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Gabegie, la magnifique : combien Mitterrand a-t-il coûté ?

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Publié le

24 mai 2021

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S’il ne fut pas un homme d’argent, et s’il n’a pas dépensé plus que ses successeurs, Mitterrand a imposé le modèle d’un chef d’État dispendieux et ouvert les vannes de la folie financière. Revue des dépenses.
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Plusieurs centaines de millions de corruption  

Tout le monde savait dans le BTP et l’aménagement. Sous l’ère mitterrandienne, les entreprises qui souhaitaient obtenir des marchés publics devaient verser, par le biais de fausses factures, à hauteur de 2 % à 4 % du montant des marchés concernés à des bureaux d’études, parmi lesquels URBA, SAGES ou BLE. Ces derniers finançaient directement le parti socialiste. Le policier Antoine Gaudino et le juge Thierry Jean-Pierre se sont mis à enquêter à partir de 1989. Il faudra l’amnistie votée par Rocard pour empêcher l’explosion. La menace pesait directement sur le financement de la campagne de 1988. La razzia a pu s’élever à des centaines de millions de francs de l’époque.

15 milliards d’euros de grands travaux

Quatre mois après son élection, Mitterrand réunit un cercle de fidèles. Il voulait marquer la France de son empreinte architecturale. Nous lui devons la rénovation de la Villette, la création d’un opéra à la Bastille, l’érection d’une Arche à la Défense, le Grand Louvre, le transfert de Bercy, l’Institut du monde arabe. Ces constructions se sont révélées des gouffres financiers. Le tout est désormais estimé à 15 milliards de francs de l’époque, une somme colossale. Le chantier de la cité des sciences a triplé son coût initial. Celui de Bastille a doublé. Jack Lang vantait « le coup de fouet pour l’économie ». Pendant ce temps, personne ne pensait aux futurs coûts de fonctionnement. « Nous n’y pensions pas, à l’époque », a admis Yves Dauge, coordinateur des grands projets dans Le Figaro en 2014.

Il aura donc payé la construction au double du prix normal, et le fonctionnement au quadruple de son coût.

Prenons l’Arche de la Défense. Plusieurs machins publics engloutissent 2,5 milliards de francs (400 millions d’euros) dans la construction. Des sociétés privées (banques, sociétés immobilières) achètent les futurs mètres carrés à bas prix. L’Arche est inaugurée en 1989. Puis des ministères rachètent ces mêmes mètres carrés. Comptez 600 millions d’euros pour le tout. Évidemment, les ministères n’entretiennent pas l’immeuble. Il eût fallu investir 2 millions par an, soit 50 millions sur 25 ans, donc l’Arche s’est mise à tomber en ruine. Après 25 ans, en 2014, Eiffage a consenti à investir 192 millions d’euros pour les travaux. En échange, l’État s’est mis à lui payer un loyer de 10 millions par an. Et Eiffage a le droit de louer les bureaux vides à qui il veut. En 2034, l’État redeviendra propriétaire de l’Arche. Il aura donc payé la construction au double du prix normal, et le fonctionnement au quadruple de son coût. L’ensemble des ouvrages culturels mitterrandiens engloutissaient 480 millions de fonctionnement par an en 2012. Il n’y a pas de raison que ce montant ait baissé. À raison de 3 % d’augmentation par an, il doit être aujourd’hui proche de 608 mil- lions. Depuis 1990, le total des frais de fonctionnement va donc chercher dans les 12,4 milliards. Ajoutez les coûts de construction et vous obtenez une charge tout compris de 15 milliards d’euros.

Des dizaines de milliards de déséquilibres structures annuels ?

La dette publique s’élève aujourd’hui à 2 650 milliards d’euros, ce qui représente 115,7 % de notre richesse nationale. En 1974, la dette publique ne représentait que 20 % du PIB. Le processus n’a pas démarré avec Mitterrand, mais sous Giscard, dès 1974 et le choc pétrolier. Et la France n’est pas le seul pays à avoir massivement emprunté pendant la décennie 80. Mais aucun pays n’a considéré à son sommet, que l’émission de dette, qui fragilise un État, ne devait être compensée par un renforcement des fondamentaux économiques. Dans le monde entier, si vous empruntez, vous faites attention à vos dépenses pour pouvoir rembourser.

Lire aussi : Georges-Marc Benamou : le Dernier Mitterrandien

En France, le président socialiste est responsable d’avoir à la fois emprunté et aggravé les déséquilibres structurels, et d’avoir répandu l’idée qu’il s’agissait d’un droit acquis. La bêtise des 35 heures de Jospin n’aurait pas été possible sans la folie de la retraite à 60 ans. Sous Mitterrand, la dette et le déficit budgétaire ont augmenté à la fois et c’est devenu normal. Les dépenses de sécurité sociale ont dépassé celles de l’État à partir du milieu des années 1980. Celles des collectivités territoriales ont également augmenté, au détriment de l’État, avec la décentralisation. Ses successeurs n’ont pas eu le courage de revenir à la réalité. Vingt-cinq ans après sa mort, sa folie budgétaire est encore appliquée.

Des milliers de milliards de gâchis du libéralisme

À partir de 1983, l’homme de l’union de la gauche, qui avait nationalisé 39 banques pour 100 milliards de francs, s’est mis au libéralisme. Du jour au lendemain, un homme qui gouvernait avec des communistes a décidé de déréguler des pans entiers de l’économie : l’énergie, l’agriculture, l’eau, les transports et bien d’autres. L’État avait développé un parc de centrales nucléaires pour un coup actualisé supérieur à 100 milliards d’euros, et lancé la création de la première industrie mondiale. Mitterrand a imposé Maastricht qui a permis la libéralisation de l’énergie et le démantèlement d’EDF. Pourquoi l’État n’entretient plus les réseaux ferrés ? Parce que c’est absurde si la SNCF est privée. Et elle n’a aucun intérêt à le faire puisqu’ils sont à l’État. Le libéralisme de ce traité, complété par les suivants, c’est aussi l’ouverture de nos marchés à des pays à bas coûts. Si vous ajoutez le libéralisme aux déséquilibres structurels de l’État, comme le coût du travail, vous comprenez pourquoi, entre 1985 et 2020, la France a perdu la moitié de ses emplois manufacturiers, dont la part est passée de 22 % à 11 %. La production industrielle française est aujourd’hui de 939 milliards d’euros. Elle aurait pu représenter le double. La perte depuis 1985 se chiffre en milliers de milliards.

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