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Les critiques musicales de novembre

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Publié le

30 novembre 2021

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de novembre.
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L’expérience et la grâce

Lonely Guest, Lonely Guest (Tricky), Pias, 16,99€

Tricky, le Mozart du trip hop britannique, avait sorti l’an dernier un disque exquis : Fall to pieces, que le confinement planétaire ne lui permit pas de défendre sur scène. En compensation, il prit la direction d’un projet collectif où se prolonger, fantomatique, derrière des invités solitaires tel que Joe Talbot des Idles, le regretté Lee Scrach Perry ou la mythique Marta qui avait déjà sublimé son dernier album. De celui-ci, on retrouve l’esthétique d’épure et d’élégance extrêmes, avec des morceaux qui ne dépassent jamais trois minutes, hormis le dernier. Sombre, suave et expérimental, le disque est varié et d’une qualité variable. Mais les sommets sont systématiquement atteints avec ses collaborations féminines, notamment le magique « Under » avec la Danoise Oh Land. Tricky excelle à distiller ces mélopées envoûtantes dans une orchestration minimale comme un essor fragile parmi de scintillants lambeaux. De l’audace, de la maîtrise, des tentatives plus ou moins heureuses, et puis d’imparables moments de grâce. Romaric Sangars


La contrebasse dans tous ses états

Le souffle des cordes, Renaud Garcia-Fons, E-motive Records, 15 €

Un énième album atypique pour Renaud Garcia-Fons, l’un des plus grands contrebassistes du monde. Henri Texier, autre pointure de cet instrument, déclare lui-même, au sujet du Souffle des cordes : « L’écriture de cet album est bouleversante, la musique éblouissante. Phrasé impeccable, interprétation sans hystérie et parfaitement placée ». Vingt ans que Renaud Garcia-Fons envisage la contrebasse comme un instrument soliste capable de s’exprimer dans un langage varié, élargi par ses propres recherches – tantôt, ici, comme un oud ou une guitare flamenco – et susceptible, par conséquent, d’échapper au seul rôle rythmique où on la cantonne la plupart du temps. Le disque reflète aussi un désir d’aller plus avant dans la composition et l’improvisation à partir de la rencontre entre instruments à cordes classiques et d’autres, issus de différentes traditions de par le monde. Si vous appréciez ce nouvel opus, ce peut être l’occasion de redécouvrir également les plus beaux joyaux d’une brillante discographie comme Silk Moon, ou La Vie devant soiAlexandra Do Nascimento


Lire aussi : Les critiques musicales d’octobre

L’expérience et complexe industriel

The silver threshold, Hackedepiciotto, Mute/PIAS, Vinyle, 27 €

Hackedepiciotto, le duo formé par Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten) et Danielle de Piciotto, revient pour un nouvel album, The Silver Threshold, qui s’affirme comme leur plus symphonique à ce jour. On se perd dans des expérimentations industrielles et électroniques presque cinématographiques, où les drones font écho à une nature éthérée. Un album au groove froid, méthodique et clinique mais qui sait aussi se montrer très vivant. Le violoncelle répond aux machines, comme dans une dense jungle urbaine, et les voix qui surgissent sont habitées, comme sur la piste titre. « Babel » explore l’épisode biblique pour une expérimentation où la modernité des machines se confronte à la prorondeur gutturale des temps jadis. Un album difficile d’accès, parfois rugueux, mais à la complexité et la richesse fascinantes. Joseph Achoury Klejman


N’importe où hors du monde

Arcadia, The Buttshakers, Underdog Records, 13€

Inconditionnels des Curtis Mayfield, The Meters, Marvin Gaye et autres sons soul-funk de la Motown, bienvenue dans L’Arcadia selon The Buttshakers ! Le fond, lié aux évènements socio-politiques, s’incarne dans la forme d’une musique très arrangée, au point, d’ailleurs que les affriolantes lignes de basses nous font décrocher des paroles et du sens… Du moins jusqu’à ce que Ciara Thompson, Lyonnaise native du Mississipi, par son interprétation brute, ne ramène nos pavillons vers le droit chemin du texte. On nous propose de nous réfugier dans l’Arcadie de Virgile, ce parfait pays des délices et de nous couper ainsi des réalités à grand renfort de riffs de guitare. La recette fonctionne : rien de tel que de se laisser accrocher par ces ritournelles mystico-psychédéliques, l’envolée est garantie ! ADN


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Un troubadour kurde

Sans souci, Ru?an Filiztek, Accords Croisés, 14,99€

Ru?an Filiztek est un stranbej, un « diseur de mélodies » accompagné de son luth Tembur anatolien qui permet aux airs ancestraux kurdes de perdurer. Habitué des grandes scènes aux côtés de Jordi Savall à la Philarmonie de Paris et de Bobby McFerrin au Théâtre antique d’Arles, tout comme aux quintets traditionnels, le voici cette fois plus intimiste. En effet, Sans Souci est né d’un défi lancé par le label Accords Croisés, qui suggéra à l’artiste d’embrasser en un album solo la multiplicité des héritages qu’il avait rencontrés sur le terrain ou étudiés à la Sorbonne. Il s’octroie donc le droit de chanter dans des langues qu’il ne connaît pas, et de troquer son saz, tembur pour son équivalent grec : le Baglama. « Je ne parle pas grec, je ne parle pas arménien mais je peux interpréter leur musique. J’ai donc construit le répertoire de cet album avec toutes ces rencontres entre la Mésopotamie et la Grèce, entre le désert et la mer, et ici à Paris ». Un ensemble hétéroclite, même si Filiztek y instille des ornements vocaux et des modes musicaux proprement kurdi qui soulignent sa spécificité. Le voyage méditatif et transcendantal d’un troubadour surdoué. ADN


Du champagne

Don Quichotte, de Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa, du 9 décembre au 2 janvier à l’Opéra Bastille

Au mois de décembre, un vent hispanique et ardent soufflera sur la scène de l’Opéra Bastille le temps d’un ballet en trois actes, on vous prévient tout de suite pour que vous ayez le temps de réserver. Avec La Bayadère, Don Quichotte est sans doute l’œuvre de Rudolf Noureev la plus flamboyante. Ce bijou brut retranscrit à merveille en danse la fougue littéraire du chef[1]d’œuvre de Cervantès. Loin du classicisme pompeux et de la tranquillité parfois fastidieuse du Lac des cygnes, Don Quichotte se démarque par son juste équilibre entre technique, rythme et théâtralité ; celle-ci étant tout droit inspirée de la commedia dell’arte. Un miroir amoureux mène l’intrigue : Kitri et Basilio s’aiment tandis que Don Quichotte, chevalier errant, songe à sa dulcinée. Ce méli-mélo amoureux transporte le spectateur dans un voyage digne d’un conte des mille et une nuits ibérique, allant du marché de Barcelone, où grouillent toréadors et gitans, jusqu’à un monde fantastique où défilent des dryades. Les mélomanes sensibles aux tambours endiablés se précipiteront pour admirer ce ballet comparable à un bon champagne : pétillant, joyeux, explosif et tellement raffiné. Adélaïde Barba

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