BEAU MAIS SOPORIFIQUE HALO
GRAND BLANC, Parages, 13 €
Après deux albums qui proposaient un cocktail haut de gamme d’électro-rock français profitant des charmes alternés de la voix féminine et candidement désinvolte de Camille Delvecchio et de celle, masculine et écorchée, de Benoît David, les Messins de Grand Blanc s’offrent une vraie rupture esthétique avec Halo. Plus d’électricité, de palpitations, plus de rage, le groupe s’est mué en projet contemplatif, acoustique, abstrait, comme si ne demeurait en effet, de la flamme rock qu’ils avaient jusque-là si bien avivée, qu’un halo s’élargissant dans la nuit. De là ces treize comptines mélancoliques où l’on reconnaît le talent de parolier de David et le raffinement épuré des compositions ; mais à part peut-être avec La Pilule bleue et sa grâce magnétique, on perd quand même beaucoup de relief dans ce renversement de perspective. Éthéré parfois jusqu’à l’inconsistance, Halo, il faut bien l’admettre, finit par nous emmerder. On espère un réveil au prochain opus. Romaric Sangars

ESPIÈGLE ET INSPIRÉ SHAMA
ISHKERO, Kyudo Records, 13,99 €
Shama est l’aboutissement de dix ans d’émulation effervescente au sein de six amitiés musicales indéfectibles. Les acteurs d’Ishkero ont moins de la trentaine et l’on peut pourtant parler de maturité avérée concernant leurs créations et l’assurance qui s’en dégage ! Des héritages manifestes et bien digérés (Yes, Uzeb, Weather Report), des ouvertures inscrites dans la mouvance d’une scène jazz qui se nourrit de tout courant musical qu’elle rencontre sur son passage et surtout une sacrée touche personnelle dans la façon d’accommoder l’ensemble. Montreuil peut s’enorgueillir de ses poulains ! L’album, espiègle et inspiré, donne carrément envie de découvrir où cela mènera sur scène ! La musique est servie par les personnalités de ses protagonistes qui raflent le tremplin national de Jazz à Vienne et la sélection 2023 de Jazz Migrations. Et même si ça ne plaisante pas techniquement, ce n’est pas cette habileté que l’on retiendra de prime abord, mais plutôt le voyage. Alexandra Do Nascimento

LIRE AUSSI : Les critiques musicales de mars
UN TRIO QUI SENT LA POUDRE THAT’S LIFE
FIDLAR, Diggers Factory, 27€ (Vinyle)
Fuck it dog, life’s a risk. Voilà ce que veut dire FIDLAR. Tout un programme. Avec leur éternel style fait de mélodies acidulées qui seraient démolies à coups de skateboard par des drogués bipolaires, le trio de Los Angeles est de retour avec cinq titres qui sentent la poudre. En tête, la chanson « Centipede », véritable hymne d’un second degré nihiliste qui allie la décontraction de Venice Beach à l’angoisse des millenials pour qui le ciel sera toujours trop vide et les bouteilles d’alcool trop pleines. Peu importe ce qu’il y a dans le fond de leur pensée (ou de leur bêtise), elle révèle même malgré eux le désarroi et le désespoir d’une génération entière. Aussi bien en hurlant qu’en ironisant sur tout, même leur autodestruction, c’est l’appel misérable et éperdu d’âmes distordues. Nous avions hier Kurt Cobain comme prophète génial d’un rock’ n’roll saturé ; nous avons au- jourd’hui ces enfants agités qui, au plus fort de leur musique, nous intéressent sur leurs vies. Emmanuel Domont

LIRE AUSSI : Les critiques musicales de février
HYPERDAUBE 10000 GECS
100 GECS, Atlantic, 15,99€
Mais qu’est-ce c’est que ce cirque ? On me dit ici et là que l’on appelle ce genre de musique de l’hyperpop. Mes aïeux, quelle tannée !… C’est à la musique ce que serait à la nourriture une pizza aux ananas recouverte d’huîtres frelatées. De l’auto-tune infâme avec des rythmes qui rappellent le pire de Crystal Castle (ce groupe inaudible de mon adolescence), des riffs qui feraient passer Van Halen ou Mötley Crüe pour des esthètes et des paroles du niveau de celles de Marcel et son orchestre version hipsters. On n’a jamais vu ça. C’est d’ailleurs tellement mauvais qu’on penserait peut- être à une blague (me serais-je fait avoir ?). Si c’est le cas, en tout cas, la blague fonctionne plutôt bien puisque chaque titre de cet album exécrable a été écouté plusieurs millions de fois. Attendez-vous donc à ce que vos neveux, enfants et petits-enfants vous emmerdent prochainement avec cette DR mauvaise blague. Emmanuel Domont






