Mille personnes (selon les organisateurs) étaient réunies, flambeaux et drapeaux régionaux à la main depuis l’église Saint-Augustin jusqu’à la Chapelle Expiatoire. Criant des slogans royalistes comme « Louis, reviens, la France en a besoin » ou « Vive la monarchie, à bas la Macronie », ce sont principalement des jeunes que l’on a vu commémorer la mort du roi. Lorsqu’on leur demande ce que signifie être royaliste pour eux aujourd’hui, on entend généralement que le royalisme n’est plus vraiment un projet politique, mais un idéal : « être royaliste, c’est surtout défendre des valeurs traditionnelles et une image de la France » nous explique Stanislas. Pour autant, il s’agit également de remettre sérieusement en question le système politique actuel : « C’est avant tout regarder la France et se dire qu’elle est tellement en mauvais état, qu’elle a été tellement chahutée pendant deux siècles qu’aujourd’hui, il faut se demander à nouveau de si la République est vraiment au service de la France », nous dit le responsable Île-de-France. Être royaliste, c’est d’abord remettre en question la République et défendre un projet« nationaliste ».
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La division autour de la question du roi légitime se pose pourtant chez les royalistes aujourd’hui, l’Action française étant principalement composée de soutiens de la famille des Orléans. Si presque tous qualifient la querelle d’« idiote », chacun semble avoir son opinion sur le sujet. Une femme nous explique ainsi : « Les Orléans sont des régicides. Dans les Saintes Écritures, le péché des pères va sur les enfants. Ils sont meurtriers de notre roi Louis XVI ». Un membre de l’Action Française nous explique de son côté qu’« on n’a rien contre Luis Alfonso [Ndlr : Louis XX pour les légitimistes], simplement, il passe deux jours en France par an » et que « l’implication politique des Orléans a fait ses preuves ». Le catholicisme semble cependant rapprocher, faire un lien entre toutes ces tendances. Pour la plupart, le catholicisme est « nécessairement lié » à la monarchie, tout en étant distinct du projet nationaliste de l’Action Française. Le roi Louis XVI est de son côté, encensé par la plupart comme « le roi du petit peuple ».
La marche passe devant des passants abasourdis. « Faut leur expliquer qu’on est en 2022 ! » s’exclame une femme. Pourtant, étonnamment, leurs réactions sont plutôt positives : « C’est bien qu’il y ait de la diversité. Personnellement, je trouve ça utopiste mais ce n’est que mon opinion. La monarchie constitutionnelle est un système viable, simplement ce n’est plus possible en France », nous explique l’un d’eux. Un Algérien nous dit de son côté qu’« ils ont le droit. En France, la relation avec la royauté est un sujet sensible. Mais je ne pense pas que ces personnes représentent la majorité des Français ». « C’est une part de l’histoire de France », nous dit une autre femme. Alors qu’on pourrait s’attendre à des réactions de rejet, on se rend compte que le royalisme divise apparemment moins le peuple que le nationalisme qu’ils revendiquent.
Alors qu’on pourrait s’attendre à des réactions de rejet, on se rend compte que le royalisme divise apparemment moins le peuple que le nationalisme qu’ils revendiquent.
Après la lecture du Testament de Louis XVI, moment de recueillement, la marche se dirige vers son point de chute : la Chapelle Expiatoire. Un homme, Marc Ducambre, prononce alors un discours aux accents (contre)révolutionnaires, comme pour inverser le cours de l’Histoire : « Ils [les Républicains] ont perverti tout ce que la politique avait de noble (…) Camarades, ces marchands qui prétendaient nous libérer en tranchant la tête du roi martyr ont menti. La vérité, c’est qu’ils nous ont tout pris, tout volé, qu’ils ont réquisitionné jusqu’à nos propres existences pour leurs projets infâmes (…) La fin du règne de l’Argent arrive à grands pas » conclut-il.
La marche se disperse après avoir déposé une gerbe de fleurs aux portes de la Chapelle Expiatoire. Le roi est mort, vive le Roi. Mais lequel ?






