NOSTALGIE ÉLECTRO
Minuit, Bon entendeur, Columbia, 14,99 €
Le collectif électro créé en 2012 et composé de Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica, vient de sortir son deuxième album, combinant remixs et créations originales. Un disque très attendu à l’approche de l’été, et dont le groupe nous avait donné un avant-goût avec le titre « Alba » (le clip en noir et blanc, tourné dans un opéra vide, mettait en scène la jeune danseuse Marion Gautier de Charnacé, errant au fil des mélodies envoûtantes du pianiste Sofiane Pamart). Composé d’une quinzaine de titres, Minuit nous prouve que le confinement a pu être une source d’inspiration pour certains. Nous arrachant à nos temps troubles, le groupe nous entraîne dans les années 90 avec l’intervention de MC Solaar pour « La Nuit », puis vers les années 60 et 70 en s’accompagnant de Jane Birkin, Véronique Sanson et Marie Laforêt, et avec un remix du « Le temps de l’amour » de Françoise Hardy. Un album aux notes estivales, aux mélodies entêtantes, qui se révèle délicieusement nostalgique. Agathe Guyot

LE PATRIARCHE
Dibiye, Francis Bebey, Peewee Collection, 19,99 €
Voilà vingt ans que disparaissait Francis Bebey, le « Papa » de la musique du monde : à cette occasion, l’album Dibiye (1997) ressort dans une édition de luxe. Journaliste, musicien et écrivain, Bebey possédait l’art de conférer à sa musique et ses écrits une dimension atemporelle, au-delà de son sens de la mélodie et de la présence de sa voix. Fils de pasteur, il fut initié par son père à la musique classique occidentale de Bach et Haendel. On retrouve ce classicisme dans « Invocation to Rain for the Sahel » où le jeu de guitare académique associé à la rythmique africaine en fines touches se mue un blues empreint d’une nostalgie si typique des musiques de l’entre-deux-guerres. Son éducation lui ouvre aussi les portes de la perception du sacré, et les titres « Mandema », « Nyambe », et « Mater Dolorosa » en sont des témoignages enchanteurs. Il est question de l’importance des conteurs ouvrant les yeux des autres « sans leur apprendre, parlant sans se soucier qu’on les écoute. Ils savent qu’on ne peut vivre sans récit ». Goûtons au talent de celui-ci dans sa version d’origine enrichie de notes et d’un entretien précieux avec l’artiste, lequel se révèle d’une douceur absolue ! Alexandra Do Nascimento

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CRU ET SOPHISTIQUÉ
Carnivore, Corps, Somaa, 10 €
Avec ce premier album attendu, Corps peaufine une musique hybridant des tendances récentes dans un prisme français. Déclarant donner dans la « chanson hard », le chanteur se place dans le sillon de Sexy Sushi et son électro aux textes crus, mais après la mise à jour d’une Billie Eilish : programmations chiadées et sensuelles, mixte chirurgical, voix proche en surplomb. Dans une atmosphère intime, sombre et brûlante, Corps glisse entre mélancolie charnelle (« Infidèles »), éthylisme acide (« Défoncé ») et érotisme désespéré (« Carnivore »). De « Ingénue » à « Mort », s’enchaînent ainsi dix titres excellemment produits de romantisme rouge. Les textes ne sont pas toujours à la hauteur (même si en comparaison de Roméo Elvis, évidemment, ça frôle Rimbaud), quelques rares tics rap gâchent l’élégance générale, reste un premier disque proposant une perspective singulière et inspirée. Ce qui est déjà beaucoup. Romaric Sangars

REMÈDE
The Inner & the Outer, Natacha Atlas, auto-production, EP 6 titres, prix non communiqué
Natacha Atlas dont on ne présente plus la voix et les participations, de la musique du monde aux scènes jazz, s’acoquine de nouveau à l’électro pour offrir une réponse au bouleversement que notre monde vit depuis mars 2020. C’est toujours auprès du brillant compositeur, musicien et arrangeur Samy Bishai – fructueuse collaboration artistique de dix années – qu’elle élabore ce bijou de six titres où la longue et fabuleuse version de « -e Inner Dimension » rend compte d’une patine sonore particulièrement recherchée. À la pointe de la musique électronique, Samy appréhende la conception sonore de l’album en totale harmonie avec l’univers raffiné de Natacha. Depuis « -e Outer », une retranscription directe des émotions collectives en réaction à ce qui tombait l’an dernier sur le monde, jusqu’à « -e Inner », où l’état contemplatif se tourne vers l’espérance, voilà « une possibilité de connexion à cette vérité intemporelle et universelle évoquée par les sages et philosophes à travers le monde et l’histoire ». À souligner : le jeu éthéré et quasiment vulnérable de la bugliste anglobahreïnienne qui sublime l’intimité d’un album magnifique. ADN

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AMES BROWN 2020
Noussin, vaudou game, Peter Solo, Hot Casa Records, 12,99 €
Quatrième album de Peter Solo alias Vaudou Game, natif d’Aneho-Glidji au Togo, haut-lieu de la culture vaudou, Noussin permet au guitariste de se rapprocher de son expérience londonienne en délaissant son habituel afro-funk vaudou. Cet album entièrement analogique, enregistré sans ordinateur sur du matériel vintage comme les précédents, bénéficie d’un son rond et gras qui séduira les oreilles nostalgiques. Véritable James Brown des années 2020, par l’énergie charismatique, la performance scénique, les pantalons moulants, les lignes de basses 70’s et le groove assuré, Peter Solo délaisse dans cet album la section de cuivres qui l’a rendu célèbre au profit d’un arsenal de claviers. Toujours aussi africain avec ses guitares effilées, son ton sarcastique, envoûté, écolo et extatique, le disque laisse aussi surgir des reliefs de rock qui présage le meilleur pour la suite. Si le résultat est inégal, l’ensemble a le mérite la prise de risque, et lorsque ça fonctionne, c’est excellent ! ADN

ROCK FRANCOPHONE PAS MORT
L’Homme de l’ombre, Marc O, Plastic Sound Records, Vinyle 180 g, 25 €
Enfin un album de rock francophone à la fois moderne et ancré dans ses références, sans être cliché ni tomber dans l’écueil du jeunisme. Marc O est un musicien français basé à Londres, et cela se ressent dans L’Homme de l’ombre, album au son rock gorgé de synthétiseurs modernes et dont les paroles oscillent entre l’humour et la gouaille des meilleurs Dutronc ou Gainsbourg. L’auteur de « Requiem pour un con » est d’ailleurs plus qu’une référence sur cet album puisque certaines parties de basses sont assurées par Dave Richmond, qui officia sur l’album culte Melody Nelson. Le reste du personnel se partage entre Sami Yaffa (Hanoi Rocks, New York Dolls, Joan Jett), Christophe Deschamps (Jean-Michel Jarre, Jacques Dutronc), ou encore Danny Ray (Bo Diddley, Brian Setzer).Vrombissements synthétiques et batteries claires se mêlent tandis que Marc O promène sa voix mi-désabusée, mi-taquine. « Le fondu des bas-fonds d’écran » brocarde les post-modernes qui écument le net, et l’on frissonne à l’écoute de la piste finale : « L’homme de l’ombre », miroir inversé du titre d’ouverture : « L’homme du monde ». Du grand art. Joseph Achoury Klejman






