Juillet 2021. Une note en deux volets de la Fondation pour l’innovation politique, dirigée par Dominique Reynié, fait sensation : il n’existait aucune étude généraliste en France pour disséquer le phénomène woke qui fait tant de ravages dans le monde anglo-saxon. Avec L’idéologie woke. Anatomie du wokisme, le brillant Pierre Valentin comblait un manque grave en analysant le wokisme à un niveau méta, décryptant les ressorts communs mais cachés (y compris psychologiques) de la théorie du genre et du racialisme, des disability ou des fat studies. Sa conclusion : traque contre toute trace de normes sociales, le wokisme n’est qu’une pulsion négative de destruction de l’ordre existant.
Tout s’enchaîne alors très vite : le jeune homme de 24 ans multiplie les entretiens dans la presse qui n’est pas déjà wokisée, c’est-à-dire sur un arc s’étendant de L’Incorrect à Marianne. Sur les plateaux télévisés ou radiophoniques, il ferraille avec ces intellectuels français woke qu’il vient de démasquer, soulignant à chaque fois – non sans un certain amusement – la triple impossibilité dont ils se revendiquent : le wokisme n’existe pas ; le wokisme est très positif ; le wokisme a toujours existé.
Lire aussi : Pierre Valentin : le wokisme est une haine du monde
Ce qui l’intéresse particulièrement, c’est le lien de parenté entre le wokisme et le postmodernisme, comment le subjectivisme victimaire était en germe dans la critique systématique du savoir et du pouvoir, comment derrière Robin DiAngelo ou Ibrahim X. Kendi se cachent l’école de Francfort et la French theory. Il faut dire que le jeune homme, étudiant en Sciences politique à l’université d’Assas et diplômé en philosophie politique de l’université d’Exeter, est un fin connaisseur de la pensée politique moderne et contemporaine. Son entreprise fut en tout cas une magistrale réussite : en moins d’une année, le mot a fait une entrée triomphale le vocabulaire politique.
Vint alors la consécration: en février, il intervient à la Sorbonne aux côtés de Jean-Michel Blanquer et de la fine fleur de l’université française, inquiète des ravages qu’y fait la cancel culture. Valentin planche depuis sur un essai en la matière, supervisé par Marcel Gauchet. Le versant positif de sa pensée est nourri d’Hannah Arendt et de Chantal Delsol, d’Alasdair MacIntyre et de Jordan Peterson, bref d’idées contemporaines libérales et conservatrices, quoiqu’il s’interroge dans son mémoire de fin d’étude sur leur compatibilité. Nous avons quelques idées arrêtées à lui souffler en la matière.





