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Les Français contre l’UE : et le Frexit alors ?

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Publié le

7 avril 2022

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L’eurobaromètre révélait dernièrement que la France est le pays ayant le moins confiance en l’Union européenne. Pourtant, la question du Frexit, si importante en 2017, a complètement disparu de la campagne présidentielle.
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Le dernier eurobaromètre 2022 sent le soufre, du moins pour les europhiles. Si les résultats varient considérablement d’un pays à l’autre, la tendance globale (moyenne des pays non rapportée à leur population) est à la méfiance avec -4 points par rapport au printemps 2021 (52% de réponse favorable, contre 56%).

Dans le cas français, les résultats démontrent que seulement 32% de nos compatriotes font confiance à l’Union européenne. La France est ainsi le dernier pays dans le classement, talonnée de près par la Grèce (39%), l’Autriche (42%) ou encore l’Italie (45%). La tendance est à la baisse : par rapport à l’enquête de 2021, la France a perdu 7 points. De même, les Français se classent avant-derniers sur le fait de sentir citoyens européens, avec seulement 56% de réponses favorables. Sur l’euro, vingt ans après l’introduction des premiers billets, seuls 37% des Français jugent son bilan positif, ce qui nous positionne juste devant la Grèce (22%), et naturellement très loin derrière l’Allemagne (70%). Enfin, dernier indicateur intéressant : à propos des mesures prises par l’Union européenne sur la Covid, les Français sont les moins satisfaits (36%). En tout et pour tout, la France est donc le pays le plus critique à l’égard de l’Union européenne !

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L’Union européenne contre nos intérêts

Cette animosité des Français à l’égard de la construction européenne n’est pas nouvelle. Dès le référendum pour Maastricht de 1992, le « oui » l’avait emporté de justesse (51%). Surtout en 2005, 55% des Français ont voté défavorablement au référendum portant sur la Constitution européenne. Pour la plupart, il s’agissait d’une perte totale de souveraineté et l’adhésion au modèle néolibéral. Ce refus du peuple n’avait pas empêché la présidence Sarkozy de ratifier le traité de Lisbonne, qui reprenait peu ou prou le texte écarté en 2005. 17 ans plus tard, la défiance n’a visiblement pas reculé.

Au-delà de toutes les belles idées européistes, les plus favorables à l’UE sont finalement les pays en tirant des intérêts matériels immédiats. Ainsi, les pays du Nord et de l’Est s’imposent comme les plus confiants. Suède (52%), Finlande (52%), Danemark (61 %), Allemagne (48%) ou Pays-Bas (54%) incarnent cette Europe du nord protestante qui a su tirer profit du modèle économique européen. Cas à part entière, l’Irlande (63%) prospère en tant que semi-paradis fiscal. En ce qui concerne les pays de l’est, l’Union est bien accueillie car ils y ont vu une alternative à l’hégémonie russe, d’où les résultats en Estonie (63%), Lettonie (50%), Lituanie (59%), Pologne (53%), Hongrie (58%) et Roumanie (49%). Ces pays reçoivent davantage de financements qu’ils n’en donnent. Surtout, la libre circulation leur a permis d’accueillir des usines occidentales et d’envoyer leurs travailleurs un peu partout.

Au-delà de toutes les belles idées européistes, les plus européistes sont finalement les pays en tirant des intérêts matériels immédiats

À l’inverse, hors l’exception portugaise (qui se place en tête de classement avec 69%), ce sont les pays du sud qui trinquent, dont la France. Mise à mal par la concurrence économique, ils font surtout face à l’immigration massive à cause de la disparition des frontières. Dans un sondage Harris Interactive, 67% de Français se disent inquiets par le Grand remplacement. Le président-candidat Emmanuel Macron est lui à contre-courant de l’opinion. C’est peu dire que la souveraineté française n’est pas sa préoccupation première. Depuis 2017, il a fait de la « souveraineté européenne » son fond de commerce – sans que l’on comprenne d’ailleurs ce que cette expression peut bien vouloir dire, si ce n’est la dissolution pure et simple de la France. Depuis l’émergence du Covid-19, ce terme s’est même très largement imposé dans ses discours, alors même que les crises nous rappellent la nécessité de l’indépendance.

Exit le Frexit

Et pourtant, la question du Frexit a complètement disparu du champ politique français. En 2017, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan ou bien le « candidat du Frexit » François Asselineau l’avaient inscrit de façon plus ou moins claire dans leur programme. Le débat était alors tout à fait possible, même si l’arc allant de Hamon à Fillon ne voulait pas en entendre parler. En 2022, les deux seuls candidats le proposant, Florian Philippot et François Asselineau, n’ont pas obtenu les parrainages (respectivement 1 et 293). Ensemble, ils ne recueilleraient que 2% des voix. C’est d’ailleurs le score que les sondages prédisent à Nicolas Dupont-Aignan qui, après le ralliement de Florian Philippot, a décidé la mise en place d’un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne. Il est le seul.

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Les autres « Frexiteurs » ont préféré lâcher l’affaire par peur de l’isolement. En constatant leurs défaites respectives, ils ont conclu que c’est leur marginalisation sur ce point qui les y avait conduit. Le sujet est jugé trop clivant, pas assez rassembleur. Et comme notre démocratie n’est plus qu’une démagogie, un sujet est abandonné dès qu’il ne fait plus la majorité dans les sondages. Cherchant à tout prix à se dédiaboliser, ils ont donc sacrifié une conviction pour quelques pourcents. « Marine Le Pen a renoncé parce qu’il est facile de faire croire que ça n’existe pas ! Aucun candidat n’en parle, on s’aligne donc sur eux. C’est plus confortable » nous explique Florian Philippot, président des Patriotes. La peur donc, et la lâcheté a fortiori. Certains espéraient voir le protectionnisme de Zemmour reprendre le flambeau ; c’était sans compter sur son libéralisme économique de droite.

Le sujet reste pourtant d’actualité. Ainsi pour Florian Philippot, « la plupart des promesses des candidats –sur l’immigration, le pouvoir d’achat, la réindustrialisation–sont incompatibles avec l’Union européenne. Avoir la prétention d’arrêter le regroupement familial, par exemple, est illusoire en restant dans l’Union européenne : les traités européens s’y opposent ». Surtout, avec les retombées positives du Brexit, nous disposons d’assez de recul pour affirmer que quitter l’UE ne nous ferait pas devenir le Zimbabwe. Alors que lentement mais sûrement, Bruxelles conditionne son aide au respect d’un « État de droit » aux contours flous, que la crise du Covid a révélé la nécessité d’éviter les délocalisations, et que l’espace Schengen est de plus en plus rejeté par le ras-le-bol migratoire des Français, les arguments ne manqueraient pas pour réinstaller le débat.

Avec les retombées positives du Brexit, nous disposons d’assez de recul pour affirmer que quitter l’UE ne nous ferait pas devenir le Zimbabwe

Faisant de la France le pays le plus « eurosceptique » d’Europe, ce dernier eurobaromètre pourrait relancer la question. Si un sondage Viavoice révélait en décembre 2021 que 63% des Français seraient opposés à un Frexit, il ne faut pas oublier qu’une opinion se travaille pour le peu que les protagonistes s’en donnent les moyens. « On fait comme si la question n’existait pas, ce qui est un mensonge. La faute retombe d’ailleurs largement sur le RN. Il était la force motrice à l’époque et a renoncé à se positionner sur ces sujets » dénonce Florian Philippot. Et d’ajouter : « Nous sommes le deuxième pays sur 27 à se dire le moins européen. L’idée fait son chemin dans l’opinion publique. L’inefficacité de l’UE durant la crise du Covid a été un révélateur ».

Si la question de l’UE a été tout à fait absente de la campagne, il convient donc de rappeler qu’il existe encore en France une forte base souverainiste qui n’attend que le candidat ayant le courage suffisant pour porter à nouveau cette mesure. Et pourtant, moins le sujet est évoqué, plus l’idée est acceptée. Lentement, méthodiquement, silencieusement, la question de l’appartenance de la France à l’Union européenne risque de ne plus pouvoir se poser.« Maintenant, il faut trouver une expression politique » conclut Florian Philippot.

Par Bahia-Carla et Alexandre de Galzain

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