Le 16 novembre, l’Éducation nationale a eu le plaisir de faire savoir que les évaluations nationales des élèves ont montré une « hausse sensible des résultats ». Magnifique. Cette hausse traduit que les CP et les CE1 ont retrouvé « les niveaux d’avant le premier confinement », au cours duquel les classes avaient fermé pendant trois mois. Quel est ce niveau ?
En CP, la reconnaissance des lettres a progressé de 61 % en 2018 à 64 % en 2021. De son côté, la reconnaissance des nombres a augmenté de 6 % sur la même durée. C’est formidable ! Vous vous rendez compte ? Les élèves ne savent plus lire, certes, mais on s’en fout parce qu’ils reconnaissent les lettres. Enfin. Pas tous.
L’Éducation nationale est le deuxième budget de l’État après la dette, avec 55,1 milliards d’euros (hors retraites des professeurs, dont le ministère contribue à hauteur de 76 milliards)
Dans son rapport Repères et références statistiques 2021 publié en juillet, la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance a rappelé qu’en octobre 2020, près de 18 000 élèves de CM1 scolarisés dans 496 écoles ont été évalués sur les compétences du socle en français et en mathématiques. Les résultats ont montré que 73,8 % des élèves maîtrisaient les compétences associées à l’enseignement du français et 71,4 % en mathématiques. Donc, dans un rapport officiel datant d’il y a quatre mois, on écrivait que 27 à 29 % des enfants du primaire sont déclassés. Et ce n’était pas une nouveauté.
En novembre 2020, Les Échos constataient qu’à l’entrée en sixième, près d’un élève sur deux n’avait pas le niveau de fluidité requis en lecture. La même dictée avait été proposée aux élèves de CM2 en 1987 et en 2007, à partir d’un texte d’une dizaine de lignes. Le nombre moyen d’erreurs était passé de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007. Le pourcentage d’élèves qui faisaient plus de 15 erreurs était de 26 % en 1987, pour 46 % en 2007. Vous imaginez ce qu’il en est en 2021 ? En 2012, la France était 21e pour la lecture au classement PISA, ce programme de l’OCDE qui mesure la performance des systèmes éducatifs. En 2018, nous étions 26e. C’était une chute de 20 %. Pour les mathématiques, nous étions passés de la 25e à la 26e place. Pas une progression donc. Pour les sciences, c’est le surplace à la 26e place. Nous sommes derrière l’Irlande, les Slovènes et les Belges.
Combien cela coûte-t-il de parvenir à des résultats aussi brillants ? L’Éducation nationale est le deuxième budget de l’État après la dette, avec 55,1 milliards d’euros (hors retraites des professeurs, dont le ministère contribue à hauteur de 76 milliards). Et ne croyez pas que les sports comptent pour l’essentiel : à peine 802 millions. Nous parlons d’un total de 127 milliards d’euros. C’est monstrueux. Ajoutez à cela les contributions des financements privés, dont les familles, pour 32 milliards, et vous arriverez à 160 milliards. 6,6 % du PIB.
À ce compte-là, les 6,6 millions d’élèves du primaire coûtent 7025 € chacun par an à l’État. Et chacun des 6,54 millions de collégiens et lycéens représente un coût moyen de 10 943 €. Si l’on compare nos dépenses avec celles des pays de l’OCDE, on remarque que nous investissons dans le primaire 9 % de moins que la moyenne, mais 30 % de plus dans le secondaire. Ce devrait être l’inverse : c’est au primaire qu’on apprend à lire et à être poli.
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Ce que les chiffres ne montrent pas, c’est qu’un directeur d’établissement n’a pas le choix de recruter ni le pouvoir de virer un professeur. Les enseignants n’ont pas le choix de leur affectation. Les carrières sont décidées au rectorat. Le code de l’Éducation nationale est une créature hors de contrôle dont les règlements tatillons s’étalent sur 3 000 pages, quand elles devraient être 200 maximum. Au final 89,7 % des enseignants du secteur privé sont « tout à fait ou plutôt satisfaits » du climat scolaire dans leur établissement, contre 67,4 % des enseignants du secteur public. Et c’est dans le public que les enseignants sont le plus confrontés à des faits de violence.
Heureusement pour lui, le ministère ne se fixe aucun objectif, excepté des calembredaines du type « faciliter l’école inclusive » ou « lutter contre la précarité menstruelle ». Faire moins bien est plus simple sans thermomètre. Cela permet de communiquer triomphalement pour dire qu’on fait aussi bien qu’il y a trois mois.





