement du seuil de souffrance psychique et physique du patient. Où se situe la limite ? 

Il y a justement eu des débats très riches et intéressants à ce propos. Nous nous posions la question suivante avec l’exemple d’une personne qui ne veut plus vivre car elle souffre de dépression profonde. Devons-nous satisfaire sa demande ? A priori, le rapporteur nous a dit que non. Donc cela demande de bien préciser ce qu’est une maladie incurable. Cela ne concernerait pas les jeunes. Car nous avons aussi ce problème. En Belgique par exemple c’est ouvert à de jeunes adolescents. Une fois que vous ouvrez cette possibilité de l’euthanasie, pourquoi les uns et pas les autres ? Cela pose énormément de questions sur lesquelles il faut réfléchir de façon sérieuse et profonde.

Il faut au contraire faire preuve de beaucoup de raison et de réserves car nous pouvons très vite aboutir à des dérives

Quelqu’un qui pourrait vous dire : « J’ai 35 ans, je n’ai pas une maladie incurable (comme un cancer, une maladie neuro-dégénérative etc.) mais je souffre d’une maladie psychique sévère depuis de nombreuses années et je ne veux plus vivre car cela fait dix ans que je suis soigné ». Que fait-on ? Je sais de quoi je parle car je suis pharmacienne et lorsque j’étais au comptoir j’ai fréquemment entendu ça : des personnes qui ne voulaient plus vivre. C’est pour cela qu’il faut vraiment bien définir cette notion de « maladie incurable ».

Quelle était la stratégie du parti Les Républicains sur ce texte ?  

Les positions étaient très diverses. D’ailleurs ce n’était pas que le cas de notre groupe. Lorsque les orateurs de chaque groupe se sont exprimés en commission chacun a laissé à l’autre la liberté de son vote. Il y a autant de personnes que de sensibilités différentes. Surtout par rapport à la mort. Autant parfois nous avons des votes de groupe recommandés, autant là ce n’était absolument pas le cas, ce n’était pas possible.

Quelles sont les perspectives de débat lorsque le texte arrivera à l’hémicycle le 8 avril ? 

Les perspectives sont très larges. Je n’ai justement pas voté en commission car je n’étais pas prête et que j’étais très partagée. Je serais plutôt défavorable. Mais j’ai conscience car je l’entends autour de moi, que des personnes meurent aujourd’hui dans une extrême douleur et je trouve que nous avons de grands efforts à faire quant à l’accompagnement et la maîtrise de la douleur en phase terminale.

Voyez-vous une continuité entre ce texte sur l’euthanasie et les dernières lois bioéthiques ? 

Oui, c’est sûr. Je le regrette mais nous voyons bien que « parce qu’on peut faire, il faut faire ». Sauf que non, je ne suis pas de ceux qui pensent cela. Il faut au contraire faire preuve de beaucoup de raison et de réserve car nous pouvons très vite aboutir à des dérives. Je sais bien qu’il faut aussi aborder le progrès. Mais sur des questions de bioéthique, il faut quand même être très prudent.

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