Non satisfait de lancer une querelle inutile sur la célébration (l’horreur ! quasiment le nazisme) du bicentenaire de la mort de Napoléon, pour ensuite se contenter d’une commémoration plus neutre, l’État s’abaisse et diminue la France pour préférer la profanation à coup de subventions.
Le projet avait déjà été annoncé dès décembre 2020 lors d’un entretien aux Invalides, mais n’a enflammé les réseaux sociaux que cette semaine, provoquant des appels à son annulation : l’artiste contemporain Pascal Convert, en collaboration avec le Musée de l’Armée et, pour couronner le tout, avec l’aide de la perfide Albion par l’entremise de leur National Army Museum, a conçu pour œuvre d’art la suspension du squelette de Marengo, le cheval de l’Empereur, au-dessus de son tombeau sous le Dôme.
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Inspiré par les anciens rituels celtiques et slaves qui voulaient que le cavalier soit inhumé avec son cheval, Pascal Convert voulu réunir Napoléon et Marengo – le fidèle destrier qui accompagna l’Empereur lors de nombreuses victoires, dont Marengo, Iéna et Wagram… mais aussi l’ultime défaite de Waterloo, où il fut capturé par les Anglais et ensuite exposé aux touristes, devenu le symbole de leur victoire et dont les os sont toujours précieusement conservés à Londres.
Déjà, l’œuvre respire la supercherie comme le fait si souvent l’art contemporain. Pascal Convert ne pouvait suspendre le squelette original, comme celui-ci était trop fragile et devait donc se résoudre à l’impression 3D pour obtenir un « double de l’original » (traduit de la novlangue, euphémisme pour « copie »). L’artiste trop heureux d’être malhabile s’avilit dans la machine : il n’y eut pas de sculpture ni même de moulage, et on voit mal comment on peut appeler cette niaiserie une œuvre d’art, puisque l’ordinateur s’est occupé d’accomplir le plus dur du labeur.
Le Dôme des Invalides est un sépulcre où le dieu de la guerre repose en paix, et que le Musée de l’Armée a l’insigne honneur de gérer comme il se doit, et non pas le droit de gérer comme il le veut
À ce qu’il paraît, nos amis les Anglais n’ont pas voulu se départir de ce précieux butin de guerre ne serait-ce que pour effectuer un scan, c’est donc eux qui se sont chargés du fac-similé. Messires les Anglais doivent se réjouir à l’idée que leur trésor maintes fois exposé surplombe le tombeau de leur ennemi vaincu, « tel Pégase, cheval de l’envol et de la chute du demi-dieu Bellérophon, victime de la colère de Zeus » (dixit Pascal Convert lui-même). On ne pouvait imaginer plus sournoise mise en scène rappelant notre défaite et l’hubris, dont l’Empereur fut maintes fois et faussement accusé. L’artiste n’ignorait pas non plus que Bellérophon était aussi le nom du navire à bord duquel s’était rendu Napoléon… au moins ne peut-on pas lui reprocher d’avoir autant de perspicacité que de talent.
Au-delà de ces injures, c’est le message réfléchi par l’artiste et véhiculé par Mémento Marengo qui choque les patriotes sincères de tous bords. Car, qu’est-ce que le Dôme des Invalides ? Ce n’est pas une galerie où l’on peut afficher les dernières nouveautés artistiques jaillies de la pissotière Duchamp. C’est un sépulcre où le dieu de la guerre repose en paix, et que le Musée de l’Armée a l’insigne honneur de gérer comme il se doit, et non pas le droit de gérer comme il le veut. Pourtant, ce projet ne vise rien de moins que la dénaturation des lieux : « La légèreté des os, leur finesse, leur articulation vectorisent l’espace qui est comme redessiné au trait, rappelant que toute vie reste une esquisse. Dans cette architecture massive et immobile qui est celle d’un tombeau, un objet tremblant vient perturber la pompe qui accompagne les défunts illustres. Memento Marengo n’est pas une statue majestueuse mais le blanc dessin d’un destin ».
On préfère la légèreté à la majesté, esquisser plutôt qu’incarner, trembler plutôt que s’affermir… Napoléon ne s’était pas contenté d’esquisses, mais avait forcé le destin pour tracer une vie, comme une œuvre, accomplie. Cela mérite que nous inclinions nos têtes plutôt que de les niveler face à du plastique.
On veut « humaniser » le surhomme et les lieux, pour que cela concorde davantage avec « notre société qui souhaite évoluer vers un fonctionnement démocratique plus horizontal ». Ce charabia d’infirmes et d’impotents ne dessine rien sauf la médiocrité de notre époque. Incapables de se laisser mouvoir par le solennel, par l’autorité, par la supériorité, ils traînent la France et son histoire vers le néant. L’excès de civilisation qui s’affuble de petites vertus sera notre perte, comme les Romains qui se hâtèrent d’être dévorés par les Barbares. Face aux décadents, ressuscitons les paroles de l’Empereur lancées à son geôlier le gouverneur anglais Hudson Lowe : « Vous, vous déshonorez votre nation, et votre nom restera une flétrissure ».





