Quel est l’enjeu de la GPA à l’heure de la guerre en Ukraine ?
On pourrait se dire qu’à côté de la tragédie qui frappe le pays, la GPA ne touche quant à elle que quelques milliers de personnes. Or, la guerre a justement révélé l’ampleur de ce trafic d’êtres humains, grâce à la complaisance des médias vis-à-vis des militants pro-GPA.
Nous avons d’abord dénoncé la façon dont sont traitées les femmes ukrainiennes. Elles ont été contraintes de rester à Kiev sous les bombes pour obéir à leurs clients. Ces gens veulent pouvoir effacer la mère-porteuse de la filiation et reprendre le bébé en tant que « parents d’intention ». Ils voulaient bénéficier de la loi ukrainienne pour utiliser ce subterfuge, quitte à laisser ces femmes en danger de mort. C’est inacceptable et cela révèle que le principe-même de la GPA est de faire de l’humain un outil. Dès le premier reportage de BFM sur le sujet, on voyait les clients faire pleurer dans les chaumières parce qu’ils ne pouvaient pas récupérer leur enfant. Il n’y avait pas un seul mot sur ces mères porteuses ! C’était aussi cynique que choquant. L’autre aspect que nous dénonçons est que l’on ose utiliser la guerre en Ukraine pour faire passer la GPA. Nous avons d’ailleurs vu récemment que des mères-porteuses ont accouché en France. Cela se fait en contournant la loi française, en détournant l’accouchement sous X qui permet une adoption par un conjoint. On est encore dans le subterfuge. Si ces gens veulent faire accoucher les femmes ukrainiennes, on voit que ce n’est pas du tout pour leur sécurité, mais pour récupérer leur enfant !
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L’Europe représente à elle-seule 50% du chiffre d’affaires de la GPA dans le monde. Nous pouvons crier sous les toits que nous sommes les pays des droits de l’Homme, de l’égalité homme-femme, nous restons le premier exploiteur et trafiquant de femmes dans le monde.
En Russie, la GPA est légale. Pourquoi votre campagne se concentre-t-elle sur l’Ukraine ?
Les pays orthodoxes, malheureusement, il y a des années, ne l’ont pas interdite. En concertation avec l’Église orthodoxe, leur avis était que la GPA consistait à concevoir une vie. Je comprends cependant, en discutant avec des personnes originaires de ces pays, qu’elles ne savaient pas comment cela se déroulait, et qu’elles n’avaient pas conscience des implications.
Notre objectif n’est cependant pas de prendre position dans la guerre. Nous voulons simplement parler du désastre humain qui est dû à la GPA : ces femmes et enfants mis en danger par des clients qui les obligent à rester sous les bombes à Kiev.
L’Ukraine est un révélateur, et un révélateur cynique.
Vous ne critiquez donc pas les personnes effectuant une GPA, mais les clients et les promoteurs ?
Absolument. La campagne doit permettre à celui qui la voit de faire le lien avec tout ce qu’on a pu voir depuis des semaines. Mais il est tout à fait scandaleux que cela se déroule ailleurs. Simplement, l’Ukraine est un révélateur, et un révélateur cynique.

Sur votre site, vous qualifiez la GPA d’esclavage : pourtant, celle-ci est rémunérée et consentante…
Votre question est très intéressante. En effet, des personnes disent que, pour que la GPA soit éthique, il faut que la femme ne soit pas rémunérée. En vérité, ce serait encore plus un esclavage si la femme n’était pas payée. La question repose sur la définition juridique de l’esclavage, définie par la Conférence Internationale Relative à l’Esclavage de 1926, qui est le premier texte international fondateur sur le sujet. Son article premier dit ceci : « L’esclavage est l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ». La gestation pour autrui, c’est la location d’une femme, la propriété de ses moyens de procréation, et une mise en danger physique et psychique. On s’approprie donc une personne, et son enfant ! Dans le cadre de la GPA, la mère porteuse devient propriétaire de son enfant qu’elle peut donner ou vendre. D’autres paient pour l’avoir. C’est de l’esclavage, différent de la traite négrière, moderne.
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La GPA est une immense violence vis-à-vis des femmes. La femme en question va être marquée sur tous les plans durant toute sa vie, il en est de même pour les enfants. Aujourd’hui encore, les descendants d’esclaves recherchent leurs ancêtres, et leur filiation. Les enfants nés de GPA à qui on attribue une mère adoptive voient leur filiation brisée, loin de leur terre d’origine. Comme dans la traite négrière, des femmes et des enfants sont transférés d’une terre à une autre.
Pour ce qui est du consentement, dans toute forme de traite humaine, des victimes se déclarent consentantes. Elles disent que c’est mieux pour elles, que, sans cela, elles mourraient de faim. L’ONU considère que, dans toute forme de traite humaine, des victimes se déclarent consentantes, mais restent des victimes. C’est une forme de servitude. Le consentement est une notion très délicate sur laquelle, aujourd’hui, on fait tout reposer. Or, ça ne fonctionne pas. Le respect d’autrui et de sa dignité, voilà ce qui ne peut pas être faussé par un consentement abusif. Les mères porteuses se disant heureuses de l’être sont souvent payées pour apparaître ainsi. Les GPA amicales sont soumises elles aussi à des pressions et des chantages. En France, il est interdit de vendre un rein, même en étant consentant ! La loi nous protège parfois de nous-mêmes. C’est nécessaire, d’autant plus qu’il s’agit de femmes extrêmement pauvres.
En France, il est interdit de vendre un rein, même en étant consentant !
Un autre aspect est qu’on trouve également des trafiquants, que beaucoup d’argent circule, qu’un trafic transfrontalier se met en place… Même dans les pays où la GPA est légale, il est très difficile d’obtenir des chiffres de la part de l’État ou des agences concernées. La raison est qu’ils savent bien que la GPA est a minima peu reluisante, sinon choquante et honteuse. Ce sont des trafiquants.
On semble voir un consensus sur la question de la GPA en France, au niveau politique du moins : tous s’y déclarent opposés.
Il y a un consensus politique apparent, bien que Fabien Roussel et Yannick Jadot aient évoqué le débat possible. Pourtant, Emmanuel Macron se dit favorable à une évolution du statut de filiation, en faveur d’une filiation fictive à l’État-civil. C’est une manière de reconnaître de fait la GPA. En reconnaissant les enfants nés de GPA à l’étranger, la prochaine étape sera de l’appliquer en France. Tout cela est de la stratégie : ces enfants peuvent vivre en France tout à fait normalement, comme dans leur pays d’origine où ils sont inscrits à l’État-civil. Ce que veulent les pro-GPA, c’est effacer la femme, la mère porteuse. Pour des raisons d’égo, les parents d’adoption veulent que l’État les reconnaisse comme la mère ou le père de l’enfant. L’enfant n’est actuellement pas en insécurité administrative, mais humaine.
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Les progressistes avancent pas à pas en masquant les choses. On voit très bien qu’Emmanuel Macron dit y être opposé, mais ne l’est pas. En 2017, il déclarait être opposé à la GPA car elle était une marchandisation humaine, affirmant qu’il y avait des pays dans lesquelles elle était pratiquée de façon non-républicaine. Dès lors, cela signifie qu’il y a des pays où elle est pratiquée de façon conforme à ces fameuses valeurs républicaines. En prenant la présidence de l’UE, Emmanuel Macron a mis à l’agenda un projet de reconnaissance mutuelle, c’est-à-dire de reconnaissance interétatique des enfants nés de PMA sans père ou de GPA. C’est une manière d’imposer aux États-membres le mariage gay, la PMA et la GPA. À la conférence de La Haye, la France depuis 2011, participe au groupe de travail « Paternité de substitution » où le principe est le même pour les 90 États-membres.
Un point positif est que, dans la loi bioéthique, un texte ambigu a plutôt mis un coup d’arrêt à cette reconnaissance. L’enjeu est de ne pas mentir, d’avancer pas-à-pas et de ne pas favoriser la marchandisation. Plus des personnes recourent à la GPA, plus les femmes seront exploitées et victimes de trafic. Les politiques en parlent très peu, mais savent très bien ce qu’elle implique. La GPA est un lieu d’hypocrisie, de subterfuges et de mensonges.





