Mettre en scène, en alexandrins, le dialogue d’une femme désirant avorter et son enfant à naître, ressusciter la tragédie classique – on retrouve même le chœur – tout en éveillant les consciences, ça ne manque pas d’intention, et c’est ce qui fait l’intérêt des Deux colères fracassées dans l’ignorance de Guillaume Bernard, historien du droit et politologue, enseignant à l’Institut catholique de Vendée (ICES). Dès les premières lignes apparaissent les raisons de la colère : l’une ne veut pas gâcher sa vie, l’autre voudrait ne pas la perdre. Les deux angoisses sont palpables, surtout celle du second.
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C’est à la fois un drame en cinq actes et un discours en cinq parties – avec des titres tels « reconnaître un être singulier » et des dialogues qui oscillent entre les états d’âme et les arguments théoriques. Des traits de cynisme mi-figue mi-raisin viennent opportunément alléger la gravité de l’enjeu. Ce mélange des genres ne convainc pas toujours : il arrive qu’un vocabulaire technique s’invite dans les vers et cet enfant paraît bien mûr pour son non-âge. Mais l’ensemble est exécuté avec talent et avec cœur. Un cœur qui bat, et c’est tout le problème.

DEUX COLÈRES FRACASSÉES DANS L’IGNORANCE,
GUILLAUME BERNARD, Éd. de l’Homme nouveau, 155 p., 13,50 €





