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Frédéric de Natal : « La mort du Prince Philip a causé une vive émotion au Royaume-Uni et au-delà »

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Publié le

12 avril 2021

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Journaliste spécialiste des familles royales, Frédéric de Natal revient sur les conséquences du décès du prince consort pour la famille régnante britannique et le peuple britannique. Entretien.
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Quelle est la réaction populaire suite au décès du Prince Philip, et le sentiment général des Britanniques par rapport à la monarchie ?

La mort du Prince Philip a causé une vive émotion au Royaume-Uni et au-delà. C’était une personnalité très connue. Il était d’abord l’époux de la reine d’Angleterre Élisabeth II, et tout à la fois son ombre et son ami. Il était un fervent sujet de sa majesté et a apporté de la modernité au sein de la monarchie britannique. Il a amené la monarchie dans les foyers des Anglais, et a permis de désacraliser quelque peu cette institution qui peut paraître guindée. L’émotion est donc générale. On se souvient beaucoup d’un prince qui a fait quelques bourdes. Mais au-delà de ça, les Anglais étaient très liés à un homme qui reflétait une certaine idée de l’Angleterre. Notamment une Angleterre qui a peut-être disparu ou qui est en voie de disparition, et à laquelle sont très attachés les Britanniques.

Qu’est-il prévu lorsqu’un membre de la famille royale décède ?

En l’occurrence, c’est particulier. D’habitude, il y a des funérailles nationales. Mais il s’agit cette fois du prince consort : ce n’est pas un chef d’État, et avec la pandémie du coronavirus, la cérémonie sera réduite à son minimum. Il n’y aura que trente personnes présentes à la chapelle Saint-Georges. Le protocole sera également très réduit. Nous savons aujourd’hui que le prince Harry – c’était la grande question – sera bien présent pour ses obsèques. Le cercueil arrivera certainement voilé des armoiries de la famille royale dans une voiture aménagée pour l’occasion. La cérémonie devrait commencer à 15h samedi prochain. 

Quel avenir pour la monarchie anglaise suite au décès du prince Philip ?

Pour le moment, il n’y a aucune incidence car le duc d’Édimbourg n’était pas le roi. Il était par exemple astreint à être deux ou trois pas derrière la souveraine. La seule question qui demeure incertaine est la suivante : qu’adviendra-t-il du titre du duc d’Édimbourg, titre qui lui avait été gracieusement attribué ? Logiquement, les lettres patentes précisent que ce titre héréditaire revient au prince de Galles. L’on évoque également son frère Édouard qui est le comte de Wessex et qui est aussi potentiellement sur la liste. Va-t-il l’obtenir maintenant ou lorsque Charles va monter sur le trône ? C’est l’avenir qui le décidera. En ce qui concerne la succession, ce décès n’a en tout cas aucune incidence.

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Le rôle du chef de l’État est attribué à la reine Élisabeth. Quelles étaient les fonctions et la place du duc d’Édimbourg au sein de la famille royale et de l’État ?

C’est quelqu’un qui était très investi dans des organisations de charité, comme tous les membres de la famille royale par ailleurs. Il a été le fondateur et le premier président du WWF Royaume-Uni de 1961 à 1982 puis président du WWF International de 1981 à 1996. C’était quelqu’un qui était très en phase avec son fils sur les questions environnementales. Pour lui, c’était primordial. Il était peut-être moins investi que le prince de Galles, mais dans les années 80, il a été l’un des instigateurs de la lutte contre le réchauffement climatique, question aujourd’hui très prégnante. C’était sa principale activité. Ensuite, il y avait les devoirs officiels qui sont inhérents à tous les membres de la famille royale britannique. Finalement, il s’est complètement retiré de ses fonctions en 2017 ; il a « pris sa retraite ».

Le vrai changement s’opérera donc lorsque la reine décédera. Que se passera-t-il alors pour la succession ? 

Ma foi, je lui souhaite encore une longue vie ! Aujourd’hui, le décès de Philip a laissé un vide dans sa vie, car il ne faut pas oublier, tout de même, qu’ils se connaissent depuis leur adolescence : elle depuis l’âge de 13 ans et lui, de 18 ans. Ils se sont mariés en 1947, c’est donc 70 ans de vie entière et un mariage assez heureux. Il faut aussi souligner que ce fut un mariage d’amour comme on n’en faisait pas encore à l’époque. Lorsqu’elle décédera, la succession suivra et c’est normalement Charles qui devrait monter sur le trône. Nous ne savons pas encore le nom qu’il va prendre : il y a une grande hésitation entre Charles III et Georges VII. Il est en effet très attaché à son grand-père Georges VI qui est décédé en 1952. Georges étant l’un de ses prénoms de baptême, il pourrait monter sur le trône avec ce nom-là. Mais pour l’instant, ce n’est que de la spéculation, la succession se fera d’elle-même car les choses sont très réglées.

Le fait que Meghan Markle n’assiste pas aux funérailles du grand-père de son mari le 17 avril prochain risque-t-il d’accentuer le fossé entre la famille royale et leur couple ? Ou cela est-il préférable ?

Premièrement, elle est enceinte de leur deuxième enfant, donc il n’est pas très judicieux qu’elle voyage. Au-delà de ça, et au vu des derniers événements, notamment l’interview qu’elle a donné à Oprah Winfrey, il paraîtrait malvenu pour les Britanniques qu’elle soit présente. Ce serait très peu apprécié. Le prince Harry, lui, va se déplacer car en dépit des circonstances, on sent qu’il était très proche de son grand-père au même titre que son frère William. Il y a eu beaucoup de spéculation de la part de la presse et des tabloïds. Notamment des spéculations sur le fait que le duc d’Édimbourg, alors qu’il passait un mois à l’hôpital avant de regagner Buckingham Palace, n’aurait pas véritablement souhaité sa présence. Cependant, l’heure n’est pas à la désunion mais plutôt à l’unité derrière le cercueil d’un homme dont la figure aura profondément marqué le Royaume-Uni et l’histoire récente de la monarchie britannique.

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