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Les Habsbourg

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Publié le

17 octobre 2018

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© Romée de Saint Céran pour L’Incorrect

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Les Habsbourg-Lorraine ont régné sur une mosaïque de peuples pendant plusieurs siècles mais leurs héritiers se divisent aujourd’hui sur l’attitude à adopter face à l’union européenne.

 

« On se croirait revenu au temps des Habsbourg, celui du chancelier Metternich, ou celui, plus ancien encore, du siège de Vienne par les Ottomans. Les anciennes nations de l’Empire ne sont pas en reste. Slovaques, Tchèques, Polonais : tous sont sur la même ligne idéologique ». Cette déclaration du journaliste Éric Zemmour sur les antennes de RTL est loin d’être anodine. L’ancienne maison impériale des Habsbourg-Lorraine, qui a présidé aux destinées de l’Europe durant des siècles, est de retour sur la scène politique internationale. Mais divisée.

Star montante de la lignée palatine de cette dynastie prestigieuse, l’archiduc Édouard de Habsbourg-Lorraine a sonné la charge contre Bruxelles. Dans le viseur de cet ambassadeur de Hongrie au Vatican, la gestion désastreuse d’une crise majeure par les institutions européennes qu’il dénonce virulemment. « Un pays ne devrait accepter les réfugiés que s’il est en mesure de les intégrer correctement », déclarait-il lors d’une interview accordée à Vatican News, l’organe anglophone du Saint-Siège. Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Karl de Habsbourg-Lorraine, le chef de cette famille séculaire, qui entend marcher dans les pas de son père, Otto, inamovible artisan de la construction européenne.

 

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Les nombreuses mesures prises par le gouvernement hongrois pour empêcher le flot incessant de réfugiés d’Afrique ou du Moyen-Orient de passer ses frontières a profondément irrité le Parlement européen. Largement réhabilitée depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban en 2010, cette branche des Habsbourg-Lorraine fait front commun avec ce gouvernement aux accents néo-horthystes, du nom de l’amiral qui dirigea comme régent le pays de 1920 à 1944. Un conservatisme ambiant qui s’est étendu à Vienne depuis l’élection à la chancellerie du trentenaire Sebastian Kurz, il y a un an. Une arrivée à la Hofburg qui a ravi le gouvernement hongrois. Pour le journal Blikk, le quotidien le plus vendu en Hongrie, nul doute que la victoire du leader du parti conservateur (ÖVP) annonce la renaissance de l’ancien empire austro-hongrois, disparu dans la tourmente de la première guerre mondiale en 1918.

Une histoire de famille

 

Un optimisme que ne partage pas l’ancien député européen (1996-1999) et actuel président du Paneuropa Bewegung Österreich (mouvement paneuropéen autrichien) qui ne cache pas ses inquiétudes face à la montée des nationalismes et autres populismes euro sceptiques dans les anciennes nations de l’empire réunies sous le nom de « groupe de Visegrad ». Chez les Habsbourg-Lorraine, deux notions, deux idées de l’Europe s’opposent.

Lors de la formation du gouvernement autrichien de coalition entre l’ÖVP et le parti d’extrême-droite, le Front de liberté (FPÖ), Herr Habsbourg s’était empressé de demander à Sebastian Kurz des garanties sur la politique européenne, craignant une dérive nationaliste de l’ancien ministre, des Affaires étrangères, qui a récemment haussé le ton vis-à-vis de la politique migratoire prônée par l’Union européenne, Allemagne en tête. Les deux pays sont d’ailleurs à couteaux tirés depuis quelques semaines. Dans un communiqué, « le gouvernement autrichien s’est dit prêt à prendre des mesures pour protéger ses frontières sud, en particulier, avec l’Italie et la Slovénie, pour faire la même chose que l’Allemagne » si cette dernière mettait à exécution le compromis qu’elle a signé avec sa propre droite conservatrice. C’est-à-dire renvoyer les demandeurs d’asile vers le pays d’entrée, quitte à les refouler vers Vienne ainsi que l’écrivait le quotidien belge Le Vif.

La victoire du leader du parti conservateur (ÖVP) aurait pu annoncer la renaissance de l’ancien empire austro-hongrois, disparu dans la tourmente de la première guerre

Une diplomatie tendue entre Berlin et Vienne alors que cette dernière vient de prendre la présidence tournante de l’Europe, début juillet. Karl de Habsbourg-Lorraine a rappelé au chancelier ses devoirs dans un communiqué, publié sur son site officiel, l’avertissant que cette présidence « n’a pas pour but de défendre les intérêts nationaux mais ceux de l’Union européenne ». « Qui dirige l’Europe se doit d’être plus un modérateur qu’un simple leader », écrit encore le prétendant au trône austro-hongrois, qui entrevoit l’ombre de Vladimir Poutine, le président russe, derrière le nouvel axe Vienne-Budapest.

 

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Pour Georg de Habsbourg-Lorraine, également membre du gouvernement hongrois et ancien président de la Croix-Rouge, il s’agit aussi de lever l’oriflamme de la défense de la foi chrétienne. Il ne mâche pas plus ses mots: « L’Europe est en danger, perd sa foi! » déclare le frère de Karl. C’est un « continent chrétien qui repose sur des bases chrétiennes » et « si un vide surgit dans le domaine de la religion, il sera rempli par une autre religion », allusion à l’Islam, croyance dominante chez les réfugiés et qui entend être « politique ». Des craintes qui sont justifiées selon l’archiduc Édouard surenchérissant: « Il ne faut pas oublier qu’un siècle et demi d’occupation turque est restée une expérience traumatisante dans la mémoire collective hongroise. Cela explique aussi la nervosité des Hongrois à l’idée de recevoir des milliers de migrants musulmans sur son territoire ». « Nous pourrions beaucoup plus aider si nous améliorions la situation de ces personnes dans leurs pays d’origine, de sorte qu’ils n’en partiraient pas », n’hésite-t-il pas à affirmer.

 

La nostalgie de l’empire

 

Mais pour Karl de Habsbourg-Lorraine, il n’est pas question de remettre en cause le projet européen dont il est un ardent défenseur. Déclarations publiques, prises de positions politiques, conférences, multiplication des interviews, le prince impérial est partout. « Après la fin de la Seconde guerre mondiale, mon père a souhaité faire de l’Europe une force de paix permanente. Il pensait qu’un système juridique supranational mais qui ne pouvait être adapté qu’à des domaines spécifiques garantirait cette paix. D’ailleurs l’ancienne idée impériale qui avait déjà posé les jalons d’une Europe moderne, ne reposait-elle pas sur la primauté du droit et de sa subsidiarité ? C’est cet héritage que j’assume aujourd’hui ! » assène-t-il à ses contradicteurs. Cet activisme agace beaucoup l’opposition de gauche en Autriche qui n’a pas hésité à orchestrer, il y a peu, une campagne afin qu’il cesse d’utiliser sa particule au nom de l’Adelsaufhebungsgesetz (ou loi d’abolition de la noblesse).

 

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Car au-delà des divisions européennes et familiales, c’est aussi une véritable nostalgie monarchique qui traverse les pays de l’empire bicéphale. Une renaissance qui en dit long sur le retour des Habsbourg-Lorraine en Europe, alors que le continent va bientôt fêter le centième anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale, qui coïncide avec l’abdication du dernier empereur, Charles. Une revanche sur l’histoire.

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