Que contient le dernier arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne et quelles en seront les conséquences concrètes ?
Cet arrêt a rejeté des recours formés par la Pologne et la Hongrie sur un règlement qui leur impose de se conformer à l’État de droit et, par de précédentes décisions de la CJUE qui avaient condamné la Pologne à une astreinte d’un million d’euros par jour pour se conformer à l’État de droit. C’était en rapport à une réforme de la justice opérée par le pays. L’UE a également sommé la Hongrie de se conformer à cette disposition concernant sa politique migratoire. La différence est que, au lieu de cette amende, on retient désormais des fonds destinés à la Hongrie via le plan de relance. Le pays avait en effet droit à sept milliards, somme bloquée car la CJUE a jugé que la Hongrie viole l’État de droit. Ce sont des moyens de pression exercés sur des pays souverains, qui ont le droit de définir leur politique. Et de fait, les sujets en question sont tout à fait de la compétence des États puisqu’il s’agit de la justice et des frontières. C’est donc une immixtion intolérable et scandaleuse dans la politique intérieure des États.
Cette décision est donc avant tout une réaction qui ne s’applique qu’à ces deux pays qui transgresseraient l’État de droit. N’est-ce pas une mesure purement idéologique envers deux pays conservateurs ?
Oui. L’arrêt a donc vocation à s’appliquer à tout pays membre de l’Union qui violerait « l’État de droit ». Mais qu’est-ce que l’État de droit ? C’est une notion très floue juridiquement qui ne répond à aucune définition précise, qui a été élaborée par la jurisprudence de la CJUE elle-même et qui veut diffuser une idéologie cosmopolite et droit-de-l’hommiste dans tous les pays de l’UE. Dès lors, toute décision qui est prise par un État et qui contrevient à cette idéologie pourrait mener à une mise au ban de l’UE par une condamnation de la Cour de Justice. C’est un moyen de pression considérable !
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Les conséquences ne sont donc pas seulement économiques.
Effectivement. Les pays membres de l’Union européenne ont un pouvoir de veto sur un certain nombre de sujets, veto utilisé par la Pologne et la Hongrie pour prévenir une propagation encore plus rapide de cette idéologie. Cette décision va donc contourner ce pouvoir de veto ! C’est un moyen détourné pour obliger ces pays à rentrer dans le moule européiste prôné par Bruxelles.
Comment la mesure a-t-elle été reçue au Parlement européen ?
Très bien ! Au Parlement européen, tous y compris le PPE qui devrait être dans l’opposition, sauf les souverainistes, se félicitent de cette décision. C’est leur vision hégémonique européiste qui est mise en place pour faire de l’Europe, non pas un ensemble d’États-nations, mais un grand État fédéraliste.
Leur vision va même au-delà du fédéralisme d’ailleurs ! Prenons un pays comme les États-Unis, là-bas, chaque État a son propre gouvernement, sa propre cour, ce qui n’est absolument pas le cas des fédéralistes européens : ils veulent faire un « supra-État » qui supplante les États-nations ! Ce qui s’est passé hier est une étape supplémentaire.
Cette décision va donc contourner ce pouvoir de veto !
Quel est le rôle de la France dans cette histoire ?
La France soutient évidemment cette mesure, et Emmanuel Macron s’en est félicité ! L’arrêt a d’ailleurs été rendu en assemblée plénière, ce qui ajoute de la solennité à l’acte. Ils ont donc trouvé un moyen supplémentaire d’imposer une politique dont les peuples ne veulent pas dans leur grande majorité.
Si Marine Le Pen est élue, France serait-elle elle aussi mise au ban à cause de ses réformes ?
Il faut d’abord savoir que sur la question migratoire, seize pays de l’UE sur vingt-sept réclament une sécurité sur les frontières extérieures, avec au besoin des clôtures et des murs. Quand on est mis au ban, c’est qu’on est minoritaire ! Donc si Marine Le Pen est élue, sa première mesure sera de mettre en place un projet de loi référendaire sur l’immigration et qui donnera une primauté au droit national. On ne pourra donc plus nous imposer de l’extérieur des décisions dont nous ne voulons pas.
N’est-ce pas ce qu’avait décidé la Pologne il y a quelques semaines ?
Sauf que la Pologne avait pris des mesures au niveau de sa justice. C’est un prétexte qui est pris par l’UE pour la condamner. Nous n’avons pas cette réforme sur la justice mais, bien entendu, l’UE voudra nous imposer un certain nombre de décisions sur des compétences qui ne sont pas les siennes. L’arrêt de la CJUE a estimé avoir plus de compétences, ce qui n’est pas conforme à la réalité. Ce sont des domaines qui relèvent purement du ressort des États.
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Viktor Orban a récemment évoqué pour la première fois l’idée d’un départ de l’Union. Est-ce que de telles mesures pourraient conduire à l’implosion de l’Union ?
Pour l’instant, il y a un fossé qui s’étend entre la volonté des pays et ce que l’UE veut nous imposer. Ce qui vient de se passer en est un nouvel exemple qui montre une évolution encore plus nette. Personne ne peut dire qu’il sait jusqu’où cela ira. Ce sont aux États de le dire eux-mêmes, mais il est évident qu’il y a une coupure, voire une rupture à un moment donné ! La Pologne et la Hongrie ne peuvent supporter une telle ingérence. Ces gouvernements ont été légitimement et légalement élus, contrairement à la CJUE. Ce ne sont pas des magistrats, mais des militants qui y sont, comme à la CEDH d’ailleurs. Nous avons trouvé en France le moyen d’y faire barrage par un projet de loi référendaire qui donnera à la Constitution une place prépondérante par rapport aux règlements européens. Les autres pays doivent cependant être en pleine réflexion : quand on bloque sept milliards à la Hongrie, ce n’est pas rien ! Idem pour la Pologne.





