La plus grande méprise qu’on puisse faire sur France de Bruno Dumont, c’est sûrement de croire son dossier de presse : non, Dumont ne s’intéresse pas à la télévision, ni aux chaînes d’info en continu et encore moins à notre politique contemporaine. Non, Dumont ne brosse pas un portrait des médias « au vitriol ». Dumont s’en fout. Dumont fait du Dumont. Il n’a pas probablement pas allumé sa télévision depuis les années 80, comme le prouve sa vision candide et complètement surannée d’une journaliste « star » : France de Meurs, incarnée par Léa Seydoux, n’est jamais qu’une poupée de chiffon, sans aucune vraisemblance, dont le cinéaste s’amuse à changer les toilettes presque à chaque plan avec un fétichisme maniaque.
Qui peut croire un seul instant à cette présentatrice en total look Dior qui passe son temps entre les studios de télévision et les scènes de guerre au Maghreb ? C’est sans doute là la principale qualité et la principale faiblesse du film : Dumont envoie balader toute vraisemblance dès les premières minutes de son film (grotesque scène avec Macron) et nous emmène dans son « Dumont-verse », un univers truqué, conçu pour la parabole, au surréalisme parfois truculent et parfois extrêmement paresseux.
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Dans le Dumont-verse, les Arabes s’appellent « Baptiste » et les journalistes vivent dans des appartements de milliardaires place des Vosges. Paris ressemble à une maquette, à un univers factice, ce que renforcent les magistraux plans de voitures où les pare-brises se transforment en écrans-gigognes, attestant de la totale artificialité du décor. Dumont se contrefout globalement du monde actuel et se contente d’y faire entrer au forceps quelques-unes de ses marottes.
Tout ce que son cinéma tend à démontrer depuis le début, c’est précisément l’impossibilité des hommes à habiter le monde. Tous les héros de son cinéma sont des exilés qui vont tenter sans succès de regagner leur place dans un monde. Ces tentatives ratées, c’est là tout le cinéma de Dumont, tout son malaise. Malheureusement, si cela fonctionne à merveille dans les paysages désolés des Flandres (un bref détour par le nord à la fin du film, et Dumont retrouve quelques minutes son souffle), c’est moins le cas dans un univers citadin.
Dumont, qui ne sait pas diriger des acteurs, les filme comme s’ils se contentaient d’être eux-mêmes : Seydoux est une salope glaciale, Gardin une insupportable conne et Biolay un mollusque perruqué
Dumont n’aime pas filmer la capitale et cela se sent : pas vraiment à l’aise non plus avec les univers feutrés des studios, il fait tout pour s’en éloigner, préférant les montagnes suisses ou les ruines de lointains pays en guerre. Dumont ne s’intéresse au fond qu’à prouver l’incompatibilité de l’être humain avec son environnement et montrer la déchéance qui s’ensuit, morale comme physique : France de Meurs, et avec elle Léa Seydoux, en est le dernier cobaye, malmené avec une malice qui confine à la perversion – voir ce plan cauchemardesque où elle craque dans sa voiture, grimaçante harpie qui transpire subitement toute la fausseté de son personnage et de sa condition. Dumont, qui ne sait pas diriger des acteurs, les filme comme s’ils se contentaient d’être eux-mêmes : Seydoux est une salope glaciale, Gardin une insupportable conne et Biolay un mollusque perruqué.
À force de haïr le monde qui l’entoure, Dumont produit des œuvres qui tournent à vide. Sa mise en scène se heurte à son indécrottable nihilisme, et on ressort de France avec l’impression d’avoir été dupé : au fond, Dumont ne montre pas grand-chose. Il en ressort un exercice de style un peu vain, un peu méchant, porté par une belle musique rêveuse de Christophe – dont ce sera le dernier travail. Le testament d’un réalisateur définitivement dépassé par les évènements, mais qui sait encore où placer sa caméra et comment susciter le malaise – jusqu’à un très beau finale, ambigu en diable.





