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[Idées] Science du divin 

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Publié le

16 février 2023

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Le grand Olivier Boulnois, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, livre une somme de ses travaux sur la théologie comme science, de l’antiquité jusqu’au début des temps modernes, notamment dans ses rapports avec la philosophie, les mathématiques ou la rhétorique.
Thomas

Le moins que l’on puisse dire est que la définition de ce que l’on nomme théologie aura varié, selon que l’époque soit païenne, ou juive, ou chrétienne, ou musulmane, ou moderne. Pour Aristote, elle est la science non du divin en tant que tel, mais de l’essence « séparée et immobile », c’est-à-dire aussi des astres, et finalement se confond avec ce que nous appelons désormais la métaphysique. Il faudra un long temps, à travers la pensée stoïcienne, mais aussi paulinienne et surtout augustinienne pour que le discours sur les choses divines non seulement acquière le nom de théologie mais surtout trouve son objet réel. N’écartant aucune époque, ni aucun lieu, Boulnois guide son lecteur avec une érudition fine, pédagogue malgré l’âpreté du sujet, prenant soin d’expliciter chaque emploi et chaque objet du terme.

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Ainsi, un long dégagement sur les rapports entre religion, loi, foi, science et théologie dans le monde islamique permet d’éclairer la spécificité de la pensée chrétienne. Boulnois montre les contradictions des théories dans l’abord de la théologie chez les musulmans. Ou bien elle prend toute la place et soumet la science et la philosophie à sa férule. Ou alors elle se fait servante malgré elle de la pensée des Anciens : « Pascal écrivait : “Platon pour disposer au christianisme” ; al-Farabi soutient au contraire : l’islam pour conduire au platonisme ». On apprend qu’en revanche Avicenne considère la foi chrétienne comme plus proche de la vérité philosophique puisqu’elle n’a pas besoin de recourir à des images comme le fait la religion musulmane pour stimuler le croyant. Parcourant ensuite le Moyen Âge chrétien – à travers la très haute figure de saint Thomas qui seul peut-être, même condamné par Étienne Tempier, réussit à distinguer théologie et philosophie sans diminuer aucune des deux – Boulnois conclut, peut-être rapidement, qu’elle aurait chu de son statut de science après Galilée, tout en reconnaissant que « seule la tradition chrétienne a transformé cette intelligence de la foi en théologie scientifique ». Une référence pour les temps à venir.


Le désir de vérité (vie et destin de la théologie comme science d’Aristote à Galilée) d’Olivier Boulnois
PUF, 458 p., 32 €

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