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Louis-Henri de La Rochefoucauld : le roi n’est pas mort, vive le roi !

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Publié le

6 septembre 2021

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Louis XVI est vivant ! Il habite sur l’île Saint-Louis avec Marie-Antoinette. Louis-Henri de la Rochefoucauld les a rencontrés. Il en a tiré Châteaux de sable, une fantaisie romanesque et historique pleine d’allant et de mélancolie, qui parle aussi de Thiers et des Gilets jaunes. L’auteur nous a accordé une audience.
rochefoucauld

Après La Révolution française en 2013, voici que vous écrivez sur Louis XVI. Est-ce un cycle ?

Il n’y a pas d’un côté l’école Modiano (écrire toujours le même livre) et de l’autre la méthode Bowie (se réinventer à chaque album). La vérité est entre les deux : on va sur de nouveaux territoires tout en repassant plus ou moins malgré soi par les mêmes cases.

Qu’est-ce qui vous plaît chez Louis XVI, pour que vous l’ayez ressuscité lui, plutôt qu’un autre ?

Je suis fasciné par son exécution le 21 janvier 1793 : une des scènes les plus extraordinaires de l’histoire de France. Il est injustement décrié, moqué, alors que sa personnalité est attachante : un homme doux dingue et rêveur, inadapté, à côté de sa couronne, complètement ailleurs. Après lui il y a eu la Restauration (un flop) et la Monarchie de Juillet (un bide). Pour moi c’est avec lui que s’achève la monarchie française. J’ajoute que sans sa mort, Napoléon n’aurait pas eu de destin. En cette année 2021 où tout le monde ne parle que de Napoléon, il était temps de revenir à Louis XVI.

« J’aimais Louis XVI pour des raisons familiales et poétiques plus que politiques », écrivez-vous. Est-ce votre version personnelle du culte mélancolique du passé ?

Le passéisme est une poupée russe : en notre époque étriquée, on regrette le Grand Siècle mais, sous Louis XIV, un type comme Saint-Simon rêvait de Louis XIII ; et sous Louis XIII, il devait se trouver plus d’un nostalgique du règne d’Henri IV… Plus je vieillis, plus j’aime le XVIIe et le XVIIIe siècles, notamment pour cet art de la conversation qui a peut-être culminé dans les années 1780 avec cette fameuse « douceur de vivre » vantée par Talleyrand (ce génie). Je me fous comme de ma première chemise à jabot de l’abolition des privilèges, mais il est vrai que mon histoire familiale (quatorze victimes La Rochefoucauld sous la Révolution) ne peut que contribuer à me faire voir l’Ancien Régime comme un paradis perdu.

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Le grand personnage ressuscité est une ficelle inusable. Aviez-vous des exemples en tête ?

Je connais Le Retour du Général de Duteurtre mais ne l’ai pas lu – et je n’ai pas voulu le lire pour que ça ne me bride pas. J’avais en tête deux lectures lointaines (et fantasques) : Le Fantôme de Canterville de Wilde et Le Napoléon de Nothing Hill de Chesterton. Et j’ajoute une troisième influence essentielle : Fouquet et le Soleil offusqué de Morand. J’admire la manière avec laquelle Morand arrive dans ce livre à écrire dans un style à la fois XVIIe et moderne. C’étaient mes modèles, et je m’aperçois que je ne réponds pas à votre question…

Vous racontez dans le roman la messe annuelle du 21 janvier, pour l’anniversaire de la mort de Louis.

J’y suis allé deux fois, et c’est un moment extraordinaire. Dans le livre, il y a un sermon du prêtre qui rend hommage à Louis XVI : je n’ai rien inventé, ce sont des propos entendus (des « choses vues », dirait Hugo). Il y a le public attendu (de très vieux messieurs en loden) mais aussi une faune plus interlope qu’il faut avoir vue pour y croire. Le royalisme est plus fédérateur que la République ! Je conseille à tout le monde de se rendre à cette messe le 21 janvier 2022.

Un personnage vous reproche de vous vieillir, alors que vous n’êtes pas si vieux. C’était un des thèmes du Club des vieux garçons, déjà…

Chassez le naturel il revient au galop. Romaric Sangars m’a décrit dans ce journal comme « un branché jouant en ringard » : il m’a percé à jour ! Je suis passionné par toutes les nouvelles formes artistiques en même temps qu’irrésistiblement attiré par le passé le plus poussiéreux. J’aime jouer au vieux. Ce penchant me perdra car avec les années, je serai de moins en moins branché et de plus en plus ringard.

Je suis passionné par toutes les nouvelles formes artistiques en même temps qu’irrésistiblement attiré par le passé le plus poussiéreux

La désinvolture du livre est-elle voulue ? Faites-vous des livres à plan, ou des livres « comme ils viennent » ?

Je ne sais pas si c’est un goût ou une incapacité. Je pourrais dire que c’est à cause de Laurence Sterne, mais ce serait du snobisme. Au fond, je suis les idées comme elles viennent, et ensuite je retravaille beaucoup pour qu’il y ait de la fluidité – c’est pour moi un des critères majeurs dans un roman réussi.

Il y a dans la première partie un tableau amusé, « vu de l’intérieur », de la France aristo, celle qui donne à ses enfants « le prénom des princes de Condé ». Avec quel sentiment la regardez-vous ?

La noblesse a longtemps donné à la France de grands écrivains, Saint-Simon (duc) et Chateaubriand (vicomte) étant sans doute les plus emblématiques. C’est quelque chose qui a complètement disparu. Depuis Au plaisir de Dieu de Jean d’Ormesson, qui date quand même de 1974 et n’est pas non plus un chef- d’œuvre, plus personne n’écrit sur ce milieu qui existe pourtant toujours. J’aime bien peindre de temps en temps ce monde qui reste poétique par plus d’un côté (rites, langage, déphasage, etc.).

Vous parlez des Gilets jaunes : « Cocorico! La France n’est pas morte ! Elle renaît de ses cendres, et moi avec ! » Avez-vous vibré en novembre 2018 ?

J’ai le plus grand mal à m’intéresser à la politique, et ce moment m’avait beaucoup plu : enfin la réalité déchirait le rideau de la communication. Il y avait un côté village d’Astérix, Cyrano de Bergerac. Je n’en avais rien à faire qu’on casse à l’Arc de Triomphe des œuvres d’art à la mords-moi le nœud. Le problème c’est que les meneurs n’étaient pas brillants à l’oral – bien qu’aucun d’entre eux n’ait égalé le ridicule de Griveaux, Darmanin, Castaner ou BHL.

« Pour moi, dites-vous, ce sont des contre- révolutionnaires. Il y a chez eux une mystique de la France ». Croyez-vous vraiment à l’alliance des Grands déchus et des petits laminés, ensemble contre la bourgeoisie louis-philipparde ?

Le meilleur livre que j’aie lu sur les Gilets jaunes c’est… les Souvenirs de Tocqueville, où il décrit avec une grande acuité la Révolution de 1848. Il explique que ce mouvement populaire avait rallié à lui les prêtres et les aristos. Il me semble que c’était pareil en 2018. Des monarchistes chrétiens comme Bernanos auraient été du côté des ronds-points, pas de la place Beauvau.

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De Tocqueville, vous dites que « contrairement à ce qu’on croit, il n’était pas qu’un penseur : il était aussi un artiste ».

Il me plaît beaucoup, pour des raisons plus ou moins futiles. J’aime que Tocqueville ait vécu au château de Tocqueville, dans la ville de Tocqueville. J’adore son destin, ses voyages en Amérique et sur la côte amalfitaine, sa mort d’une maladie pulmonaire, à Cannes, dans une villa avec vue sur la mer. Ceux qui connaissent ses écrits sur l’Algérie savent qu’il n’était pas le politologue mollasson que l’on voudrait en faire. Et ses Souvenirs sont l’œuvre d’un artiste : une fluidité à la Stendhal, des passages superbement mélancoliques, d’autres qui sont d’une férocité du niveau de Flaubert au meilleur de sa forme.

Vous parlez aussi d’Adolphe Thiers, et c’est autre chose. N’y aurait-il pas du panache à le défendre, pourtant ?

C’est vrai que le petit Thiers (1 mètre 55) n’a pas bonne presse. Il incarne la bourgeoisie dans toute son horreur (arrivisme et mépris du peuple). Le défendre relèverait de la pochade dadaïste.

Venons-en au Président Macron, dont vous parlez aussi. Que vous inspire-t-il, au bout de quatre ans de pouvoir ?

Ce qui est frappant avec ces politiques « nouvelle génération », c’est leur obsolescence programmée. Brune Poirson et l’inénarrable Benjamin Griveaux ne sont même pas allés au bout de leur mandat de député – c’était bien la peine de se présenter. Personne ne se souviendra de Macron, qui exerce la fonction de président comme une mission de consultant : en passant, les mains dans les poches. On se plaint de la politique à la papa, mais on en vient à regretter les indéboulonnables magouilleurs d’antan. Rendez-nous Charles Pasqua !

Il y a une facilité dans le pessimisme systématique. Je suis mélancolique, mais pas du tout dépressif. L’espérance et la gaieté me semblent des vertus cardinales

Le livre est parsemé de tableaux historiques, portraits, etc. Vous rêvez-vous en historien, plongé dans des archives et des vieux papiers ?

J’ai une grande estime pour Emmanuel de Waresquiel, dont j’ai lu presque tous les livres quand j’écrivais le mien. Je suis bien incapable de fouiller dans des archives pendant des années, de trier et de classer, d’en tirer des travaux sérieux de plusieurs centaines de pages. J’ai essayé de compenser mon manque de professionnalisme par un peu de swing – qui n’est pas la qualité première des historiens universitaires.

« Je sens venir une Capetmania », assurez-vous. Plaisanterie, prédiction ?

C’est bien sûr un clin d’œil amusé à la Beatlemania. Louis XVI hélas a moins transcendé les foules que les Fab Four, sauf à Cherbourg en 1786, qui fut son année 1964 à lui. Pour les royalistes en France aujourd’hui il reste Jean d’Orléans, qui n’a pas précisément le charisme de John Lennon. Après les deux « Bed-ins for Peace » de Lennon et Yoko Ono, faut-il rester au lit pour réclamer le retour du roi ?

Pourquoi ce titre, Châteaux de sable ?

Il y a un côté seigneurial avec le mot « châteaux » et en même temps c’est universel. C’est à la fois enfantin et pascalien, avec cette idée que tout est vanité. Et Versailles ne ressemble-t-il pas un grand château de sable ?

Le roman s’achève sur la naissance de votre deuxième enfant, et sur une note pleine d’optimisme. Forcé, ou sincère ?

J’ai beau vénérer Léautaud, je trouve qu’il y a une facilité dans le pessimisme systématique. Je suis mélancolique, mais pas du tout dépressif. L’espérance et la gaieté me semblent des vertus cardinales. La France a survécu à 1793, elle peut donc résister à toutes les catastrophes.

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