À l’Institute of Economic Affairs (IEA), Marc Glendening est le directeur des affaires culturelles. Ce think tank libéral anglais, inspirateur de l’éphémère Première ministre Liz Truss, a vocation à guerroyer contre l’État nounou et la pression fiscale. Mais ces temps-ci, un autre fléau menace l’activité économique : le wokisme. « Ce nouvel étatisme n’aspire qu’à régenter les relations humaines, contrôler le langage, les idées. Le directeur de l’IEA souhaitant explorer le sujet, m’a opportunément embauché il y a deux ans », dit Glendening. Le secteur privé est prié de servir l’idéal égalitaro-diversito-inclusif. La Worker Protection Bill, loi actuellement en discussion au Parlement, va plus loin, qui veut que l’employeur soit tenu responsable de tout propos offensant émis dans ses murs. Une boutade d’un client ou d’un collègue? L’employé vexé sera dédommagé par son patron…
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En juillet, Glendening publiait un rapport sur l’idéologie transgenre, d’autant plus despotique qu’elle défie la raison : « Le wokisme dissimule ses visées dictatoriales derrière un écran de fumée conceptuel. » Sa chaîne YouTube Parallax Views a pour fil rouge la liberté d’expression : « Je reçois des invités de tous bords. Il faut faire front pour endiguer l’érosion des principes démocratiques. » À 64 ans, cet intellectuel nonchalant a décidé d’en finir avec la gauche autoritaire et lui a donné un nom : the Culture Control Left. Marc Glendening n’a jamais goûté l’esprit de censure de ses contemporains. Étudiant et cinéphile, il rejoint le ciné-club de son université de Warwick et se heurte à la vigilance féministe. « Un soir nous projetions La Vallée des Plaisirs, film démentiel et hilarant de Russ Meyer, typique de la contre-culture des années 60. Des centaines d’étudiants étaient au rendez-vous. L’association féministe, considérant que c’était un film sexiste (ce que c’était, indéniablement) a fait annuler la soirée ! »
Glendening intègre la Fédération des Étudiants Conservateurs dont il prend la direction nationale en 1984. Après quoi il s’impliquera dans le Mouvement pour la Démocratie, groupe de pression eurosceptique transpartisan qui milite pour soumettre à référendum les traités européens. Quinze ans plus tard, ils obtiendront « the big one », THE referendum, et son résultat, le Brexit. Un grand-père italien, une mère française, un patronyme écossais… Glendening a l’Europe dans le sang mais redoute la propension bureaucratique de l’UE, aux antipodes de son tempérament.
Après quoi il s’impliquera dans le Mouvement pour la Démocratie, groupe de pression eurosceptique transpartisan qui milite pour soumettre à référendum les traités européens.
Lui, c’est un flâneur. Il aime le quartier de Soho et ses pubs historiques, French House, Coach and Horses, Wheatsheaf. « La French House est le joyau du quartier. Toutes les célébrités associées à Soho sont passées par là, Francis Bacon, Lucian Freud mais aussi le Général de Gaulle et les Français libres. Le Coach and Horses était le QG de Jeffrey Bernard, chroniqueur dont la tribune hebdomadaire tenait parfois en une phrase “Jeffrey Bernard is unwell” (Jeffrey Bernard n’est pas en état), les lendemains de cuites. Le Wheat-sheaf est lié à Julian MacLaren Ross, auteur et dandy, figure du quartier dans les sixties. Soho, c’est le safe space des marginaux ! Et ce, depuis le XVIIIe siècle, quand une femme y a ouvert le premier night-club : Teresa Cornely, cantatrice vénitienne, maîtresse de Casanova dont elle eut une fille, y animait les soirées londoniennes les plus courues. »
Après un plat du jour à la French House, Glendening nous montre la pâtisserie Madame Bertaux (Greek Street) fondée en 1871 par une communarde et aussi Poppies Fish & Chips (Old Compton Street) où est né le rock’n’roll, et puis l’Église protestante française de Londres (Soho Square) fondée en 1550, et l’Admiral Duncan, le bar gay historique (qui, depuis, a fait des petits…). Côté paternel, Glendening descend d’une dynastie de peintres. Alfred Augustus Glendening (1840-1921) paysagiste réputé, était un autodidacte, fils d’une domestique. Son fils peint des scènes pastorales plus quelconques ; il meurt jeune et sa veuve abandonne l’un de ses trois enfants dans une ferme pour orphelins au Canada. C’est le grand-père de Marc Glendening. « Il réussira à s’évader et rentrer à Londres. Il était moitié fou. Mon père, pressé de le quitter, a travaillé comme coursier dès 14 ans, s’est engagé au Parti communiste puis s’est mis à peindre à son tour et a pu intégrer St Martin’s School of Art. Dans les années 50, il est embauché par des agences de publicité pour créer des visuels. À l’époque, l’industrie britannique voulait concurrencer le marketing américain.»
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Le père de Marc méprise ce milieu, continue de peindre avec talent et boit son salaire de pubard au Colony Room, club privé fréquenté par le tout Londres. « La patronne était une lesbienne redoutable qui fermait sa porte aux gens ennuyeux auxquels elle préférait une société d’artistes et de gangsters notoires. Elle avait des insultes pour chacun, appelait Francis Bacon “ma vieille morue”. » Pas exactement l’ambiance d’une crèche… pourtant c’est au Colony Room que Marc Glendening, enfant, passe ses week- ends lorsque son père en a la garde. On l’assoit dans un coin avec une feuille et des crayons de couleur. « Mon père est parti à ma naissance. Il était obligé de me garder de temps en temps. Il n’avait pas la fibre paternelle. Avec le temps, il est devenu comme un grand frère. » Un grand frère qui lui aura transmis le goût de la peinture et des milieux interlopes.





