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Charlie Roquin : le monarchique, c’est chic

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Publié le

15 février 2022

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Et si l’héritier du trône se présentait aux élections présidentielles, en bousculant tous les scénarios ? Tel est le point de départ du second roman de Charlie Roquin, une comédie burlesque et piquante qui valait bien une rencontre.
roquin

Comment vous est venue l’idée de ce roman, qui résonne avec la campagne électorale ?

Étant influencé par Michel Houellebecq, j’ai peut-être, inconsciemment, voulu écrire un Soumission royaliste… Mais c’est la beauté de l’écriture : on veut faire une chose et on en fait une très différente, forcément personnelle. Le sujet de ce roman m’est venu il y a presque trois ans. Je ne l’ai pas écrit pour les élections mais une fois que j’avais décidé de l’écrire, en effet, je me suis organisé pour qu’il puisse être publié avant les élections.

Connaissiez-vous les milieux royalistes ?

J’en ignorais tout. J’ai mené un travail de recherche et d’investigation, dans les livres et sur le terrain. J’ai découvert non pas un royalisme mais des royalismes. Il y a peu en commun, et même de l’hostilité, entre légitimistes et orléanistes, entre les membres de l’Action française et ceux de la Nouvelle Action royaliste, etc. Ceux dont je me suis le plus rapproché sont les légitimistes de l’Alliance royale. Chrétiens, un peu « vieille France », ils voient le roi comme un père aimant, seul capable de rassembler son peuple. Leur modèle est Louis XVI. Pour eux, la République est indissociable de la Révolution, du sang qu’elle a fait couler, des clivages durables qu’elle a installés dans la société et la vie politique françaises.

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Même si c’est sous forme de comédie, votre roman témoigne de la persistance d’une fascination française pour le régime monarchique. Comment l’expliquer ?

Le XIXe et le XXe siècle ont été instables et violents: en comparaison, le siècle des Lumières, celui du Roi-Soleil et de Molière font figure d’âge d’or (certainement fantasmé, comme tout âge d’or). Avec treize siècles de longévité, la monarchie française incarne la transmission, la tradition, le temps long : ça contraste avec les mandats de cinq ans, les cotes de popularité qui se font et se défont du jour au lendemain. Le roi incarne une grandeur qui fascine d’autant plus qu’elle manque dans la vie politique actuelle : quand on pense au « casse-toi pov’con » de Nicolas Sarkozy, au scooter de François Hollande, au doigt d’honneur d’Éric Zemmour, aux coups de gueule de Jean-Luc Mélenchon quand la police débarque chez lui, puis qu’on regarde un portrait de Louis XIV, c’est autre chose.

Sans parler de la dimension du sacré…

Il y a bien sûr cette question du lien entre le politique et le sacré : je pense que les Français, sans vouloir d’une théocratie ni croire aux guérisons d’écrouelles, restent fascinés par le principe du sacre, d’un pouvoir qui se place sous un signe plus grand, et qu’a contrario ils éprouvent une gêne en entendant Macron tutoyer le pape, lui demander: « Comment ça va ? ».

« Avec treize siècles de longévité, la monarchie française incarne la transmission, la tradition, le temps long : ça contraste avec les mandats de cinq ans »

Charlie Roquin

Aviez-vous en tête une figure de roi en particulier ?

On pourrait beaucoup écrire sur la figure du roi: il y a le roi guerrier, le roi bâtisseur, le roi fédérateur comme Philippe Auguste, stratège comme Louis XI, bon vivant comme Henri IV, le roi pieux, le roi débauché, le roi justicier sous son chêne… Mais selon moi, la figure-clé est celle de Louis XVI. Les légitimistes voient en lui un père aimant, un homme trop bon qu’on a puni pour sa bonté, une figure christique, et voudraient restaurer une monarchie à son image. Le reste des Français, je crois, refoule le traumatisme de son exécution, qui d’un point de vue psychanalytique correspond vraiment à l’expression: « tuer le père ».

« Le royalisme est un style », dit un personnage…

Oui, le royalisme est indissociable d’une forme d’élégance vestimentaire et spirituelle. Récemment, je pense au personnage de Raoul Nathan joué par Xavier Dolan dans Illusions perdues de Xavier Giannoli: quelle classe ! Bien sûr, ce style peut facilement glisser vers la préciosité, donc le ridicule.

Pourquoi avoir installé l’héritier du trône à Bourbon l’Archambault ?

Il me fallait une belle propriété de campagne. Il m’est apparu astucieux et logique de la situer dans le fief historique des Bourbon, la petite ville oubliée de Bourbon-l’Archambault. Je n’y suis pas allé, j’ai juste consulté quelques pages Wikipédia, mais ce choix signifiait pour moi l’ancrage, l’enracinement historique et géographique.

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On reconnaît dans le roman de nombreux personnages inspirés de figures réelles…

Soyons franc : j’avais un compte à régler avec BFM et Touche pas à mon poste! qui dans le roman devient Balance ta pute! C’était facile, c’est bien moins réussi que les pages de Houellebecq sur Julien Lepers et les journalistes du Monde, qu’importe : je me suis amusé. Je me suis également amusé en fusionnant les Gilets jaunes et les antivax, pour en faire les « Bonnets de bain ». Quant à Emmanuel Macron, je l’évoque de façon lointaine et anonyme. Je ne voulais pas que Le Roi soit perçu comme un ouvrage politique, une satire trop datée, ni une satire tout court: mon but était positif, c’était de créer et de faire vivre mes personnages.

Que vous inspire le spectacle de la campagne qui commence ? La République, dit votre héros, « par essence, fabrique des séries de petites figurines carriéristes ».

Oui, je pense que le jeu des partis, par le même mécanisme que la sélection naturelle, favorise le plus rusé et le plus ambitieux. Avec ce système, il semble prévisible d’obtenir toujours un « champion », celui ou celle qui a remporté mille combats pour en arriver là. Cela entretient une agressivité et une mauvaise foi évidentes dans le jeu des élections et des partis: un jeu auquel la population semble s’intéresser de moins en moins. Je ne dis pas que la solution serait la restauration d’une monarchie absolue, avec dissolution des partis… Simplement, qu’un roi pourrait jouer, au-dessus des partis, un rôle d’arbitre, être l’incarnation et le gardien de certains principes, d’une vision de long terme.

L’irruption dans la vraie vie politique d’un Louis vous paraît donc possible ?

Tout est possible. Qui aurait pu, en 1788, imaginer 1789 ?


Le roi de Charlie Roquin
Cherche-midi, 352 p., 19 €

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