« N’ayez pas honte de dénoncer ! » les abus, a déclaré le pape François, le 14 juillet 2022, pour inviter à « vivre une fraternité libre ». Eh bien soit, dénonçons. La vérité, en effet, libère.
1 – Elle commande d’observer que la pédophilie ou l’agression sexuelle ne sont pas les seuls abus dans l’Église, et que le « cléricalisme » n’a pas protégé qu’elles, loin s’en faut. Il y a aussi l’héréséophilie : j’entends par ce mot le goût pervers de certains clercs pour la déviance doctrinale.
Dénonçons donc la tiédeur des clercs dans l’affirmation de la foi. Dénonçons le relativisme ecclésiastique, sa peur de l’affirmation, sa frilosité à enseigner la vérité, son culte de la subjectivité et du sentimentalisme, son filtrage doctrinal pour préférer ce qui caresse l’oreille à ce qui la fait se dresser. Dénonçons les innombrables blessures qui ont été infligées à la foi catholique pendant plus de 50 ans par ceux qui devaient la promouvoir. Dénonçons les héréséophiles, négateurs de la virginité de Marie, de la Présence réelle, de la Résurrection du Christ, de l’enfer.
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Dénonçons la bienveillance et la protection dont ont été l’objet ces héréséophiles toutes ces années durant, jusque dans des chaires d’universités catholiques, de la part d’une partie conséquente de la hiérarchie ecclésiastique. Dénonçons les faiseurs de multiples scandales paroissiaux, qui ont été cause du désespoir, de la défection et de la mort du Catholique inconnu, les ruineurs de vocations, les destructeurs de séminaires, les persécuteurs de dévotions, les censeurs religieux de leurs confrères refusant leurs diktats, les fossoyeurs du catéchisme, les cultivateurs de vulgarité liturgique, les éradicateurs de piété populaire, les pervertisseurs de goût, les ennemis du miracle, les étouffeurs de sacré. Dénonçons les démissionnaires qui ont adopté l’esprit libéral du monde, sous prétexte d’en être plus proches, plutôt que de prêcher celui du Christ.
Dénonçons les déserteurs qui ont abandonné la société politique aux idéologies avec lesquelles, à l’occasion, ils ont copiné, au lieu de prêcher le règne social du Christ sur le monde ou qui prêchent un règne « universel » du Christ qui n’intègre pas le « particulier » du politique, espace naturel du développement intégral des hommes. Dénonçons une hiérarchie qui a sacrifié l’école catholique pour la livrer, comme l’observait Mgr Cattenoz, à l’enseignement d’une sorte d’humanisme bien-pensant, plus proche de la philosophie des Lumières que de l’Évangile. Dénonçons l’injustice constante d’une hiérarchie qui s’est montrée dans l’ensemble si odieusement indulgente à l’égard de ces héréséophiles et des promoteurs de désordre, notamment liturgique, et sans pitié pour les traditionalistes, jusqu’à la persécution, l’ostracisme, le mensonge. Pire : l’oubli.
2 – « Oh, mais tout cela, c’est du passé ! », me dira-t-on. « L’eau a coulé ».
Est-ce tout à fait sûr ? Il est vrai que l’eau a coulé, et que des fruits plus purs ont éclos depuis lors. Néanmoins, en quoi serait-il plus pertinent de débusquer des clercs qui ont tripoté des enfants il y a 72 ans que de débusquer des clercs – les mêmes peut-être d’ailleurs, à l’occasion – qui ont ruiné la foi de leurs frères et entraîné l’Église dans une aventure si funeste que le pape lui-même a pu établir une comparaison alarmante entre le devenir de l’Église d’Allemagne et celui d’une nouvelle secte protestante ? Il n’y a aucune raison de faire aujourd’hui le procès des pédophiles et d’épargner les héréséophiles, même s’il ne s’agit évidemment pas de les traîner devant quelque justice que ce soit.
Cet « Esprit » insuffla l’une des plus vastes entreprises de subversion que l’Église ait jamais eu à souffrir et poussa de nombreux faux pasteurs, emportés « à tous vents de doctrine », à égarer avec eux leurs troupeaux sous prétexte de « renouveau »
La hiérarchie de l’Église est pourtant aujourd’hui frappée d’un étrange aveuglement : elle voit les péchés de chair, atroces en vérité, jusqu’à en ressentir un immense et sain besoin de réforme de soi-même ; mais elle ne semble pas être consciente le moins du monde du mal proprement inouï qui a été fait aux esprits et à l’Église, au Christ donc, par une multitude de clercs, protégés, choyés, excusés à tout le moins, parce qu’ils étaient inspirés par cet « Esprit du Concile » qui était alors le « religieusement correct » imposé par les lobbies dominants. Le pape Benoît XVI, qui l’a dénoncé, a pourtant montré que ces deux horreurs, de chair et d’esprit, n’étaient pas sans rapport.
Son prédécesseur Paul VI avait perçu les effluves de cet « Esprit » dans ces « fumées de Satan » qui l’avaient si justement effrayé. Cet « Esprit », qui n’était assurément pas celui de Dieu, insuffla l’une des plus vastes entreprises de subversion que l’Église ait jamais eu à souffrir et poussa de nombreux faux pasteurs, emportés « à tous vents de doctrine », à égarer avec eux leurs troupeaux sous prétexte de « renouveau ».
3 – Pourquoi revenir sur tout cela ? Tout d’abord parce que l’honneur chrétien se doit de rappeler que la violence faite à l’esprit est infiniment plus grave que la violence faite à la chair, en ce qu’elle atteint en l’homme un sanctuaire plus sacré. Ensuite, parce que, secoués par les scandales de pédophilie et les désordres « structurels » qu’ils ont révélés, les responsables ecclésiastiques recherchent des voies de réforme dans la modification de ces structures, dans la communication, dans une sorte de management de l’entreprise Église, dans une redistribution de rôles, voire dans une parité sexuelle, au lieu que le fond de la crise de l’Église est et demeure une question d’identité et de foi.
« – Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mat. 16-15).
Cette question du Christ à ses Apôtres est au cœur du problème, au cœur de la crise de l’Église, au cœur de ce qu’elle sait d’elle, de ce qu’elle dit et annonce d’elle comme unique Arche de salut. Si l’on y réfléchit bien, tous les désordres, tous les scandales, sur le dogme, la morale, l’Eucharistie, le sacerdoce, se trouvent convoqués devant cette question.
Elle est ici posée par la Vérité incarnée qui se présente elle-même comme unique porte, comme unique chemin. Elle n’attend pas une réponse tirée de nos imaginations, de nos fantasmes, de nos désirs, de nos calculs babyloniens ou de nos projets managériaux. Elle invite même à discerner, comme une sorte de test, entre les discours plus ou moins idiots éventuellement tenus à autrui, et la seule réponse qui convienne : dire du Christ ce qu’il est, et uniquement ce qu’il est, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Or pour le dire ainsi, il faut avoir la foi, et l’objet de cette foi nous est présenté par l’Église.
La question se reporte dès lors sur les pasteurs : « Et vous, qui dites-vous à vos fidèles que je suis pour qu’ils parviennent “à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu” (Eph. 4,13) ? Que leur transmettez-vous, ou que leur avez-vous transmis du dépôt que je vous ai confié ? Y avez-vous ajouté, retranché ? Y avez-vous mêlé, par votre orgueil, votre “lenteur à comprendre”, votre “tromperie”, votre “ruse”, vos appétits de puissance, un “Esprit”, novateur ou diviseur, qui n’est pas le mien et qui est même celui de l’ennemi de tout bien ? »
Il serait injuste que la hiérarchie ecclésiastique continue de faire l’impasse sur ses responsabilités dans les désordres doctrinaux qui rendent cette réforme si nécessaire
C’est ce qui est advenu, durablement et violemment, atteignant spécialement le Christ en son mystère eucharistique, cible privilégiée de la folie progressiste. Tel est le cœur de la crise de l’Église, au regard duquel les problèmes d’autoritarisme, de pédophilie, de cléricalisme, d’organisation ou de structure, sans cesser d’être graves, demeurent périphériques.
Il serait injuste d’omettre de dire que la hiérarchie en appelle aussi à une écoute attentive de l’Esprit-Saint, qui est en effet l’âme de l’Église, pour qu’il guide chacun dans une voie de conversion et de réforme de l’Église. Il le serait aussi, cependant, que la hiérarchie ecclésiastique continue de faire l’impasse sur ses responsabilités dans les désordres doctrinaux qui rendent cette réforme si nécessaire, qu’elle continue d’omettre de dire la vérité sur ces années noires. Il serait plus injuste encore qu’observant ce silence, elle continue de faire des traditionalistes le bouc émissaire de ses désordres passés ou présents, alors que ces catholiques, quelque défaut qu’on leur attribue, n’ont jamais rien désiré d’autre que de servir l’Église et de se nourrir du Christ qu’elle leur a donné.





