Skip to content

Poète, voici tes papiers !

Par

Publié le

17 juillet 2018

Partage

Alexandre Zinoview

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1531827002817{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Ont-ils fait la France ? Du dedans de leurs tranchées, quatre ans durant, les hommes de la Légion étrangère ont empêché qu’elle se défasse, comme en 1870. Engagés volontaires, le poète Cendrars et le peintre Zinoview se sont fait honneur et ont honoré la France.

 

Il fut un temps où la nationalité française ne s’attrapait pas en haut d’un balcon. C’était le temps où l’Europe était en éruption juvénile, où l’imagination partout explosait, où des confins de la Russie et de l’Europe de l’Est, on accourait à Paris. C’était le temps où le corps de l’Europe convulsait dans un accès acnéique, où la pire guerre qui fût éclatait. Le vieux continent se crevait les comédons, il ne se doutait pas encore qu’il allait tomber en vieillesse, que bientôt chanteraient les hommes de la Légion, « Adieu vieille Europe ». C’était il y a un siècle et les morts s’en souviennent. Ce n’était pas la drôle de guerre, c’était la guerre totale, absurde, sale. Octobre 1916, Paris. « Il n’y a que les petits enfants qui jouent à la guerre », écrit le poète Cendrars. Quelques mois plus tôt, un obus lui a arraché le bras droit, la main droite, « la main à plume ». La guerre au Luxembourg est probablement le premier poème qu’il ait écrit de la main gauche, le premier poème écrit après sa blessure terrible. Il n’est pas gai, pas plus que ce texte bref qu’il publiera à la fin de la guerre, J’ai tué et qui finit ainsi: « J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. » Cette même année, le poète suisse sera naturalisé français.

 

Lire aussi : Les travailleurs de l’amer

 

Ils ont tué le Boche

Alexandre Zinoview, lui, était peintre russe espion du tsar, envoyé à Paris par l’Okhrana pour surveiller les révolutionnaires russes, dont Cendrars raconte qu’il leur fut refusé de constituer une légion autonome car « l’attaché militaire tsariste à Paris […] se méfiait, la plupart des Russes engagés chez nous était socialistes-révolutionnaires. » Zinoview fut un des premiers à répondre à « l’appel aux amis de la France » lancé par quelques-uns, dont Blaise Cendrars. « Des étrangers, amis de la France, qui pendant leur séjour en France, ont appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leur bras. » Il ne croyait pas si bien dire. Zinoview aussi s’engage dans la Légion étrangère. Ils ne serviront pas dans le même régiment mais il est très probable qu’ils se soient rencontrés, Cendrars étant blessé en 1915 à la ferme de Navarin où le peintre étant alors ambulancier.

Comme eux, ce sont près de 40 000 hommes qui postuleront pour entrer à la Légion étrangère, dont 25 000 seront incorporés. Hommes de toutes nationalités, Européens, Nord-Africains, ils paieront l’un des plus lourds tributs. Sans oublier les Alsaciens-Lorrains, engagés par milliers. Kupka, Zadkine, Hartung, Kisling…, eux aussi engagés. Dans La main coupée, Cendrars évoque Kupka, « fier soldat, calme et placide ». Mais le peintre fier restera tchèque. Zinoview, lui, deviendra à la fin de la guerre une sorte de peintre officiel de la Légion qu’il accompagnera lors de sa grande tournée d’Amérique où l’on avait envoyé les braves soldats quérir des fonds, où ils apprirent que la guerre venait de prendre fin. Il sera naturalisé français en 1938.

 

Lire aussi : Littérature : une sélection pour l’été

 

Adieu soleil, cou coupé

En 1916, Cendrars est naturalisé français, Apollinaire est naturalisé français. La prose du transsibérien et Zone sont les deux poèmes-manifestes du XXe siècle. L’auteur de La main coupée survivra à celui du cou coupé, mort en 18, et c’est le premier qui rendra hommage au second : « Apollinaire n’est pas mort / […] Apollinaire est un mage / […] VIVE LA FRANCE ! ». Zinoview aussi, dans ses tranchées, voyait des mages. Ils sont encore sur ses toiles. Eux non plus ne sont pas morts. Poètes, peintres, la France vous a faits, à votre tour vous avez fait la France. C’est une histoire de sang, c’est une histoire de mots, avant que d’être une histoire de papiers.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest