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[Idées] Peut-on encore être conservateur ?

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Publié le

1 mars 2023

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Dans un ouvrage fort intéressant, Armand Rouvier dresse la généalogie d’un conservatisme proprement français, qu’il fait remonter au scepticisme de Montaigne. Une thèse qui porte toutefois les apories du conservatisme : à ne dégager aucune place pour la volonté et en refusant de penser les absolus, on se condamne à être à le remorque du temps.
Buchet-Chastel

Armand Rouvier signe un ouvrage intéressant sur l’histoire du conservatisme en France, souhaitant par-là retrouver une école de pensée trop longtemps assimilée au seul monde anglo-saxon. Son grand mérite : au moment d’en tracer les origines, il dépasse la rupture apparente mais facile de la Révolution pour remonter jusqu’aux guerres de Religions. Le conservatisme est alors l’une des solutions élaborées pour répondre à l’éclatement du consensus sur la vérité, qui prend la forme du scepticisme avec Montaigne. Sans accord collectif en absolu, il fallait descendre d’un niveau et s’en remettre aux coutumes historiques pour appuyer l’ordre politique. S’ensuit une histoire bien ficelée du courant jusqu’à sa situation contemporaine.

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On passe quelques facilités sur le réactionnaire, présenté en révolutionnaire contraire plutôt qu’en contraire du révolutionnaire, car contrairement à ce qui est avancé, le réactionnaire ne verse pas dans les constructions abstraites (Bonald est systématique à partir d’une sociologie, Maurras de l’empirisme organisateur, bref les deux se pensent « confesseur du nécessaire » selon l’heureuse formule de Gómez Dávila), ni ne rêve de quelque pureté que ce soit (il est trop chrétien pour être si niais, et accorde une place même à ses adversaires).

La marche du temps libéral lui fera tôt ou tard défendre ce à quoi il prétend aujourd’hui s’opposer – sauf à se faire réactionnaire

Surtout, l’auteur ne réussit pas à préciser un espace pour la volonté dans la cité : faut-il conserver ce qu’on a reçu ou ce qu’il y a de bon, mais alors sur quels critères juger, et que peut-on changer, au nom de quoi et dans quelle mesure ? Car une fois posée l’impossibilité de la perfection, ne faut-il pas agir pour un mieux ? Ainsi, le conservatisme ne réussit pas à dépasser le stade du tempérament, fondé sur une épistémologie. L’auteur cite à raison MacIntyre pour appuyer son conservatisme : « L’État libéral ne survit que grâce à la persistance de traditions non libérales, qu’il mine pourtant progressivement ». On serait tenté de lui rétorquer qu’il est dans le même bataillon quoiqu’avec quelques rangs de retrait, car la marche du temps libéral lui fera tôt ou tard défendre ce à quoi il prétend aujourd’hui s’opposer – sauf à se faire réactionnaire.


PEUT-ON ENCORE ÊTRE CONSERVATEUR ?, ARMAND ROUVIER
Buchet-Chastel, 224 p., 21 €

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