En prévision des élections législatives, toute la gauche s’est désormais unie sous la bannière LFI – renommée pour l’occasion Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale). Quelques défections au sein du PS, quelques divergences de points de vue au sein du PC, mais dans l’ensemble, on parle de réussite. Et c’en est une. Une clarification également. Contrairement à ce que pensent certains, la gauche n’a pas vendu son âme à une extrême-gauche amatrice d’indigénisme, d’islamo-gauchisme, de théories du genre, de discours anti-flic, etc. ; le wokisme est l’horizon naturel de la gauche, de toute la gauche.
Si la superstructure du corpus politique de la gauche s’est adaptée au fil du temps, l’infrastructure progressiste n’a pas bougé deux cent cinquante ans après
Jacques Julliard, dans son Histoire des gauches françaises, rappelle qu’à la fin du XVIIIe siècle, l’idée de progrès « s’apprête à devenir le cœur de la nouvelle religion civique que prêchera la République et la poutre maîtresse de l’édifice philosophique de la gauche ». Si la superstructure du corpus politique de la gauche s’est adaptée au fil du temps, l’infrastructure progressiste n’a pas bougé deux cent cinquante ans après. Progrès technique, progrès économique, progrès comme moyen pour l’humanité d’aboutir à l’unification « par destruction progressive des inégalités entre les riches et les pauvres, les savants et les ignorants, les hommes et les femmes, etc. » Comment éviter que cette chasse éperdue aux inégalités ne conduise la gauche à déporter, au goulag des privilégiés, l’ouvrier blanc – origine France – au profit de l’immigré « racisé », le nouveau prolétaire ? Ou quand l’idéologie recoupe le gain électoral. Le catho, et plus largement le chrétien, est condamné à subir le même sort, au profit du « muslim », très tendance à gauche actuellement. Bientôt, les femmes aussi feront les frais de ce progressisme « moral » ; elles céderont leur place dans les cortèges des manifs aux catégories intersectionnelles : racisé + trans, si ce n’est déjà le cas.
L’idéologie du progrès serait-elle donc responsable de la lente mutation de la gauche républicaine en cet orifice excrémentiel de la bien-pensance qui souille toutes les valeurs de notre civilisation? L’idéologie du progrès est sans nul doute l’instrument principal de la ruine de notre civilisation, non pas parce que le progrès porte en lui le ferment de cette ruine, mais parce que les moyens et surtout les fins de l’idéologie progressiste sont ruineuses. Mais pour identifier le principal ferment de la ruine civilisationnelle provoquée par la gauche, il faut remonter un peu plus avant, au début du XVIIIe siècle, lorsque les beaux esprits questionnaient le concept de nature. Ce terme, « nature », était alors employé dans un sens exclusivement polémique : « C’est une machine de guerre contre la religion », explique Julliard. Les lois de la nature, articulées autour du concept de « raison », dans un but d’autonomisation de l’homme, ont ainsi été « mises en avant pour récuser la loi divine », et notamment un des versets les plus précieux de la civilisa- tion chrétienne (I Cor. 3, 11) : « Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ ». Ceci est vrai spirituellement pour le croyant, par la grâce de Dieu accordée à Paul au verset 10 ; mais c’est également vrai culturellement, car c’est sur ce fondement, Jésus-Christ, que repose toute notre civilisation.
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Hier comme aujourd’hui, la gauche n’est donc que cela: une entreprise de destruction de la civilisation chrétienne. Paul Valéry dédiait déjà ces vers à Verlaine en octobre 1889 : « Mais ô Jésus ! ta croix chancelle/ Sur les autels et dans les cœurs/ Et l’aube dernière étincelle/ Sur tes dogmes jadis vainqueurs!/ Ton vieil édifice s’écroule/ Et la science t’a chassé/ Des âmes vaines de la foule/ Ainsi qu’une erreur du passé ! » La gauche woke poursuit aujourd’hui l’entreprise de dépeçage civilisationnel jadis initié par la gauche républicaine puis socialiste. Elle ruine les fondements bioéthiques de notre civilisation, par la promotion idéologique de l’homme enceint, façon Calvin Klein, et offre le trône du Christ à Mahomet, par la promotion des communautarismes les plus violents. Une partie de la gauche, de Naulleau à Onfray et de Cazeneuve à Dray, a beau se rebeller contre cette convergence wokiste, leurs protestations sont anecdotiques, voire même archaïques. La Nupes déroule tout simplement le fil de l’Histoire des gauches, celui, anti-chrétien, de la déconstruction civilisationnelle.





