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La liberté scolaire en campagne

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Publié le

15 février 2022

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Question brûlante du débat éducatif français depuis près de deux siècles, prise en tenaille entre le laïcisme républicain et les revendications des catholiques, la liberté scolaire pourrait revenir au centre des discussions à l’occasion de cette présidentielle, et ce alors que le niveau de nos élèves s’effondre. Au point de remettre en cause l’étatisme monopolistique de l’Éducation nationale ?
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Si l’on en croit Le Monde du 14 janvier, l’école serait revenue, en 24 heures, au centre de la vie politique. La voilà de nouveau, comme sous la IIIe République, la « mère des batailles des candidats à l’élection présidentielle 2022 ». La veille sans doute, la grève du 13 janvier aurait rappelé à la gauche qu’elle dispose encore dans l’Éducation nationale d’État d’un gros bataillon de cotisants et d’électeurs, et surtout de grévistes, mobilisés ce jour-là contre les désordres d’un protocole sanitaire de 54 pages.

Pendant quelque deux ans, l’opinion a subi le bombardement, volontairement anxiogène, de la communication gouvernementale prétendant mener une guerre contre le virus chinois. Pendant toute l’année 2021, le sujet éducatif était passé en demi-teinte. Tout juste le gouvernement l’avait-il envisagé sous l’angle de sa lutte contre le séparatisme. Prenant des mesures liberticides, dirigées contre l’islamisme, l’État pourrait même les retourner contre d’autres minorités. À moins de cent jours du scrutin présidentiel qui sera vite suivi de l’élection d’une nouvelle assemblée, cette évocation de l’école nous semble donc une sorte d’éclaircissement de l’horizon civique. On pourrait donc s’en féliciter.

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Pèlerinage aux sources

La question de l’éducation a presque toujours été mise en avant comme l’une des premières, sur le terrain des idées comme des réalités sociales. L’historique des déchirements de notre pays autour de ce sujet le prouve depuis plus de deux siècles. Les désordres et les destructions de l’époque révolutionnaire avaient été considérables. La loi Daunou de 1795, prétendant réorganiser l’instruction publique, avait écarté l’obligation scolaire et la gratuité. Les congrégations enseignantes avaient été interdites. Les universités avaient été fermées.

L’œuvre scolaire du Consulat et de l’Empire fut alors centrée sur une entreprise de remise en ordre. La liberté de l’enseignement ne figurait pas à l’ordre du jour. Bien au contraire. Dans les lycées de la loi de 1802, inspirée par le scientiste Fourcroy, règnent l’élitisme et l’autoritarisme républicains. Les élèves y sont astreints à une discipline miliaire et portent l’uniforme ; ils sont répartis en compagnies sous les ordres de sergents et de caporaux sous le contrôle des maîtres. Le réveil et les divers mouvements de la journée sont marqués par le tambour. Aucune école secondaire ne peut être établie sans l’autorisation du gouvernement ; elles sont placées sous la surveillance et l’inspection des Préfets.

Or, la loi Guizot de 1833 impose aux communes de plus de 500 habitants la mise en place d’une école de garçons. C’est dans le contexte ouvert par la mise en place de cette avancée, qu’une loi fondamentale, théoriquement en vigueur aujourd’hui encore, put être votée en 1850. Falloux, son inspirateur fit ainsi aboutir la revendication fondamentale des catholiques dans le contexte contrasté, aujourd’hui bien oublié, de la Seconde république. Rappelons au besoin qu’après la révolution de février 1848, qui mit à bas la Monarchie de juillet, une assemblée fut élue en avril 1848. Issue du suffrage universel, elle était dominée par une majorité hostile aux révolutionnaires et comprenait des élus aux deux tiers républicains modérés. Les conservateurs du parti de l’ordre, regroupant alors orléanistes et légitimistes, menés par les figures d’Adolphe Thiers, de Guizot, de Tocqueville, de Montalembert, de Berryer ne formaient alors qu’une minorité. Mais, aux élections suivantes, en 1849, ils se retrouvèrent largement majoritaires dans l’assemblée législative Ce fut avec cette majorité que le futur Napoléon III dut composer.

Falloux, son inspirateur fit ainsi aboutir la revendication fondamentale des catholiques dans le contexte contrasté, aujourd’hui bien oublié, de la Seconde république

Trouvant un allié provisoire en la personne du royaliste Alfred de Falloux, il permit à celui-ci de faire voter une loi correspondant aux grandes revendications des catholiques. Elle incluait le droit pour les municipalités de contribuer aux frais des écoles libres choisies par les familles. Cette liberté scolaire n’a cessé depuis d’être battue en brèche par le laïcisme et de constituer la pomme de discorde, peut-être la principale, de nos Républiques successives. C’est l’arrivée au gouvernement de Jules Ferry, considéré en son temps comme l’incarnation de l’athéisme républicain qui va faire apparaître le laïcisme étatiste. Membre depuis 1875 de la loge « La Parfaite Amitié », aux côtés d’Émile Littré, il sera de ceux qui en 1877 achèveront la renonciation du Grand Orient de France à la croyance en Dieu et la rupture avec la maçonnerie anglo-saxonne. En 1881 et 1882, il fait voter deux lois majeures instituant d’abord le principe de la gratuité de l’enseignement primaire, puis l’école laïque et obligatoire. L’historiographie dominante en a fait un héros, laissant sous le tapis les petites saletés coloniales. Nous récoltons aujourd’hui ce qu’il a semé. On découvre certes avec intérêt les prudences hypocrites avec lesquelles, à l’époque, il prétend respecter les convictions catholiques qu’il va s’employer à détruire. Un siècle plus tard ses successeurs socialistes, tel Vincent Peillon prendront moins de gants.

Car l’histoire ne s’arrête pas là. En 1902, c’est la victoire des gauches, radicales et socialistes, qui va permettre de relancer une persécution laïciste de grande ampleur, y compris dans l’armée. La loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 n’est qu’un volet de la mainmise par la IIIe République sur le pays et d’abord sur l’école.

Il faut attendre la IVe République pour assister à une accalmie, occasionnée notamment par la conquête féminine du droit de vote, refusée pendant des décennies par les radicaux. Mais le vote de la loi Barangé d’aide, d’ailleurs fort modeste, aux familles scolarisant leurs enfants dans le privé, va devenir, à partir de 1951, la pomme de discorde rendant impossible la participation du MRP aux gouvernements radicaux et socialistes qui se succèdent. La France devient ingouvernable. En 1959, l’institution de la Ve République permet le vote de la loi Debré qui siffle, provisoirement, la fin de la récréation en imposant une nouvelle forme d’enseignement privé. Les écoles subventionnaires, d’origine catholique pour 99% d’entre elles, qui passent contrat avec l’État deviennent progressivement des sous-traitantes de l’Éducation nationale.

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L’arrivée au pouvoir du giscardisme donnera lieu à son tour à une évolution caractéristique de la culture technocratique, avec la réforme Haby de 1975. En 1984, la droite identifiée aux partisans de l’école privée, encore considérée essentiellement catholique, ce qu’elle a cessé d’être de plus en plus, fait reculer par une mobilisation massive le projet Savary-Mitterrand d’un service public unifié laïque. Mais dix ans plus tard, en 1994, la maladresse et la lâcheté du gouvernement Balladur permirent au laïcisme, et à l’étatisme, de prendre leur revanche. Alors même que l’école privée subissait et subit encore une mue considérable, les forces anticléricales allaient bloquer la loi Bourg-Broc votée en 1993. Celle-ci aurait pu permettre de mettre à jour la loi Falloux du XIXe siècle et d’en renforcer les principes. Après cet échec, plus aucun gouvernement n’a osé reprendre le flambeau. Bientôt trente ans plus tard, nous demeurons ainsi prisonniers de leur immobilisme.

L’entrée en campagne

L’élection présidentielle à la française ne se prête guère à la solution des vrais problèmes. Elle développe surtout son lot de polémiques passionnelles, mobilisant les opinions préfabriquées et les bons sentiments artificiels et chacun sait le peu de poids des promesses. De plus, dans la situation actuelle, il ne suffira pas d’invoquer l’éducation comme question prioritaire. De la manière dont on elle sera abordée dépendra la solution de bien des problèmes liés à l’insécurité, à l’immigration et à l’islamisme, mais aussi au déclin industriel de la France ou à l’inculture envahissante. Le syndicat des destructeurs ne s’y trompe guère, si la gauche multiplie les facteurs concrets d’abaissement du niveau général de la culture. Mais la droite française actuelle, ou ce qui en tient lieu, semble avoir perdu, sur ce sujet, sa boussole quant au diagnostic et quant aux remèdes.

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Premières prises de position

Un candidat de combat et de témoignage comme Éric Zemmour ne pouvait que s’exprimer radicalement sur un tel terrain. Il demeure ainsi fidèle à l’une de ses plus anciennes prises de position connues. Dès 2016, par exemple, il observait que « le niveau de nos élèves ne baisse pas, il s’effondre ». Et, six ans plus tard, lors de son entretien centré sur ce sujet, lorsqu’il souligne ses conceptions éducatives, on retrouve une logique constante, conforme à ses idées de « révolution conservatrice ». Les bons esprits, moralistes à peu de frais, n’en retiennent bien sûr qu’une dimension polémique, assez sordide, à propos des enfants handicapés.

Un Jean-Paul Brighelli fait lui aussi partie de ces auteurs qui nous mettent en garde contre la décadence de l’instruction, ne parlons même pas ici d’éducation, en France. Or, dès ce 13 janvier, il entrait lui-même en controverse, dans Causeur, avec le polémiste-candidat auquel il « conseille de revoir sa copie ». Or, c’est là que le bât blesse, on notera que ni Brighelli dans Causeur, ni Zemmour sur BFM, ni même une Valérie Pécresse dans Le Figaro, ne mettent en cause l’étatisme monopolistique de l’administration appelée Éducation nationale. Et cependant ce monopole mérite d’être dénoncé comme l’une des causes du déclin éducatif français.

Cependant ce monopole mérite d’être dénoncé comme l’une des causes du déclin éducatif français

Les chemins de la liberté

Tous entendent mettre de l’ordre dans la maison, comme Bonaparte l’avait fait avant eux. Mais aucun n’a semblé disposé, jusqu’à présent, à invoquer clairement et franchement le principe de droit naturel, lequel figure pourtant dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. L’article 26.3 de cette charte mondialiste le reconnaît : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Ceci suppose évidemment que la création d’écoles doit être reconnue pour libre, incluant la formule quantitativement marginale sans doute, mais dont le principe doit être respecté, de l’école à la maison dont la Macronie vient de voter la quasi-interdiction. Si l’État souhaite financer un meilleur accès de tous à l’instruction, cela s’appelle le chèque scolaire, l’allocation d’études, qui serait versée aux familles lesquelles. Celles-ci pourraient alors choisir librement au sein d’un panier de projets scolaires différents, mieux adaptés à la pluralité des besoins. Nous en sommes encore bien loin.

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