La mathématisation du monde et le règne des chiffres qui soi-disant permettraient au gouvernement d’extrapoler une épidémie que le simple bon sens saurait résoudre et qui ne serait en définitive pas si grave : voici encore un bon gros slogan maquillé en pensée solide censée défaire les idoles de la modernité, la version pédante du fameux et beaufissime « les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut », chose vraie dans la seule mesure où on se refuse à les lire ; car si les chiffres peuvent être sujet à diverses interprétations, comme tout ce que l’homme saisit et comme tout ce qu’il éprouve, on ne peut pas non plus leur faire dire absolument n’importe quoi.
Mais pour cela il importe de faire preuve d’un minimum de probité et de se garder d’être trop assuré face à une discipline que l’on ne comprend pas ou que l’on maîtrise mal, et par extension de savoir que si les chiffres sont discutés, cela implique qu’on les discute pour de bon, en d’autres termes de les soumettre au critère de réfutabilité de Karl Popper qui fait de chaque réfutation franchie la condition de la valeur d’une analyse. En d’autres termes : plus une hypothèse a été réfutée et plus on a à chaque fois répondu à ces réfutations, plus l’hypothèse s’avère solide.
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Du reste, lorsque l’on reproche à quelqu’un d’instrumentaliser les chiffres, on évite de le faire en retour, car, lors de cette épidémie, beaucoup parmi ceux qui critiquaient le consensus scientifique ont évité justement de répondre aux chiffres expliqués par les scientifiques, se contentant de les saisir bruts, ou de les rejeter – critère de réfutabilité niveau zéro en ce cas – selon que cela arrangeait leur propos de base.
Ainsi, les fameux 2% d’hospitalisations qui une fois contextualisés montrent que le Covid en 2020 égale à près de dix-huit fois l’impact d’une grippe saisonnière sur le système de soins critiques en France, sans même parler des vaccinés dont les hospitalisations sont majoritaires et qui nous dévoilent en réalité que 10% de non vaccinés occupent près de la moitié des lits consacrés au Covid.
À l’identique, mais pour plaire aux négationnistes du Covid et aux flippés du vaccins, on pourrait dire que le fait que le Covid aux États-Unis figure parmi les dix premières causes de mortalité chez l’enfant
À l’identique, mais pour plaire aux négationnistes du Covid et aux flippés du vaccins, on pourrait dire que le fait que le Covid aux États-Unis figure parmi les dix premières causes de mortalité chez l’enfant – et soit la première cause de mortalité naturelle chez les moins de vingt ans – n’indique pas grand-chose sur la nécessité de vacciner massivement les enfants tant que l’on n’a pas approfondi l’examen de cette nouvelle cause de mortalité infantile.
Mais peu importe de parler des chiffres, puisqu’il n’y a pas de guerre des chiffres, lesquels disent à peu près la même chose depuis le début de l’épidémie soit que : non ! le covid n’est pas la peste, qu’il n’est pas non plus une grippe, qu’il représente une menace pour le système hospitalier, spécifiquement celui des soins critiques, a fortiori lorsqu’il s’attaque à une population vieillissante et que de ce fait il implique des choix sociétaux et politiques que l’on peut acclamer ou déplorer – ni l’un ni l’autre plus certainement – mais qui ne sont que la conséquence d’une réalité objective à laquelle il serait bon de ne pas se soustraire en dénonçant l’instrumentalisation des chiffres et la mathématisation du monde dont la problématique n’est pas pour l’instant celle de cette crise comme ont pu s’en apercevoir ceux qui font l’effort de ne pas fonctionner en disque rayé depuis bientôt deux ans.
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En revanche, si guerre il y a, c’est celle de l’information à laquelle ont pris part les Philippot, Raoult, Perrone, Di Vizio, et autres Rioufol, bref, tous ceux qui à un moment ou à un autre ont agité avec plus ou moins de force le spectre du complot mondial arguant qu’il fallait discuter les chiffres que le gouvernement nous présentait – ce qui est juste – tout en refusant de discuter ceux des morts post-vaccinales par exemple dont ils brandissaient le nombre en se gardant de l’analyser, prétextant de surcroît qu’on nous le cachait alors que ces morts ont été renseignées, la raison du vaccin dans la cause de leur mort réfutée ensuite par les experts auxquels les antivax s’opposent puis… plus rien ; ceux qui s’effrayaient du nombre brut, à des fins stratégiques pour beaucoup d’entre leurs leaders dont il ne faut pas sous estimer la malhonnêteté, se contentant d’arguer de la corruption généralisée de tous leurs ennemis pour nier la réfutation à laquelle ils ne répondent pas.
Qu’en déduire alors sinon que les chiffres ne doivent pas être analysés parce qu’en les analysant on leur fait dire, selon eux, ce que l’on veut ? Ce qu’ils font par ailleurs en décontextualisant en permanence afin de servir leur propagande, propagande qui pourrait faire pâlir d’envie le gouvernement qu’ils se représentent comme une sorte de dieu omnipotent, lequel se trouve souvent du point de vue de la propagande assez en reste par rapport à ceux qui le critiquent et qui, en sus de s’être beaucoup trompés, ont beaucoup menti aussi. À tout le moins reconnaissons que dans le mensonge, actif ou par omission, la manipulation par la peur, et le foutage de gueule absolu, entre le gouvernement et ses détracteurs, c’est match nul.
À tout le moins reconnaissons que dans le mensonge, actif ou par omission, la manipulation par la peur, et le foutage de gueule absolu, entre le gouvernement et ses détracteurs, c’est match nul
Autrement dit, la guerre des chiffres n’a pas eu lieu, et la mathématisation du monde, problématique par ailleurs, se révèle à ce propos un argument creux, une belle excuse destinée à se donner des airs lors qu’on n’a rien compris à rien, un peu à l’identique de celui qui consistait à vanter le tragique de l’existence parce qu’on ne voulait pas se faire chier chez soi pour préserver la peau des vieux tandis qu’on explique à présent que le vaccin est du pur poison comme si, soudain, on tenait très fort à la sienne, de peau, et qu’on n’aimait plus trop le tragique de l’existence.
Ce qui a lieu, c’est une guerre qui prend le mensonge pour arme, lequel empêche de penser la vie dans sa profusion et sa dissonance, dans la nuance aussi, cette vie qui nous oblige à agir tout à la fois dans le doute et la prudence et avec courage et dans le remords ou le regret aussi, parce qu’après tout qui sait si le Covid ne nous réserve pas encore de funestes surprises, y compris chez les populations peu susceptibles d’en faire une forme grave, comme on sait que les choix pour bloquer l’épidémie ont forcément été ravageurs, ont forcément détruit des vies, et en ont fait plonger plus d’un dans la psychose et l’irrationalité, les abîmant de telle sorte à leurs propres yeux qu’ils se réfugient dans le délire pour ne pas voir qu’ils sont, comme nous tous, des malheureux sidérés par le chaos du monde.
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Mais ce qui a lieu surtout, c’est la distinction entre ceux qui refusent le mensonge – et pas seulement les mensonges du gouvernement – sans prétendre à la vérité et qui prennent le risque d’agir ou de parler en sachant qu’il n’existe pas de solution magique et que toute crise d’ampleur est synonyme de dilemme absolu, et que, de ce fait, ils auront forcément tort à un moment ou à un autre, et les autres : ceux-là qui pensent que la papaye guérit le Covid, que les virus sont nos amis, qu’une surboum vaut bien trois mois de la vie d’un cancéreux, que les piqûres ça fait drôlement peur, on les laissera alors regarder les figures algébriques comme si elles demeuraient pour toujours un mystère indicible, soit des sortes de dieux dont on ne peut rien dire jamais, ce qui en dit long sur ce en quoi ils placent leur vénération consciente ou inconsciente.





