Quel est votre parcours ?
Après quatre titres de champion de France, un titre de vice-champion du monde, une ceinture noire 1er Dan en Taekwondo, j’ai obtenu un brevet d’État dans la même discipline avant de rejoindre l’armée de terre en tant que sous-officier. Patriote dans l’âme, j’ai servi cinq ans au 3e RPIMa à Carcassonne, le prestigieux régiment de Bigeard, avant de revenir à la vie civile, bien déterminé à lutter à mon petit niveau contre l’insécurité ravageant notre pays. Devenu instructeur dans la méthode américaine « FAST Defense », j’anime depuis 2014 des stages de défense personnelle pour tous les publics. J’interviens en entreprise, dans les écoles, les associations et bien sûr pour les particuliers, partout en France. Tant pour les enfants que les adolescents et les adultes.
Je reste à ce jour le seul instructeur français de cette méthode avec laquelle j’ai pu former plus de 1 600 personnes en sept ans. Je suis aujourd’hui en plus étudiant en criminologie afin d’apporter une dimension universitaire et juridique à mon enseignement de la défense personnelle. Telle est ma mission de vie : transmettre des compétences vitales au maximum de Français pour leur éviter les conséquences dramatiques et bien souvent irréversibles d’une agression.
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Votre approche se veut réaliste : mais tout le monde peut-il se sortir d’une situation de conflit physique ?
Avant tout, il faut préciser qu’un conflit, qu’il soit physique ou verbal, est surtout une affaire d’émotions et donc de gestion de ces dernières. Les techniques ne sont que secondaires. En amont du conflit, qui peut être évité dans la majorité des cas, il est important d’aborder le pré-conflit : être attentif à son environnement et à son ressenti permettra d’éviter de se retrouver dans une très mauvaise situation. Aussi, il faut noter que les prédateurs fonctionnent en termes de rapport risque/bénéfice : bien souvent, lors d’un conflit verbal, il suffit de montrer les crocs sans avoir à mordre. Il s’agit de dominer sa peur et de s’affirmer par la communication, compétences travaillées au cours de mes sessions de formation.
Si vous ne voulez pas devenir une victime, ne ressemblez pas à une victime. Quant au conflit physique en tant que tel : oui, tout le monde a ses chances, du moment qu’on domine ses émotions, sa peur et qu’on laisse exprimer sa rage de vivre et donc de vaincre. On n’est pas dans un combat rituel, mais bien dans un combat de survie. Une femme d’un petit gabarit pourra venir à bout d’un grand costaud, si et seulement si elle frappe la première, qu’elle s’acharne en griffant les yeux de son agresseur ou en claquant les parties génitales, et en hurlant jusqu’à ce qu’elle puisse s’enfuir. Le plus important, c’est d’être déterminé à survivre, se voir comme un combattant, un vainqueur, et non pas comme une victime. Car nos pensées influencent nos actions.
« Si on attend de prendre le premier coup pour réagir, on n’a quasiment aucune chance »
Romain Carrière
Si le conflit physique est inévitable (fuite impossible, échec de la négociation), alors la meilleure chance de survie est de passer à l’offensive, de surprendre l’agresseur en déployant le maximum de force physique nécessaire pour mettre un terme à la menace, sans acharnement inutile bien sûr, le but n’étant pas d’infliger le mal pour le mal, mais de préserver sa propre intégrité. Ça n’est pas très politiquement correct, mais c’est pourtant la réalité. Si on attend de prendre le premier coup pour réagir, on n’a quasiment aucune chance.
Est-il nécessaire d’avoir des notions de défense personnelle ?
Cela me parait indispensable devant le coupe-gorge qu’est devenue la France. Compter sur l’intervention des forces de l’ordre dans le court laps de temps qui sépare les prémices d’une agression et l’acte violent en lui-même n’est pas sérieux, on parle le plus souvent de quelques secondes à peine ! Il est essentiel de se prendre en main et d’assumer ses responsabilités de citoyen, en étant capable d’assurer soi-même sa sécurité tant que les forces de police ne sont pas sur place. Une agression, c’est rapide et brutal, il faut pouvoir agir ici et maintenant, tout de suite.
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Un individu formé et compétent évitera bien plus facilement une situation de conflit, arrivera plus facilement à y mettre un terme par la communication et dans le pire des cas, préservera son intégrité physique en utilisant les bons gestes avec la bonne mentalité. Il faut rester humble : pratiquer et s’entraîner n’est pas une garantie de survie, mais cela augmente considérablement les chances de s’en sortir et de rentrer chez soi en un seul morceau.
Qu’est-ce qui rend votre méthode différente des autres ?
FAST Defense est l’aboutissement du « model mugging », une méthode créée dans les années 1970 aux États-Unis après qu’une ceinture noire de karaté s’est fait agresser et violer en Californie. Le but est de former sur un temps relativement court des novices afin qu’ils ne soient pas paralysés par le stress de l’agression et qu’ils puissent reproduire des comportements et gestes simples. Par conséquent, le contenu de la formation est épuré, simplifié au maximum afin que tout soit réalisable en situation de stress. Ainsi, chaque participant passe individuellement en simulation d’agression sous stress.
« Le but est de former sur un temps relativement court des novices afin qu’ils ne soient pas paralysés par le stress de l’agression et qu’ils puissent reproduire des comportements et gestes simples »
Romain Carrière
J’en profite pour les attaquer tous à tour de rôle. Mon équipement permet aux stagiaires de frapper de toutes leurs forces et ainsi mettre en application concrète ce qu’ils ont appris. Cette simulation est filmée et débriefée. Non seulement chacun aura vécu une expérience émotionnelle positive, mais en plus sa propre estime et sa confiance en sortent renforcées. Pour résumer, FAST Defense est une méthode de conditionnement, de programmation du cerveau émotionnel afin de rendre la réponse automatique en situation similaire.
Après avoir acquis les bases de la défense personnelle, comment peut-on progresser ? Faut-il s’inscrire dans un club d’arts martiaux ? Si oui, faut-il adapter à sa morphologie en choisissant un sport d’impact (boxes, karaté, etc.) ou un sport de préhension (jiu jitsu, luttes) ?
Les arts-martiaux et sports de combat ont leur pertinence et leur intérêt et je respecte chacun d’entre eux, ainsi que tous les professeurs. Ils représentent une bonne base et maîtriser des notions est un plus. Être capable de frapper fort ou encore d’éviter d’aller au sol sont des compétences qui serviront en cas d’agression. Il faut juste garder en tête que cet entraînement est insuffisant pour affronter une situation de rue. Un sport reste un sport et un art reste un art, avec un cadre, des règles, des interdits contrairement à la rue.
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La solution est donc de se préparer mentalement, physiquement et techniquement à la spécificité de la violence de rue, face à plusieurs agresseurs ou encore en cas d’agression armée. Je propose plusieurs modules de formation permettant d’aborder des situations plus périlleuses les unes que les autres. Si vous sentez que ce qu’on vous enseigne n’est pas adapté à votre gabarit ou votre niveau ou difficilement maîtrisable dans un temps très court, c’est que ça ne marchera pas en dehors du dojo ! Le plus important étant de faire sauter le verrou psychologique qui empêche les Français bien élevés d’utiliser la force quand cela est nécessaire.





