« J’ai appris à penser grâce à lui, à lire grâce à lui, c’est lui qui a fait ma culture sur l’histoire de France » nous dit une « influenceuse » à la mode sur les réseaux : d’accord, mais tu as lu quoi par exemple ? « Oh ben, pas grand-chose, mais je connais les citations par cœur, j’ai vu toutes ses vidéos sur YouTube. » Modèle décuplé à l’infini, si vous côtoyez des jeunes férus du « Z », vous rencontrez des clones interchangeables, jusqu’à la nausée. Voilà le constat affligeant lorsque nous prenons le temps de creuser le profil de ces jeunes qui, par milliers, par dizaines de milliers à travers toute la France, s’apprêtent à voter Zemmour comme on poste une « story » sur Instagram. GZ, c’est le parisianisme dans ce qu’il a de plus insupportable lorsqu’il s’exporte en province, c’est croire faire partie d’un groupe supérieur, d’une bande de jeunes qui parlent beaucoup trop mais qui écoutent trop peu. Untel a écrit des livres ? Il a 40 ans de militantisme derrière lui ? « C’est un looser, nous on va renverser la table, regarde comment Stanislas Rigault a remballé Corbière, il l’a démonté alors qu’il n’a que 22 ans. L’avenir c’est nous ! » Camille, 23 ans, laisse peu parler son petit copain, mais y croit très fort.
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Moi aussi je veux mon poste
Un jeune de 18 qui « brille par son absence », et par son retard, est chargé de recueillir les signatures de maires et se plaint à qui veut l’entendre que « personne ne répond en haut lieu quand on envoie un nom de maire intéressé ». Scène classique chez ces postadolescents à peine capables de ranger leur chambre et à qui l’on demande des choses de grandes personnes. Mais voilà, Joël était là au bon moment, au bon endroit, alors lui aussi aura son petit poste pour faire partie de la « team ». Mais les guerres intestines sont foison dans ce microcosme fourre-tout. À la réunion GZ-Amis d’Éric Zemmour de Lorraine nous trouvons des identitaires, des nationalistes, des royalistes, des éternels déçus de tout mais d’univers différents. Un seul trait commun chez les plus jeunes : ils savent tout, ils coupent la parole et terminent les phrases de leurs interlocuteurs. L’objectif ? Se faire voir par Antoine Diers qui ne semble pas vraiment dupe de l’entourloupe. « J’ai fait du militantisme toute ma vie et je suis la politique depuis toujours », peut-on entendre sortir de la bouche d’un jeune homme de… 17 ans et demi. On lui explique gentiment qu’il n’a peut-être le recul nécessaire pour s’auto-analyser de la sorte ? Il sort sa gâchette facile : « Ouais, sale boomer ».
« Zemmour ne va pas sauver la France, certes, mais il est une étape nécessaire pour que notre pays aille mieux »
Une future élite ?
Anselme Boussuge, étudiant et président de la Ligue Lorraine, sort clairement du lot chez les jeunes zemmouriens. Il intervenait sur Radio Lorraine Enragée, une antenne proche de la librairie Les Deux Cités dans laquelle ces Lorrains se réunissent pour parler de leur chouchou avec, il est vrai, un niveau bien plus intéressant. « Zemmour ne va pas sauver la France, certes, mais il est une étape nécessaire pour que notre pays aille mieux. Je veux bien qu’on le critique sur son manque de charisme, ceci ou cela, mais quelles sont vos propositions pour redresser la barre ? Aucune, et lui il en a. Et des bonnes à mon sens ». Mais ce jeune homme n’est qu’un mirage au milieu des zombies ; si Éric Zemmour connaissait réellement le substrat profond de ses ouailles les plus précoces, il s’en retournerait dans sa tombe électorale et serait sans doute moins sensible à « ces jeunes qui [lui] donnent de la force et qui [l’]obligent à la responsabilité ». Cette génération, c’est tout ce qu’il déteste, elle est le produit des 40 dernières années qu’il conchie, elle se cherche un père qui sauvera son avenir et qui mettra le méchant Karim séducteur de la cour de récréation dans un charter. Face à la féminisation dénoncée par Zemmour et incarnée par les membres de GZ, il faut se débarrasser de la racaille virile, quitte à se faire parfois plaisir avec Rochedy ou Marchais. Des petits bourgeois en mal de sensations fortes, et de femmes.
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Bien sûr, et comme toujours, une minorité intéressante qui devra fonder son avenir sur l’humilité, le travail et la lecture pourra émerger de cette masse informe. N’est-ce d’ailleurs pas obligatoire en démocratie que de s’appuyer sur une masse dont la psychologie a été si bien décrite par Gustave Le Bon ?
Il est vrai qu’au final, si Zemmour s’inspire de ses nouveaux alliés comme Jean-Frédéric Poisson ou Philippe de Villiers, il n’y aura plus d’un côté que les fans de Zemmour et l’autre les fans de Soral. Allez, on retourne à notre pâté lorrain pour devenir nous aussi un zombie à sens unique.





