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Zemmour. Prénom : Eric. | L’interview fleuve 1/2

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Publié le

2 octobre 2018

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Éric Zemmour fait l’objet d’une chasse à l’homme dont la violence et l’abjection dépassent l’entendement. Le prétexte de la polémique relevant de la comédie, il est inutile d’y revenir. En revanche, la haine que les quelques mots de l’écrivain et journaliste ont libérée est révélatrice du climat de proto-guerre civile qui règne dans ce pays. On voit, coalisés, les dominants de la pensée unique et les immigrés mal assimilés attaquer comme un seul homme. L’auteur de Destin Français est, heureusement, bien au-delà de ces questions. Quand nous l’avons rencontré et interrogé, avant que cela commence, le débat volait haut : la France, Bonaparte, Clovis, Saint Louis, la royauté davidique, l’Europe… Les pages que vous allez lire en sont le fruit. Éric Zemmour vaut mieux qu’une chasse à l’homme. Écoutons-le.

 

Quand vous parlez du projet de votre ouvrage, vous dites qu’il y a des historiens qui veulent en finir avec la France et faire mourir par l’histoire la nation qui a grandi par l’histoire. Vous citez notamment l’Histoire mondiale de la France de Patrice Boucheron, qui fait la part belle au multiculturalisme. Vous, est-ce par l’histoire que vous voulez ressusciter la France ?

C’est exactement cela. Parce que la France n’est pas née par la langue, la race ou la géographie, mais par l’histoire, le pouvoir politique et la religion chrétienne. C’est leur conjonction qui a forgé, un peu par hasard, la France. Cela a eu deux conséquences : la première, c’est que chaque roi ou président, chaque régime ou période, a son histoire, son récit des origines et du passé ; la deuxième, c’est qu’il y a tout le temps eu des guerres d’historiens : sous l’Ancien Régime, il y a eu les germanistes contre les romanistes ; après la Révolution, il y a eu les historiens révolutionnaires et les contre-révolutionnaires. Au sein des historiens de la Révolution, il y a les Girondins contre les Montagnards. Au XXe siècle, les historiens communistes ont eu leur propre récit, tout comme les anticommunistes.

 

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Et aujourd’hui, le point nodal de l’histoire, c’est l’immigration. Toute l’historiographie qui a pris le pouvoir dans l’université nous explique qu’en fait la France n’a jamais été chrétienne, ni un pays d’hommes blancs, qu’elle est née à la grotte Chauvet ou à Massilia, pour bien montrer qu’elle était métissée dès les origines, et qu’il ne faut surtout pas nous apprendre les hauts faits de nos rois et de nos empereurs, mais les discriminations subies par telle ou telle minorité. Je pense que c’est un projet délibéré, construit et mis au point de longue date : détruire par l’histoire ce qui a été construit par l’histoire.

 

À propos de la grotte Chauvet, votre lecture est particulièrement partielle voire partiale. Vous vous appuyez sur l’Histoire mondiale de la France mais on peut au contraire – c’est la thèse de Dominique Venner – montrer la continuité du peuplement de l’Europe en partant de cette même grotte.

On va tout de suite crever un abcès. La grotte Chauvet, ce n’est pas rien ! D’ailleurs les histoires de France commencent toutes à ce qu’on appelle la préhistoire. Ce qui me choque, c’est quand la grotte Chauvet devient un objet idéologique pour montrer qu’il n’y avait ni État, ni nation, qu’on était tous des migrants et que la France a toujours été cela. Pour le reste, il y a évidemment toujours eu une population européenne, assez faible d’ailleurs, mais la France ne devient la France qu’avec ce projet un peu fou mis en œuvre par l’évêque Rémi et Clovis, abandonné ensuite, et repris par Charlemagne, puis par les Capétiens, et surtout mis en avant par l’Église, pour refaire l’Empire romain. Parce qu’à la base, le projet, c’était de refaire l’Empire romain.

 

 Je pense que c’est un projet délibéré, construit et mis au point de longue date: détruire par l’histoire ce qui a été construit par l’histoire.

 

D’ailleurs, Saint Louis veut être le roi du nouveau peuple élu. À chaque génération, cela recommence : François Ier  veut être candidat au Saint Empire romain germanique contre Charles-Quint, Napoléon s’est proclamé empereur, etc. Il y a un projet millénaire de la France qui est celui-là. Évidemment, à la grotte Chauvet, ce projet n’existait pas. C’est tout ce que j’ai voulu dire.

 

Il y a plusieurs fils conducteurs dans votre ouvrage, au moins deux : un pays de guerre civile et la question de l’universalisme. Vous vous élevez contre la prétention universaliste, mais, en même temps, cela ne vous dérange pas quand c’est la France qui l’incarne.

Exactement. L’universalisme, quand on est vingt-huit millions d’habitants, que les autres sont huit millions et qu’on a la Grande Armée de Napoléon, je suis pour. Quand on est 1 % de la population mondiale et que l’universalisme signifie recevoir un milliard d’Africains, je suis contre. C’est très simple. Ce ne sont pas les principes qui me dirigent mais la survie de la France. Quand l’universalisme, c’est le soft power de la France, cela me va. Quand c’est celui des autres, cela ne me va plus. Je reconnais que c’est binaire et simpliste, mais c’est comme ça.

 

Est-ce que ce n’est pas une vision un peu limitée dans le combat actuel ? Vous vous inscrivez strictement dans un cadre français mais l’enjeu n’est-il pas la survie de la civilisation européenne ?

C’est ce que je dis. Je dis même que celui qui, dans l’histoire, prend la tête de la civilisation européenne pour défendre l’Europe face aux autres civilisations, dirige l’Europe. Et, à chaque fois que la France l’a fait, elle a dirigé l’Europe.

Benjamin de Diesbach pour L’incorrect

Alors la civilisation européenne ne vous intéresse que dès lors que la France la dirige ?

Absolument. La France est un pays européen. Mais je n’ai pas écrit une histoire de l’Europe.

 

Mais si c’est l’Allemagne qui veut sauver la civilisation européenne, cela ne vous va pas ?

Ça me convient moins. Je préfère que ce soit la France qui dirige. De toute façon, je crois que ça n’aurait jamais marché avec l’Allemagne. Vous me direz, avec la France ça n’a pas marché non plus ! Mais ça a mieux marché tout de même qu’avec l’Allemagne.

 

Vous dites que la France a voulu refaire l’Empire romain. Mais le royaume de Saint Louis a quelque chose de davidique, le petit qui va à l’assaut des grands empires. Son universalisme n’est pas impérialiste, contrairement à celui de l’Allemagne.

Je pense que c’est faux. Mais je comprends cette remarque que je trouve tout à fait fondée. Mais là, vous faites allusion à Saint Louis. C’est un très bon exemple de royaume davidique. D’ailleurs, je raconte la controverse entre les talmudistes et les évêques catholiques, et explique que Saint Louis désire que le royaume franc devienne le nouveau peuple élu. Il prend tout dans l’Ancien Testament. Sauf que Saint Louis lui-même, quand il veut prendre Jérusalem, c’est dans l’idée d’une politique impérialiste. Philippe le Bel, c’est la même chose. Tous les rois français ont fait la même chose, c’est ça qui est passion- nant. Saint Louis est allé jusqu’à envoyer des émissaires aux Mongols dans une stratégie de prise à revers de l’Islam qui menaçait le royaume franc.

 

Quand on creuse vraiment, il y a toujours une volonté impérialiste de la France de reconstituer l’Empire romain.

 

Votre remarque n’est pas du tout infondée, mais, quand on creuse vraiment, il y a toujours une volonté impérialiste de la France de reconstituer l’Empire romain. Un empire davidique, ça signifie tout de même un peuple élu, pas un petit peuple avec une fronde. Le petit royaume franc qui lutte contre les grands empires, c’est une vision du XIXe siècle que je trouve anachronique : à l’époque, la France ne se voyait pas comme ça. Quand la France a abattu l’empire des Espagnols, Louis XIV s’est pris pour le nouveau chef de la chrétienté.

 

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Après Louis XIV, il y a la Révolution. Il y a quelque chose de curieux à ce sujet dans votre livre : vous écrivez que « la mort de la Convention signifie celle de la Révolution et de la République » et que « la mort de la Révolution et de la République signifie celle de la France ».?Vous définissez-vous comme un républicain, et, si oui, qu’est-ce que vous mettez derrière ce mot ? Ou bien êtes-vous un contre-révolutionnaire ?

Je ne suis ni révolutionnaire ni contre-révolutionnaire. Je pense qu’il ne fallait pas faire la Révolution et que la Terreur commence le 14 juillet 1789. Mais puisqu’elle a été faite, je pense qu’il fallait défendre la patrie en danger pour éviter un partage de la France, parce que c’est cela qui était en jeu. Les puissances européennes venaient de se partager la Pologne, et la suite, c’était la France. Je cite un ambassadeur autrichien : « On va lui prendre ses meilleures provinces et après, on n’en parlera plus ». C’est cela qu’arrêtent Robespierre et, plus tard, Bonaparte.

 

Il fallait sauver la Révolution avec Bonaparte ?

Oui. Parce qu’il fallait sauver la France. Sinon, il y avait un partage de la France. Il n’y avait pas Louis XVIII en 1815. Ils n’ont pas osé se partager la France, comme le préconisait le plan de Blücher en 1814. Ce sera encore le projet de Hitler en 1940. C’est le projet allemand de toujours. C’est normal, il ne peut pas y avoir de place pour deux : c’est la France ou l’Allemagne. Là est le véritable enjeu.

Benjamin de Diesbach pour L’incorrect

Si vous aviez vécu à l’époque, vous auriez été de ceux qui se sont battus à Valmy ou alors vous auriez refusé les levées en masse et auriez combattu avec les Vendéens ?

Voilà une bonne question. Si j’avais été à Paris, j’aurais fait la levée en masse, et si j’avais été en Vendée, j’aurais été un Vendéen. Si j’avais été assez courageux, ce qui n’est pas sûr du tout ! Car il faut quand même être modeste, ces hommes étaient sacrément courageux. Bonaparte a accepté la Révolution et admiré l’héroïsme des Vendéens ; il a fait une forme de synthèse. Je suis sur la ligne de Bonaparte : j’assume tout, de Clovis au Comité de salut public. C’est simple. Cette guerre idéologique – que je comprends – entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires appartient au passé. La guerre de 14-18 a réglé cette question.

 

Je suis sur la ligne de Bonaparte : j’assume tout, de Clovis au Comité de salut public. C’est simple.

 

Vous pensez que cette querelle est désuète mais on en paie aujourd’hui les conséquences, victimes que nous sommes d’un universalisme abstrait qui se manifeste par exemple à travers une immigration incontrôlée et un accueil inconditionnel de l’autre.

C’est évident. C’est ce que j’explique d’ailleurs. Ce livre m’a d’ailleurs permis d’approfondir ma réflexion sur le sujet. Je crois que la République a deux péchés originels : le premier est l’universalisme de son dogme, le second est sa soumission à l’Allemagne. Le premier, c’est 1789, le second c’est 1871. En vérité, ces deux péchés originels ont été admis par Adolphe Thiers et Jules Grévy. C’est le mot de Drieu La Rochelle : « On n’a pas pu être l’homme de l’Allemagne, on sera sa femme ». Dès 1871, cette soumission se manifeste. Même Gambetta se retrouve dans les divans de la Païva qui est une espèce de courtisane qui vit avec l’un des meilleurs amis de Bismarck, qui est le gouverneur de Metz. Gambe a va chez ces gens-là ! Et on est peu de temps après la défaite. Ce péché originel se retrouve aujourd’hui avec cette soumission à Merkel.

 

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Mais le premier péché mortel est, vous avez mille fois raison, cet universalisme de la Révolution. Qui est contenu par moments : en 1793, quoi qu’on en pense par ailleurs, ou avec Napoléon… Napoléon n’est pas soumis à l’Allemand, lui ! C’est lui qui le domine. Car si on ne conquiert pas, on est conquis. Ce n’est pas lui qui a déclaré la guerre à l’Europe, ce sont les Girondins. Ce n’est pas lui qui a fait le Blocus commercial, ce sont les Anglais. Il faut arrêter avec cette vision noire de Napoléon. Il a fait une erreur : l’Espagne, quand Talleyrand lui a dit qu’il fallait faire comme Louis XIV. Quant à la Russie, elle allait de toute façon l’attaquer. Son erreur a été de rentrer en Russie. On en fait un guerrier belliqueux, mais il ne déclare jamais la guerre ! Par contre, il la gagne. C’est tout.

 

L’universalisme est notre péché originel et c’est aussi celui du christianisme. Il faut tenir les deux: l’universalisme et la patrie.

 

Mais l’universalisme, c’est notre perte. Renan explique très bien que chaque nation qui sert l’universel le paie de sa vie. Il y a eu Israël avec les deux Testaments, les Grecs avec la démocratie, l’Espagne avec le mysticisme chrétien, l’Allemagne, qui, avec Luther, a perdu deux siècles d’écrasement et de divisions, et la France, avec l’idéologie des droits de l’homme. On le paie tout le temps : quand on fait l’unité italienne, quand on subit l’unité allemande, quand on se refuse à désagréger l’Allemagne en 1919 et on le paie aujourd’hui quand on refuse de voir que la France n’est pas un pays multi-culturaliste.

 

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L’universalisme est notre péché originel et c’est aussi celui du christianisme. Il faut tenir les deux : l’universalisme et la patrie. Quand on tient les deux, cela fait des grands rois. Quand on ne tient pas les deux, c’est la fin. Et là, les vagues migratoires vont nous emporter.

 

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