L’expression de Grand Remplacement est au cœur de la campagne. Est-ce une victoire pour vous qu’on en parle autant ?
Bien sûr ! C’est un avertissement solennel aux Français et aux Européens du danger de submersion migratoire qui les menace. Le Grand Remplacement est en cours. Nous avons 400 000 immigrés légaux chaque année, sans compter les clandestins. On le sait, ces gens font beaucoup plus d’enfants que nous de surcroît. L’équilibre entre les populations de terrain et celles de l’extérieur ne cesse de se modifier au détriment des gens du pays. Dans les années qui viennent et pas à la fin du siècle, nous risquons d’être minoritaires dans notre territoire.
La civilisation européenne est en danger de mort ?
On peut peut-être à cette occasion connaître un sursaut ! Ce sont les menaces qui suscitent généralement les réactions salvatrices. Si nous ne le faisons pas, nous serons submergés. Toutes les approches médiatiques qui suivent les idéologies, mais aussi les intérêts commerciaux, tendent à imposer une image métissée de la population qui est donnée en modèle, en exemple, qui ne doit pas susciter de réaction d’hostilité, mais au contraire d’acceptation de l’inévitable.
Aujourd’hui, on voit que la société a une réaction et qu’elle se droitise…
Elle se nationalise.
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Justement, pour vous, existe-t-il un camp national ?
Le camp national est déterminé par un certain nombre de candidats. Marine Le Pen, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan même s’il est petit. Cela fait un bloc considérable, majoritaire dans le pays. Ces gens ont des volontés patriotiques, une relation affective, sentimentale avec l’histoire du pays et son déroulement.
En 2014, Marine Le Pen avait voulu dédiaboliser le FN, ce que vous aviez condamné. Aujourd’hui, on voit que le camp national est plus accepté. Est-ce grâce à cela selon vous ?
Non. Je crois qu’il y a une réaction nationale et populaire, de ceux qui vivent au contact de la réalité, de la rue, du terrain. Ce n’est pas idéologique, c’est ressenti. Les gens voient bien dans certains quartiers qu’ils sont minoritaires voire ultra-minoritaires ! À Tarascon, il y a six écoles primaires. Pourcentage d’enfants d’immigrés dans ces écoles : 80%. On est déjà en territoire conquis. La plupart du temps, ce sont des gens respectables, mais il n’en reste pas moins qu’il y a des affinités qui constituent des capacités de rassemblement, mais pas de rassemblements nationaux.
Qu’est ce qui a changé depuis 2002?
Il y a vingt ans ! Depuis, il est arrivé ce que j’avais prévu. Ce qui est en train de se produire, c’est l’envahissement progressif de nos structures sociales, économiques et politiques par une immigration étrangère qui a d’abord été facilement assimilable parce qu’elle était européenne, mais le devient moins quand elle devient une immigration de masse et de civilisation différente. C’est le cas de l’immigration d’Afrique du Nord, sans parler de l’Afrique noire qui tend de plus en plus à s’expatrier. À partir du moment où vous admettez stupidement que le droit d’asile consiste à accueillir tous ceux qui ne se sentent pas bien chez eux, la submersion est inscrite dans le destin de la France !
« Nous sommes en haut du mât et nous voyons mieux et plus loin que ceux qui sont sur le pont »
Jean-Marie Le Pen
Pourquoi n’avez-vous pas réussi à gagner en votre temps et pourquoi aujourd’hui le camp national peut-il gagner ?
Parce que la vie politique est une conquête ! J’ai été l’ouvreur de route. Les résultats d’aujourd’hui découlent de l’action que nous avons menée durant des décennies ! Gouverner c’est prévoir, et je dois dire que je suis assez fier d’être de ceux qui ont prévu. Évidemment, quand vous prévoyez des choses effrayantes, vous êtes mal vu car l’opinion aime être caressée dans le sens du poil. C’est pourtant le devoir des hommes publics de dire la vérité. Nous sommes en haut du mât et nous voyons mieux et plus loin que ceux qui sont sur le pont. Si nos avertissements ne sont pas entendus, il sera trop tard.
Vous avez connu par le passé des tensions dans votre famille politique. Pour vous, quelle est la relation entre amitié et politique ?
C’est la prise de conscience des forces en présence. Généralement, on préfère aller avec les forts qu’avec les faibles. Lorsqu’une force apparaît, progressive, montante, elle attire forcément plus que les forces stagnantes. La première affiche du FN en 1972, il y a 50 ans, était : « Avec nous, avant qu’il ne soit trop tard ». Pendant ces 50 ans, nous nous sommes rapprochés un peu plus du « trop tard ». Au bout d’un moment, la situation sera irréversible. Les Français de souche deviendront une minorité dans leur propre pays. Dans un contexte démocratique, cela les condamnera à la servitude.
Je n’ai qu’un œil, alors je m’efforce de le garder ouvert.
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Est-ce qu’il reste de l’espoir pour vous ?
(Soupir) C’est un espoir que je partage héroïquement. Quand les choses arriveront à leur point de rupture, je serai parti, sans doute. Vous y viendrez aussi. Notre nature humaine nous conduit à ces événements. Seulement, quand on a vingt ans, on y est moins sensible.
Quel conseil donnez-vous à la jeunesse ?
Battez-vous. Avant qu’il ne soit trop tard. Toutes nos législations sont des législations d’ouverture. Il faut d’abord une logique défensive, de combat. Il faut fermer les issues par lesquelles rentrent l’immigration étrangère. Nous n’avons pas seulement le droit, mais le devoir de défendre notre propre authenticité. Le droit d’asile, notion floue, répute la France comme le refuge de toute la misère du monde. Le droit du sol, le regroupement familial, la binationalité sont des notions d’ouverture que nous devons réviser très vite. Si nous ne le faisons pas, nous n’aurons même pas l’occasion de nous battre : nous serons battus d’avance.
Que faire avec ceux qui sont déjà ici : comment traite-t-on ces communautés ?
Elles doivent se soumettre aux règles générales de la nation. Si elles ne le font pas, nous sommes autorisés moralement à les exclure. Dans certains quartiers ou villes, la densité étrangère devient importante, même insupportable pour les gens du cru qui s’en vont et laissent libre un terrain étranger dans la structure nationale elle-même. C’est une espèce de métastase qui est déjà très largement engagée dans notre pays où nous sommes en concurrence avec non seulement des ethnies, mais aussi des religions étrangères comme l’islam, qui ne sont pas réductibles à notre civilisation judéo-chrétienne.
« Il faut d’abord une logique défensive, de combat »
Jean-Marie Le Pen
Y a-t-il un travail à faire avec les pays à la source de l’immigration ?
On dit qu’il faut aider ces pays à obtenir un niveau de progrès social tel qu’ils n’aient pas envie de venir chez nous. Mais nous avons déjà du mal à le faire chez nous, alors l’ambition de le faire pour un continent tout entier… La population mondiale est passée en 50 ans de 2 à 8 milliards, et en expansion continue ! Et comme rien ne la contraint, ça sera bientôt 10,15 ou 20 milliards. Il est bien évident que les ressources humaines ne progressent pas, et de loin, à la même vitesse ! Cela va provoquer des mouvements migratoires formidables, des révoltes, des violences internes à ces propres pays qui se transmettront aux pays voisins et à l’échelle mondiale. Le phénomène devient une pression insupportable !
Est-ce que ça n’est pas dur pour vous de vous dire que vous avez vécu un demi-siècle de déclin de la France ?
Comme d’autres, je suis destiné à finir dans une caisse en bois. L’idée que je me fais des succès est relative.
Pour vous, y a-t-il un problème de démocratie et d’autoritarisme en France ?
Il y a des dysfonctionnements. Il apparaît aujourd’hui que le rôle du Premier ministre est complètement effacé. Or, constitutionnellement, c’était une condition fondamentale du dispositif démocratique. Le Président préside et le Premier ministre conduit la politique. C’est le Président qui est maintenant le Premier ministre. J’ai toujours été partisan du septennat, ou du moins de la séparation entre l’élection législative et l’élection présidentielle. Le rapprochement effectué a fait que les deux sont liées, ce qui me paraît être un recul de la démocratie.
Je suis par ailleurs pour la proportionnelle. Alors oui, elle est plus difficile à manœuvrer parce qu’il est plus compliqué de créer des majorités. Ça me paraît cependant plus démocratique que le système actuel. On peut aussi penser au majoritaire à un tour. On n’a jamais essayé tout cela.
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Peut-être parce que c’est anglais…
(Rires) Oui, timeo danaos et dona ferentes.
Y a-t-il eu des adversaires pour qui vous avez eu du respect ?
Oui, j’ai eu de l’estime pour un certain nombre d’entre eux. Même quand je les combattais, il y avait des hommes d’une autre stature, qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. De Gaulle par exemple. La dimension des hommes politiques n’est pas du temps dans lequel on vit. C’est l’histoire qui les érige dans une dimension autre.
Philippe Seguin aussi : il m’avait raccompagné jusqu’à la porte de ma voiture en pleine période d’élections, ce qui m’avait étonné. Peut-être un geste de solidarité entre pupilles de la nation.
Y a-t-il aujourd’hui encore des hommes qui gardent cette forme de noblesse ?
Oui, il reste des hommes loyaux, respectables. Ce ne sont généralement pas ceux qui attirent les sympathies médiatiques.
« Nous sommes la civilisation boréale »
Jean-Marie Le Pen
Que pensez-vous de la situation ukrainienne ?
Je suis très russophile. Je suis partisan de ce qu’on appelle le « bloc boréal ». La Russie est le plus grand pays du monde mais n’a que 140 millions d’habitants et en perd tous les ans. Je suis partisan de la grande alliance entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. Cependant, la plupart des forces politiques du temps s’efforcent de bloquer cela alors que ce rapprochement salvateur. La Russie dispose d’un immense espace géopolitique, le Heartland. Nos gouvernants auront-ils la sagesse de le comprendre ? Après la perte du Sahara, il reste un seul grand espace géopolitique : la Sibérie. Et cela, la Russie n’est pas en mesure de le mettre en valeur seule. C’est un terrain qui conviendrait à l’action du continent boréal qui est le nôtre, le plus menacé. Nous sommes la civilisation boréale, nous avons en commun, y compris avec les Russes, tout un ensemble de conduites de vie qui nous différencie de toutes les civilisations concurrentes comme l’Islam qui est la plus menaçante, la plus conquérante.
Avez-vous des regrets ?
Non. À part en 1965 : j’ai eu le tort de ne pas me présenter moi-même à l’élection présidentielle. J’ai propulsé Tixier-Vignancour alors que j’étais maître du jeu. Si je m’étais présenté, probablement, j’aurais pu changer les choses. Par modestie, je m’estimais peut-être trop jeune.Mais là aussi, la notion d’âge a changé. On accepte aujourd’hui des candidatures de plus en plus jeune. À l’époque, se présenter à 30 était incongru.
Peut-être verra-t-on Marion en 2027.
Marion est opérationnelle depuis longtemps. Elle a été élue députée. Il paraît qu’on peut vivre 120 ans, je vais essayer ! Ce n’est qu’un début, continuons le combat !





