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Ferenc Almássy : « Le gouvernement hongrois est lassé de l’UE »

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Publié le

4 octobre 2021

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Après le succès du sommet démographique organisé par Viktor Orbán, la Hongrie est de nouveau sous les feux de l’actualité européenne suite à ses déboires politiques avec Bruxelles. Le journaliste Ferenc Almássy, animateur du Visegrád Post, revient pour L’Incorrect sur cette situation complexe.
Budapest

La commission LIBÉ du Parlement européen enquête actuellement en Hongrie. Que l’Union européenne reproche-t-elle à la politique du Premier ministre Viktor Orbán ?

Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, il y a régulièrement des tensions et des menaces de sanctions entre Budapest et Bruxelles. Une certaine gauche n’a jamais pu accepter que le Fidesz soit élu et réélu avec une majorité des deux tiers de l’Assemblée.

En l’espace d’une décennie, on a successivement reproché au gouvernement hongrois de mettre en œuvre une nouvelle Constitution (remplaçant celle de 1947 simplement amendée lors du changement de régime) ; de chercher à renouveler l’appareil judiciaire pour mettre à la retraite les juges qui avaient servi durant l’époque communiste ; de vouloir remettre en question « l’indépendance » du contrôle démocratique de la Banque centrale ; de défendre ses frontières face aux flux de migrants (alors que les Traités imposent à la Hongrie de protéger les frontières de l’espace Schengen) ; de donner de la place aux médias conservateurs ; de conserver des relations correctes avec la fédération de Russie (dans le même temps, le gouvernement hongrois offrait soins et vacances aux enfants ukrainiens et aux soldats ukrainiens blessés) ; de dénoncer l’influence des réseaux Soros en obligeant son université CEU à se conformer aux mêmes obligations que toutes les universités étrangères ; et enfin de s’accorder des pleins pouvoirs au début des événements covidiens, oubliant que bien d’autres gouvernements en ont fait autant. La dernière accusation porte sur une loi visant à interdire la propagande LGBT dans les écoles, décrite comme « loi contre les homosexuels » dans les médias occidentaux.

Lire aussi : Démographie : Viktor Orban mobilise le monde conservateur

En somme, la Hongrie serait devenue sous les mandatures de Viktor Orbán un régime connaissant une dérive autoritaire et réactionnaire, remettant en cause ce que l’on appelle l’État de droit. La grande majorité de la presse occidentale contribue depuis une décennie à créer cette image, en usant de méthodes qui font honte au journalisme : elle ne recherche qu’un sensationnalisme de caniveau et ne prend pas la peine de s’intéresser aux faits ou au contexte. Je n’ai pas de problèmes à concevoir que l’on soit en désaccord avec les politiques du gouvernement hongrois pour la renationalisation de l’économie, la défense des frontières ou la promotion du modèle familial traditionnel. J’avais passé un long moment avec le journaliste libéral Bernard Guetta – devenu eurodéputé LREM – qui a écrit un ouvrage certes peu favorable au gouvernement, mais qui avait au moins effectué une véritable enquête.

Les accusations ont abouti en septembre 2018 au vote du rapport Sargentini par le Parlement européen, qui a déclenché la procédure de l’article 7 du TUE. Ce rapport qui comptait environ 110 points d’accusation était un mélange de mensonges, de surinterprétations et de contradictions, avec quelques vérités. La perfection n’étant pas de ce monde, il y a bien évidemment des choses que l’on peut reprocher. Mais si la Hongrie mérite un tel traitement, que dire de la France ! Il y aurait aussi de quoi faire 50 « rapports Sargentini », entre le fonctionnement politisé du CSA pour réguler les médias, les modes de scrutin qui limitent la représentativité des assemblées d’élus ou encore les violences policières commises à l’encontre des Gilets jaunes.

Quel est l’état d’esprit du gouvernement hongrois face à ces accusations ? D’où vient l’attachement de Viktor Orbán à l’Union européenne ?

Le gouvernement exprime une forme de lassitude vis-à-vis de ces procédures interminables, voire de mépris souverain, étant donné que Viktor Orbán a décidé de ne rencontrer la délégation de sept membres du Parlement européen venus enquêter. Bien entendu, ce gouvernement hongrois peut utiliser ces attaques pour sa communication nationale.

Puisqu’il juge que ces accusations sont motivées politiquement, le gouvernement hongrois a cessé de tenter de les démentir factuellement – ce qu’il a fait durant des années –, et répond désormais de manière politique. Il s’appuie aussi sur les eurodéputés étrangers qui lui sont favorables : dans le cas présent, la délégation de sept membres comprend deux députés conservateurs avec le français Nicolas Bay et l’espagnol Jorge Buxadé.

La Hongrie ne dispose pas franchement des moyens de sortir de l’UE, étant donné sa forte dépendance économique vis-à-vis de l’Allemagne et géopolitique vis-à-vis de l’OTAN

Vu de France, on pourrait en effet se demander pourquoi un chef de gouvernement aussi eurocritique que Viktor Orbán reste dans l’UE. La réponse est assez simple, même si elle est rarement énoncée de la sorte pour des raisons de fierté : la Hongrie ne dispose pas franchement des moyens d’en sortir, étant donné sa forte dépendance économique vis-à-vis de l’Allemagne et géopolitique vis-à-vis de l’OTAN. La Hongrie ne dispose pas des mêmes atouts que la France, même si cette dernière n’en fait hélas plus grand-chose.

Les Hongrois, passés maîtres en survie au fil des siècles de malheur, font désormais l’inverse de ce qu’ils faisaient lorsqu’ils étaient sous la domination de l’Union soviétique : du temps communiste, ils étaient le pays du bloc de l’Est le plus ouvert à l’Occident ; désormais dans le bloc euro-atlantique, ils sont le pays le plus ouvert à l’Orient, que ce soit à la Russie, à la Chine, à l’Asie centrale ou à la Turquie, sans franchir les lignes rouges induites par leur situation géopolitique.

Quels sont les pays membres de l’UE qui soutiennent la Hongrie, et pour quelles raisons ?

Il y a d’abord la Pologne, qui est aussi visée par la procédure de l’article 7. Un vote à l’unanimité des pays-membres (hors le pays incriminé)  est requis pour finaliser la procédure : en clair, tant que les gouvernements hongrois et polonais se tiennent les coudes, ils pourront opposer leur véto et se protéger mutuellement. D’autres chefs de gouvernement, notamment de Slovénie ou de Tchéquie, ont également réaffirmé leur opposition à cette procédure : même s’ils ne sont actuellement pas visés, rien ne saurait garantir qu’ils ne le soient pas demain.

Lire aussi : Démographie : Zemmour rencontre Orban et vante le modèle hongrois

On notera toutefois que dans le cas tchèque, les choses ne sont pas si simples, car les députés européens du parti au pouvoir ont parfois voté contre la Hongrie, et la commissaire européenne Vera Jourová est particulièrement en pointe dans les actions bruxelloises contre le gouvernement hongrois. À l’inverse, en dépit des oppositions idéologiques exprimées par les gouvernements français ou allemand, le dialogue n’est jamais réellement rompu et des accords ponctuels sont trouvés sur des points de convergence spécifiques, notamment entre la France et la Hongrie sur les questions de politique agricole.

Comment l’opinion publique hongroise perçoit-elle ce débat, à moins d’un an des prochaines élections législatives ?

L’opinion publique hongroise est très divisée entre soutiens et opposants à l’actuel gouvernement. C’est une véritable guerre de tranchée, la politique hongroise s’étant transformée en quasi-bipartisme au fil des années Orbán. Néanmoins, ce type de procédure est plutôt de nature à souder une bonne partie de l’opinion hongroise derrière le gouvernement, et sert objectivement les intérêts politiques d’Orbán, qui sait parfaitement utiliser les attaques de Bruxelles pour se poser en garant de l’indépendance nationale.

Ce genre de procédures divise également au sein des électeurs de l’opposition : certains d’entre eux vont approuver sans réserve les ingérences des institutions européennes tandis que d’autres estiment qu’en dépit de leur non-soutien au gouvernement, ce n’est pas à des organes étrangers de décider des affaires de politique interne. Les Hongrois sont bien conscients des limites de la puissance de leur pays, mais ne supportent pas d’être outragés par des puissances extérieures.

Après avoir quitté le PPE au Parlement européen, le Fidesz envisage-t-il de participer à la création d’un groupe réunissant l’ensemble des forces souverainistes ?

Depuis qu’ils ont quitté le PPE, les douze députés du Fidesz siègent en qualité de non-inscrits. Il existe à la « droite » du PPE deux groupes conservateurs : les 63 élus de ECR (avec notamment les élus européens du PiS polonais, de Vox, ou de Frères d’Italie), et les 71 de ID (où l’on retrouve les élus du RN, de la Lega italienne, du FPÖ, de l’AfD).

Le Fidesz préfère prendre le temps d’étudier les différentes possibilités et de nouer des relations de confiance avec tous les partenaires potentiels

Pour le moment, le Fidesz ne me donne pas le sentiment d’être pressé de rejoindre tel ou tel groupe. Il préfère prendre le temps d’étudier les différentes possibilités et de nouer des relations de confiance avec tous les partenaires potentiels. Décision de rejoindre tel ou tel groupe, ou de travailler à la constitution d’un grand groupe unique ne me semble au demeurant pas très urgente au regard des équilibres du Parlement européen, où les libéraux sont très largement majoritaires.

La Hongrie est un pays modeste, et dans l’esprit de Viktor Orbán, toute erreur se paye plus lourdement que pour un pays de puissance plus importante. C’est ce qui explique l’attentisme du Fidesz. Il est probable qu’aucune décision ne soit prise avant la constitution du nouveau gouvernement allemand, envisagée pour décembre 2021, voire avant les élections législatives hongroises d’avril 2022.

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