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Moyen-Orient : sport à balles réelles

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Publié le

1 mars 2022

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Après le Qatar et les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite a fait le grand saut dans le monde du sport avec le rachat du club de Newcastle en octobre. Cette concurrence sportive s’inscrit dans la rivalité géopolitique intense des États du Golfe persique. Enquête.
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En octobre, l’Arabie saoudite officialisait le rachat à 80 % de Newcastle United, club de football situé dans le nord-est de l’Angleterre, pour un montant d’environ 350 millions d’euros via le fonds public d’investissement saoudien piloté par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Certes, l’opportunité business était intéressante : fort de ses 400 milliards, le fonds public a dépensé une somme dérisoire à son échelle pour mettre la main sur un club de Premier League, championnat le plus regardé au monde et pris dans une spirale inflationniste qui rend tout investissement viable sur le temps long. Mais, après une longue quête d’un club européen – on a parlé un temps de Manchester United ou de l’Olympique de Marseille – Riyad entend faire une utilisation très politique du club.

L’Arabie saoudite se met au sport

Se reposant sur sa taille, son poids religieux et ses relations avec les États-Unis, le pays s’est longtemps moqué de ce que pensait l’étranger. Mais alors que ses voisins régionaux ont beaucoup misé sur le soft power pour gagner en influence, l’arrivée de Mohammed ben Salmane s’est accompagnée d’un virage moderniste tout à fait inédit, incarné entre autres par le plan « Saudi Vision 2030 » qui prévoit la diversification de l’économie pour mettre fin à la dépendance historique aux hydrocarbures. Place donc aux investissements importants telles les infrastructures prévues par le projet Neom au niveau de la mer Rouge, et à l’ouverture au tourisme.

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Le sport arrive ici à point nommé. Entachée par son implication dans la guerre au Yémen, la mort du journaliste Jamal Khashoggi et le mépris des droits de l’homme, l’image du pays devait être drastiquement améliorée, sous peine de rebuter voyageurs et investisseurs. Par le « sportwashing » (« blanchiment par le sport »), l’Arabie saoudite espère donc faire oublier ses casseroles et se bâtir une réputation faite de modernité, de divertissement et d’ouverture. Aussi, en braquant régulièrement les caméras sur le Royaume, les événements sportifs sont pensés comme moyen d’attirer les visiteurs et de mettre en valeur le patrimoine national, stratégie qui n’est pas sans faire penser à celle utilisée par l’Azerbaïdjan.

En braquant régulièrement les caméras sur le royaume, les événements sportifs sont pensés comme moyen d’attirer les visiteurs

D’où une politique sportive proactive, via des investissements massifs et l’organisation d’événements. Pour rester dans le monde du football, le championnat saoudien fait tout pour attirer d’anciens joueurs connus tels Bafétimbi Gomis, Sebastian Giovinco ou Odion Ighalo, qui produisent régulièrement des vidéos vantant les beautés du pays – tout comme l’a fait Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA. Les supercoupes d’Italie et d’Espagne y ont déjà eu lieu. Mais l’action gouvernementale s’étend bien au-delà du ballon rond. Avec le mégaprojet de divertissement dans la cité nouvelle de Qiddiya, et après avoir investi dans la Formule E, le pays a accueilli son premier Grand Prix de Formule 1 le 5 décembre, tout comme il reçoit depuis deux années le Rallye Dakar. Le royaume a aussi investi dans l’UFC, organisé quelques grands combats de boxe (il devait dernièrement accueillir le choc entre Anthony Joshua et Tyson Fury, avant annulation) et des courses hippiques (Saudi Cup depuis 2020). À terme, l’objectif est simple : accueillir une Coupe du Monde, après n’avoir pas réussi à en partager l’organisation avec le Qatar en 2022.

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Le Moyen-Orient, place forte du sport mondial 

Il y a une raison plus prosaïque à ce réveil saoudien : le mimétisme teinté d’orgueil. Si l’Arabie Saoudite veut devenir un acteur de premier rang du football mondial, c’est avant tout parce que ses voisins l’ont devancée en la matière, et qu’elle ne peut rester sans réponse par peur de perdre son magistère dans la région. Certes, les stratégies initiales diffèrent. Soucieux d’exister aux yeux du monde par pure logique de survie, le Qatar s’est offert une ambassade internationale avec le Paris Saint-Germain, tout en ayant tissé une stratégie d’influence globale avec les chaînes Al Jazeera et Bein Media Group. Les Émirats arabes unis ont eux opté pour une stratégie commerciale plus discrète, ayant appuyé leur vitrine Manchester City sur un réseau d’une dizaine de clubs localisés aux quatre coins du globe. En clair, face à la concurrence qatarie et émiratie, les Saoudiens ont riposté pour ne pas perdre la face, comme ils auraient acheté un yacht ou érigé un gratte-ciel.

La mécanique est similaire à celle entrevue en Formule 1. Pionnier en la matière en accueillant un Grand Prix dès 2004, pour que le monde puisse le placer sur une carte, le petit État insulaire de Bahreïn a depuis été rejoint par tous ses voisins précités, qui ont accueilli les trois dernières courses de la saison 2021 tout juste terminée. Par la force des choses, le Moyen-Orient est ainsi devenu une place incontournable du sport mondial, bien aidé en cela par les instances internationales qui apprécient ses prodigalités. Avec le risque que les sports occidentaux deviennent un jour le terrain d’une nouvelle guerre du Golfe.

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