Notre époque est, en son essence, celle de la catastrophe, c’est-à-dire du nihilisme. Penser à sa mesure oblige, selon Vioulac, à radicaliser la phénoménologie de Husserl, à démanteler à sa suite les structures métaphysiques pour révéler leur arbitraire flottement au-dessus du néant. La philosophie, devenue archéologie, doit refuser l’Archè, se faire anarchique, et renouer avec sa négativité initiale. Cet anarchisme est une position ontologique fondamentale ; il s’agit, comme y invitait Nietzsche, de « lorgner de l’œil le plus méchant de tous les abîmes du soupçon ». Le regard de Vioulac est méchant certes, mais désespéré plus encore.
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Une seule issue : la Révolution, qui ne doit plus se penser comme un fait politique – telle l’odieuse Révolution française et sa bâtarde soviétique, mais comme un évènement ontologique radical, à l’image des révolutions néolithiques et industrielles, dont le sens serait, à l’inverse, de conjurer la catastrophe. Vioulac se réclame toujours plus de Marx, mais son marxisme désabusé, anti-progressiste, l’amène à revendiquer, avec Benjamin, une « mélancolie de gauche » « qui serait fidélité à la promesse », et à se ranger du côté des vaincus de l’Histoire. Sa pensée se veut hérétique, en hommage au Patocka des Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire. Elle est aussi tragique. En cela ses plus réactionnaires lecteurs pourraient en faire leur miel, moyennant les périlleux exercices de lucidité que cet implacable ouvrage leur imposera.

PUF, 362 p., 22 €





