Pouvez-vous nous présenter rapidement le Cercle algérianiste ?
C’est d’abord une association très ancienne puisque elle fêtera l’année prochaine ses cinquante ans d’existence. À l’origine, c’est une bande de copains nés en Algérie et étudiants à la fac de Toulouse qui se rendent compte que les organisations de Français d’Algérie ont une démarche tout à fait légitime : demander une indemnisation pour les biens perdus et des aides pour la réinstallation. Pourtant, ces étudiants font le choix de ne pas abandonner la mémoire de l’Algérie française et font paraître un communiqué dans la presse pour annoncer la création de l’association. Ils sont alors approchés par un vieux monsieur, Jean Pommier, fonctionnaire et poète qui avait créé, avec d’autres intellectuels Algériens, pour représenter la réalité de l’Algérie telle qu’elle était : une communauté bigarrée, un melting pot. Ils se faisaient appeler les « Algérianistes ». Jean Pommier propose donc à ces jeunes de s’appeler le « Cercle algérianiste ». Voilà comment est née l’association. Aujourd’hui, l’association est présente partout en France avec 41 cercles locaux représentant plus de 8 000 adhérents avec 50 000 contacts.
Et quel est l’objectif de l’association ?
Nous voulons faire perdurer la mémoire des Français d’Algérie et rétablir la vérité. Depuis longtemps, le sujet n’est traité à l’école que par des idéologues. Nous nous battons pour la vérité historique, raison pour laquelle nous publions beaucoup. Nous voulons que nos drames soient reconnus.
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Pour cela, nous avons divers moyens d’action : une revue trimestrielle de 150 pages, un document annexe lié à l’actualité de l’association et l’actualité française. Nous avions notamment parlé de Mme Gisèle Halimi qui a été de celles qui ont aidé les « porteurs de valise ». En plus de cela, nous avons un grand centre de documentation à Perpignan qui conserve des archives depuis 1973 venant des Français d’Algérie. Ce centre contient également une exposition temporaire sur l’histoire de l’Algérie française. Enfin, nous avons inauguré en 2007 un mémorial au nom des 2413 personnes enlevées par le FLN et deux prix, l’un universitaire et l’autre littéraire.
Le réseau fait également plus de 200 conférences par an, et nous développons également des médias modernes pour toucher toutes les générations. La question de la transmission est pour nous essentielle.
Il existe aujourd’hui du ressentiment des deux côtés de la Méditerranée à propos de la guerre d’Algérie. Qui l’alimente selon vous ?
Du côté algérien, il y a la volonté de la part du gouvernement, pas du peuple, de vivre sur une rente mémorielle. Ces dirigeants sont dans la surenchère permanente et le gouvernement français renvoie des gages de bonne conduite. Il y a une repentance cachée. Certes, la France a commis des crimes insupportables, mais on ne parle jamais des crimes algériens ! Il n’y a, du côté algérien, aucune manifestation de volonté de changement. L’autre ressenti, c’est le nôtre. Ce qu’on attend de la part d’un chef de l’État, c’est d’abord qu’il s’occupe de ses ressortissants. Or, il ne le fait pas, ou partiellement.
Dans une prise de parole ce mercredi, Emmanuel Macron a reconnu la fusillade de la rue d’Isly et le massacre d’Oran. Est-ce du « en même temps » macronien ou une marque de sincérité selon vous ?
Sans aucun doute, c’est du « en même temps ». En effet, la sincérité aurait été de regretter les paroles qu’il avait prononcées en 2017 : « La colonisation est un crime contre l’humanité ». Pour une fois, il aurait pu faire du « en même temps » intelligent. Quand il reconnaît la disparition de Maurice Audin à cause du gouvernement français, c’est une bonne chose car on peut reconnaître les crimes français. Mais ça doit s’accompagner de la reconnaissance de tous les Français disparus !
La sincérité aurait été de regretter les paroles qu’il avait prononcées en 2017 : « La colonisation est un crime contre l’humanité »
Sur le sujet de la restitution des crânes de vingt kabyles et berbères révoltés contre les troupes de Bugeaud, conservés au Musée de l’Homme à Paris : n’est-ce pas une façon de dire que nous nous repentons ? Et dans ce cas, demande-t-on à l’Algérie de restituer tous les ossements des Français enlevés ?
Pour vous, il essaye donc de ne pas trop se mouiller sur le sujet en faisant de petites concessions ?
À mon avis, il fait surtout des concessions à l’Algérie. Il a en effet reconnu hier ces crimes commis contre des Français. Pourtant, je sais la déception de ceux qui, hier, ont été à l’Élysée ! Il ne nomme qu’à moitié les choses. On sent qu’il y a eu manipulation. Il aurait fallu mettre en place une commission d’enquête et nous aurions accepté la vérité telle qu’elle est ! Sans filtre. Vis-à-vis du massacre du 5 juillet, il a fait du pathos sans nommer les choses, sans nommer le FLN et l’inaction du gouvernement français ! L’affaire a pourtant été décortiquée et expliquée.
Ne faut-il pas y voir aussi un intérêt politique immédiat avec la présidentielle ?
Absolument. Il sait que l’élection présidentielle va se jouer à droite et il essaie de se placer sur le sujet auprès des descendants des Français d’Algérie.





