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L’État veut-il vraiment des enfants handicapés à l’école ?

Le 14 janvier, Éric Zemmour discutait avec une enseignante à bout de souffle, au sujet de l’inclusion des enfants handicapés en école ordinaire. Depuis, chacun y va de son commentaire indigné sur la prétendue « haine » et « obsession d’exclure » du candidat. Mais derrière les postures et vœux pieux, se cache hélas la réalité d’une École démunie et incapable de bien accueillir les enfants les plus fragiles.

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L’inclusion au rabais

Le système actuel pourrait fonctionner, notamment avec les classes ULIS (Unités Localisées d’Inclusion Scolaires) destinées à accueillir les enfants handicapés en petit effectif, au sein de l’école ordinaire. Ces classes permettent aux enfants de partager leurs enseignements (selon leurs besoins et leurs capacités) entre la classe spécialisée et la classe ordinaire. Des efforts ont été faits de la part du gouvernement : 350 classes ULIS ont été créées pour la rentrée 2021, et 1 300 depuis 2017.

Mais les enseignants affectés aux classes ULIS ne sont pas des enseignants spécialisés et n’ont aucune formation particulière sur le handicap, ou presque. 25 heures de formation spécifique sont désormais obligatoires : risible. Pire, ils ne sont souvent affectés à leur classe que le 25 août. Ils auraient également besoin de matériel pédagogique adapté, ce qui n’est pas le cas. Ce manque de formation et de moyens rend l’exercice de leur métier très difficile. Les élèves handicapés dont les besoins ne sont pas compris ne se sentent pas en sécurité et développent des troubles du comportement. Les classes deviennent alors ingérables.

Même chose dans les classes ordinaires : il est essentiel qu’un enfant handicapé puisse bénéficier d’un AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap), encore faudrait-il que celui-ci soit formé au handicap spécifique de l’enfant. Il est d’ailleurs bien plus aisé d’obtenir un AESH pour son enfant en province que dans les grandes villes. Pour cause : ce sont des postes faiblement rémunérés, pour lesquels il n’existe aucune formation diplômante et dont le statut était jusqu’alors très précaire. Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, a pérennisé leur statut.

Les familles témoignent d’une angoisse chronique : même si l’enfant a été bien accueilli et inclus l’année précédente, rien ne garantit que tel sera le cas dans la classe supérieure

Lorsqu’il n’y a pas de déficience cognitive, que le handicap est purement moteur, la scolarisation en milieu ordinaire ne devrait pas poser problème. À condition qu’il y ait un nombre suffisant d’AESH. Ce qui n’est toujours pas le cas selon les dernières statistiques officielles : 220 000 enfants nécessitant l’accompagnement d’un AESH pour seulement 125 000 AESH en poste.

Il y a aussi les élèves pour lesquelles la scolarisation en milieu ordinaire n’est pas, ou plus, possible. Anne, ancienne éducatrice scolaire évoque un sentiment d’impuissance : « Je travaillais dans ce que l’on appelle une “classe passerelle” : une classe spéciale, au sein d’une école ordinaire, qui accueille les enfants en attente d’une place en IME [Institut Médico-Éducatif]. Ces classes servent à accueillir les enfants handicapés de diverses tranches d’âge, qui ne peuvent pas suivre dans une classe normale, afin qu’ils ne restent pas à la maison. Mais le temps d’attente pour une place en IME est très long, deux ans en moyenne, et ces classes passerelles sont elles-mêmes très peu nombreuses ». [...]

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