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Défaite de Marine Le Pen : Les consolations

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Publié le

26 avril 2022

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Dimanche, Marine Le Pen perdait pour la deuxième fois consécutive l’élection présidentielle en finale contre Emmanuel Macron, douchant au passage les espoirs du camp national. Depuis, nombre de ses membres cherchent des consolations illusoires, qui sont autant de marques de lâcheté. Article tiré de L’Incotidien du 25 avril.
MLP

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Il s’est passé un truc ce week-end ? Je sais pas, je vois que ça s’agite sur les très saints réseaux sociaux ce matin. Moi j’y entrave dalle que, je rentre de deux jours dans une grotte à m’envoyer des tractions de tricératops, à te faire suer le major Gérald rien qu’en entendant au loin les grognements qu’elles m’arrachent. D’ailleurs il a envahi mes DM d’excuses pour son physique de lâche et de demandes de coaching personnalisé.

Bon, assez de choses sérieuses, parlons-en de ces futilités électorales. Mon premier argument sera contre ceux qui minimisent. Boh ça va, 42 % pour l’extrême droite, si on m’avait dit ça il y a dix ans… Avant de répondre sur le fond politique, je voudrais m’exprimer en termes psychologiques : dont provient ce besoin de maquiller une défaite cuisante en demi-victoire ? Autrement dit, pourquoi une telle aversion à la souffrance ? Après avoir perdu, la douleur nous travaille les entrailles. Il ne s’agit pas ici d’un constat mais d’un devoir.

Après avoir perdu, la douleur nous travaille les entrailles. Il ne s’agit pas ici d’un constat mais d’un devoir.

Il est impératif de ne pas céder aux sirènes du détachement faussement aristocratique ou de la consolation porteuse d’une espérance en toc. Non, nous nous avalerons cette vilaine assiette de choux de Bruxelles de la défaite jusqu’au dernier haut-le-cœur, là n’est-elle pas notre dignité ? Croyez-en un garçon qui a plus goûté à l’échec que son âge ne le laisse présager, ne pas détourner les yeux du gouffre, c’est le surmonter déjà.

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Ensuite, à l’autre bout du spectre de l’acceptation, il y a ceux qui, trop conscients de la défaite et de ses implications, préparent leurs valises. Qui vouent leurs compatriotes malvotants aux gémonies. Mais non. Ça ne fonctionne pas ainsi. La France c’est pas le MacDo de porte de Saint-Cloud : Venez comme vous êtes, partez quand vous voulez. Non, la France est notre destin, pour le meilleur et le pire, notre responsabilité historique. Nous aurions pu naître Suisse, Thaïlandais, Amérindien ou chasseur-cueilleur du Paléolithique, mais nous sommes Français et il se trouve que tirer les conséquences les plus profondes de ce heureux hasard sera notre manière de répandre un peu le bien sur Terre.

La France peut bien partir à vau-l’eau, moi je serai heureux, je serai bien facho comme il faut à Droitardland, à vider des chargeurs d’AR-15 sur des Arabes imaginaires quelque part entre deux rednecks ou trois blondasses putes à commando Wagner.

Encore une fois, ces trublions, de Baptiste « Tex Mex » Marchais aux zemmouriens désabusés de mon fil Instragram, recherchent des consolations. La France peut bien partir à vau-l’eau, moi je serai heureux, je serai bien facho comme il faut à Droitardland, à vider des chargeurs d’AR-15 sur des Arabes imaginaires quelque part entre deux rednecks ou trois blondasses putes à commando Wagner. Non, vous resterez sur cette terre gorgée de la sueur de vos pères. Se sont-ils enfuis quand les bottes passaient le Rhin, se sont-ils enfuis quand les lys fanaient, quand le sang mille fois maculait nos étendards ? C’est vrai qu’à l’époque, Ryan Air et Easy Jet n’existaient pas pour s’exiler à moindre frais.

Et enfin, il faut critiquer ceux qui portent trop haut la flamme de l’espoir. Ils reconnaissent la défaite, ainsi que la nécessité du combat, du combat ici, sur le bon sol de France. Et pourtant, ils espèrent encore. Quel sale petit mensonge que l’espoir, sale petit mensonge certes presque toujours nécessaire à l’action. Avec de meilleurs hommes, de meilleurs idées, la défaite aurait pu être évitée, nous susurrent-ils dans le silence de l’abattement. Ce qui est énervant, c’est qu’ils ne sont pas loin d’avoir raison. Évidemment, si Le Pen n’était pas si boulevardière et Zemmour arrogant et buté… une autre paire de manche. Mais l’aurait-on emporté pour autant ? Car, selon le trop cité théorème de Vladimir Ilitch, les faits dépassent Eric en entêtement : depuis l’avènement définitif de la République en 1870, la France a presque toujours été gouvernée au centre. On ne parle pas seulement de l’étiquette des dirigeants, mais de la politique effectivement mise en œuvre. Même si l’on s’en tient à la Ve République, pourtant pas la plus favorable à la victoire d’une coalition centriste, depuis au moins l’élection de Giscard, les présidents suivent globalement le même plan de vol européiste, médiocrement libéral en économie, atlantiste plus ou moins bougon en politique étrangère, et ouvert à l’immigration, ici encore avec des variations relativement négligeables.

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Au XXe siècle, la France fut gouvernée à droite sous de Gaulle, une droite bonapartiste mâtinée de maurrassisme pour le dire vite, et en partie à l’extrême droite sous Pétain, aussi dans ce que l’extrême droite a d’abject, pour ne pas parler de l’antisémitisme d’État. On le sait, ces deux parenthèses ne se produisirent pas par le cours tranquille du choix des urnes mais par des accidents de l’histoire. La loi de la démocratie est d’élire un homme qui incarne globalement une moyenne arithmétique des opinions du pays. Macron, centriste cynique, est l’incarnation idéale de ce mode de gouvernement, le résultat final du déroulement de la logique démocratique.

La loi de la démocratie est d’élire un homme qui incarne globalement une moyenne arithmétique des opinions du pays. Macron, centriste cynique, est l’incarnation idéale de ce mode de gouvernement.

Il peut gagner encore mille ans. Alors, il nous faudra perdre. Mais avant ça, flamboyer dans les glaces de l’arène, jouer le jeu le plus magnifique qui soit, le dépasser encore, toujours, devenir les chevaliers de France les plus redoutables, les plus acharnés qu’il soit concevable, pousser nos capacités rhétoriques et intellectuelles jusqu’à la limite de notre navrante humanité, et que, se retournant sur nos larmes, sur nos cadavres figés dans l’histoire, l’an 3000 frissonne, pensant : « Que signifie leur défaite, puisqu’ils ont été ces hommes ? »


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