« Range ta chambre, nom de Dieeeeeeu ! » Ah, le bondieu de gosse ! Qui n’a pas rêvé de pouvoir remonter le temps et d’avorter Nhôhaah, ce petit salaud qui n’a toujours pas rangé sa turne alors qu’on doit aller manger chez les Murtin ce soir! Miracle ! Les milieux droitards avaient cru déceler en Californie un projet de loi autorisant ce doux rêve de parent saoulé : « L’avortement post-natal ». Ou le droit de tuer son enfant une fois sorti du bide parce que finalement après un accouchement de 18 heures, on n’a pas envie de rentrer chez soi avec un truc qui chie, qui pisse et qui gueule sans arrêt. De plus, le projet de loi californien semblait s’inscrire dans un contexte autour de la « justice raciale » permettant aux femmes noires de disposer de leur corps comme bon leur semble. La planète conservatrice avait donc sauté sur le bordel et commencé à faire tourner les moulins de « l’infamie progressiste et avortueuse ».
Infox conservateur
Heureusement que L’Incorrect est un journal impitoyable avec le complotisme car, après vérification, cette information semble être une infox basée sur une mauvaise interprétation de l’anglais juridique et notamment du terme « perinatal ». Non, la Californie ne compte pas légaliser l’avortement post-natal ! Cette loi se contentant de décriminaliser les actions ou imprudences commises par des femmes avant la naissance (prises de drogues ou conduites dangereuses notamment) ayant entraîné la mort de leur bébé après la naissance. Nuance. D’ailleurs la légende urbaine rebondit régulièrement et toujours aux États-Unis. En 2021, elle avait quitté la Californie pour le Maryland qui allait autoriser la chose et dernièrement, elle était même arrivée au Colorado. Infox encore et toujours !
Cela n’empêche point que la question de « l’avortement postnatal » est parfois abordé dans certains milieux. En 2012, une polémique avait même éclaté après la publication dans le Journal of Medical Ethics d’une tribune dans laquelle deux chercheurs en bioéthique arguaient du droit à supprimer son nouveau-né, « droit éthique permis dans toutes les mêmes circonstances que l’est l’avortement » notamment quand le chiard « est un risque pour le bien-être de sa famille ». D’où l’intérêt pour les pères d’assister aux accouchements! Un petit coup de marteau bien placé et hop! En Bretagne nous avions autrefois « ar mell benniget », petit maillet ou simple pierre qui permettait de « faciliter le départ de l’âme » des vieux agonisants vers un monde meilleur. Sa réutilisation dans les maternités ne serait-elle point une magnifique réappropriation culturelle ?
« Aucun être n’a le droit de vivre, sans y être invité, comme un parasite à l’intérieur ou sur le corps d’une personne »
Murray Rothbard
Cependant, c’est dans les milieux libertariens, aussi dangereux pour la civilisation que les sales gauchistes, que l’idée de l’avortement post-natal a traditionnellement prospérée. L’une des théories autour de ce concept s’appelle « l’évictionnisme » et est fondée sur les travaux de l’économiste Murray Rothbard, un mec avec une belle gueule de connard. Dans son ouvrage Éthique de la liberté, il développe l’idée qu’« aucun être n’a le droit de vivre, sans y être invité, comme un parasite à l’intérieur ou sur le corps d’une personne ». Par conséquent, la femme a le droit « d’éjecter le bébé de son corps à tout moment ». Partant, l’acte « d’expulser un bébé » doit être découplé de l’acte de « tuer le bébé ». En clair, une mère a le droit de sortir son bébé d’elle, après celui-ci doit se démerder pour rester en vie. Darwinisme social! S’il meurt, bah ce n’est pas de la faute de la mère ! Malin ! Donc, une fois « expulsé » à la maternité, vous laissez le gosse sur le carrelage et vous foutez le camp en lui laissant 10 balles. À lui de se payer des Kinder Bueno au premier distributeur, ce n’est pas votre affaire ! Murray Rothbard a également défendu l’idée d’un « marché des enfants » comme celui d’un « marché des parents » pour ceux qui voulaient en changer. Bien! À noter que cet humaniste a longtemps été lu dans les milieux très « nouvelle gauche » de la côte est américaine.
39 semaines et demi le matin
En vérité, les grenouillasses gauchistes, féministes, « queers » et autres termes incompréhensibles ne la ramènent pas vraiment sur l’avortement post-natal. Même s’il y a ici et là des discussions autour du statut du nouveau-né : quelle différence entre un « truc » in-utero et ex-utero par exemple ? Le nouveau-né n’étant pas en mesure de développer des « projets », des « espoirs », des « rêves », il s’agit donc encore d’une « non-personne » dont la génitrice reste propriétaire. Comme une tumeur ou un rein. Et elle devrait en faire ce que bon lui semble. Poubelle ! En complément cependant, il existe toujours un débat sur les délais pour avorter. Certains pays (comme le Canada) autorisent des avortements jusqu’à la veille de la naissance. Le monde gauchiste est très impliqué sur le sujet pour que la chose soit généralisée partout. La mère serait seule juge et seule « propriétaire » de ce qu’elle a dans le buffet. Jusqu’au dernier moment. Et même un peu après? Surveillez bien les évolutions sociétales, d’ici peu nous devrions avoir des manifestes pour la bière à un euro, la grossesse à trois mois et surtout le droit à l’avortement jusqu’à 39 semaines et demi.





